CHAPITRE LXXXIX
Comment le duc, après la bataille, alla à Abbeville, et tout premier descendi au portail de l'église, et puis venu au grand autel rendi grâces à Dieu.
Le jeune duc doncques louant Dieu de.ceste haute et joyeuse aventure, eftcores en son preqiier venir, prit son cliemin tantost verg Abbeville atout ses riches prisonniers, et là fust rççu à la plus grand feste que oncques fust haut homme, et à la plus grand joye. Mais, sans arrester nulle part, s'en alla descendre devant le portail de Nostre-Dame, et devant le grand autel bien richement mis à point, à deux genoux, rendi grâce à Dieu de sa victoire, et à la glorieuse Dame sa singulière dévotion et son offrande ; et pui^ s'en alla loger et soy refaire, comme bien y estoit raison, et chacun à son advenant, un peu plus assùr que le matin devant.
Or n'avoit-il encores rien scu de ceux qui en l'aborder de la bataille l'avoient abandonné si follement et s'en estoient fuys tout esfrayés et oublieux d'honneur, ne savoient à quel titre, fors que de leur maie aventure, dont la bannière, comme j'ai dit dessus, estoit aucunement cause, combien' que, après la chose sçue et ralliement fait, encores petitement se acquitèrent pour recouvrer leur honneur. Sy lu^^ fut dit le meschief et le grand danger en quoy il avoit esté cestuy jour par le desvoiement des fuyans qui par -grand lascheté le laissèrent, dont telle heure fut que tout sembloit estre perdu pour lui et descoufit, si Dieu et sa vertu n'y eussent remédié. Sy s'en mervéflla durement; et luj^donnoit douleur assez et passion
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en courage, la faute qui y estoit advenue, encores sur tels que il cuidoit estre bons, et qui ,avec titre de noblesse avoient porté autres fois titre de bien esprouvée valeur, avec le duc son père ; m^iis puisqu'il estoit advenu et qu'il n'y véoit d'amendement, par pationce vainqui sa douleur. Et en tant que lors il appercevoit avoir esté en g-rand bransle de péril, d'autant maintenant louoit-il Dieu plus ardemment de sa très-bienlieurée victoire, qui estoit plus bien fortunée que bieà apparent, comme il entendoit par ce compte. Or estoient les mallieureux notés durement en ison cœur et indig-nes à tousjours. Et pour ce que entre eux en y avoit aucuns de son liostel et de sa nourriture, il les fit eslong'ier de ses yeux et les congéa sans retour, combien que peu en y avoit ; et des autres en moururent aucuns en leur annuy. Aucuns en eslonge de leur pays se disposèrent à longtains voyages qui en effacèrent et amoindrirent la mémoire.
Le duc doncques se aisa par trois ou quatre jours en Abbeville, et fît mettre chacun à point les playes qu'il avoit reçues. Et pour ce, il ne sembloit pas bien expédient aux sages d'entour de luy de remettre le siège arrière devant Saint-Iîiquier, pour plusieurs causes, et souverainement pour ce que l'on espéroit bien de l'avoir temprement, par plus douce voie et plus sûre, le noble victorien, deslogeant d' Abbeville, passa par devant la ville de ses ennemis; et après le loger d'une nuyt seule, aussi s'en alla à Hesdin tenir son séjour par aucun temps convenable, pendant lequel il ordonna de ses garnisons, et en plusieurs lieux ici et là, pour tenir frontière encontre messire Jacques de Harcourt et ceux de Saint-Riquier ; et cela fait, donna congé à ses gens et rompy son armée pour celle
saison. u *•
Tantost se répandirent ces nouvelles par toutes contréet^ entre amis et ennemis,, que le duc de Bour^ongne avoit eu ceste nolîle et haute victoire et rué jus toute la fleur des frontières de deçà Paris'. Sy en firent grand joye les peu-
• Il n'est pas sans intérêt de déterminer quelle fut la part prise h cette expédition par les chevaliers de Flandre, si hautement loués par le duc de Bourgogne. Le document suivant mérite, à plus d'un titre, d'être reproduit :
Monseigneur de Bourgogne , pour besoingnier en ccste saison nouvelle à nettoyer et fèi-e vuidier des marches du païs de Picardie les ennemis qui y sont, pour y fère courir marchandise et labouraige et remettre ledit pays du tout en paix, pourra avoir en ses païs de Flan^ dres et d'Artois iiii« hc^mes d'armes qui se prendront et seront conduis par la manière qui s'ensuit :
Et premièrement oudit pais de Flandres : monseigneur de Commînes aura et conduira xv hommes d'armesf ; messire Jehan de Steenhuize, xv; mossirc Roland d'Uutkerke, x; messire Josse de Halewin, x; le seigneur de Halewin et son frère, x ; messire Robert de Flandres, vi ; monseigneur de Boubers, vi ; le seigneur de Coolscamp, vi ; messire Colard de Commines, un; monseigneur d'Ekelsbecque, un; messire Guy de Ghistelle, vi ; ceulx de la Chapelle, iiii ; messire Sohier de Bailleul, m ; ceulx d'Escornaj^ vi ; Potelles, tiii : somme cix hommes d'armes.
Ilem, s'ensuivent les gens d'armes que monseigneur pourra avoir en Artois, primo : monseigneur de Saint Pol aura et conduira lx hommes d'armes; messire Jehan de Luxembourg, xc ; le vidame d'Amiens, xx ; Anthong, xx; Croy, xx ; la Viefville, vi ; le sire de Noyelle, x; le sire de Longueval, vi ; le Borgne de Fosseux, vi ; messire Philippe de Saveuse, x; le sire de Boubert, x; messire Paien de Beaufort, vi; le bastard de Coucy, x ; le sire de Crèvecuer, x ; messire Aikdry de Salins, se nechal de Boulonnois, xx ; le seigneur de la Hamède, x ; monseigneur d'Inchy, vi ; le seigneur de Saint-Simon, x ; le seigneur de Janly, x ; le seigneur de Canny, x; madame de Haynau, xx; Jehan de Bossut, vi ; Jehan de Jeiimont, x ; le conte» de Fauquenberghe, vi : somme desdits gens d'armes d'Artois in" XLii; et ainsi somme de toutes les dites gens» d'armes de Flandres et d'Artois 1111'= li ; et les gens d'armes de la gouvernance de Lille sont laissés au gouverneur de Lille, maistrc des arbalestriers.
Item, pourra avoir mondit seigneur de ses gens de son hostel L hommes d'armes.
1(67)1, pourra avoir mondit seigneur le gouverneur do Rethèles à tout XX hommes d'armes et xx arbalestriers.
Item, s'ensuivent les officiers de Flandres baillis, et autres dont mon-
pies et les villes voisines partout; et se conjoyssoient en leur bonne aventure, souverainement Monstreul et le pays d'entour, pour ce que .elle estoit prochaine plus que autres et plus subjeete aux péril^-de la guerre. Dont si la joye en
seigneur pourra avoir de chacun deux arbalestriers qu'ils paieront h le reprendre des exploix et devoirs de leurs offices, c'est assavoir Loys Salard bailli de Qand ; messire Guérard de Waldeg'hem , bailli de Bruges ; Robert de Courtroisien, bailli d'Yppre ; Gautier Mercian, escoutliète de Bruges ; Godefroy le Sauvage, receveur général de Flandres; Berthélemi le Yooghl, bailli de l'eaue à l'Escluse; Jehan Gherlof, bailli de la terre à l'Escluse ; Jehan le Bnenst, receveur de l'Escluse ; Loys de la Hoole, bailli d'Alost; Guillaume Crevin, bailli de la sale d'Yppre; messire Victor de Rabecque, bailli de Furnes; Philippe de Dicquemue, bailli de Neufport; messire Clays Utenbove , bailli des quatre mestiers ; Jehan Utenhove , mourmaistre de Flandres ; Guillaume de HoUebecque , bailli de Courtray ; Jehan de Waernevryc , seigneur d'Exaerde, bailli de Tendremonde; messire Gérard Colins, escouthète de Malines; Jehan de Fuie, bailli de Douay; le seigneur de Croy, bailli de Lille ; Jehan le Viare, prévost de Lille : somme xl arbalestriers qui seront conduis par Baudouin Olivier.
Kern, pourra avoir de la ville de Malines, qui ne lui cousteront riens, X arbalestriers, lesquelx seront conduis par un gentilhomme ou autre , notable personne de la dicte ville.
Kem , semblablement de la ville de Lille, vi arbalestriers pavoisiers ; delà ville de Douay, un; et d'Orchies, ii.
Ifem, sur les hommes de fief de la gouvernance de Lille, etc., qui ne pourront servir en l'armée, xxx, arbalestriers garnis de pavoiseurs.
lûem, sur les fiefvés d'Artois qui ne pourront servir lx arbalestriers ; somme cxii arbalestriers.
Item, s'ensuient les bonnes villes qui livreront arbalestriers à leurs despens, primo : Aire, un ; Lens, ii ; Bappaulmes , ii ; la Bassée , ii ; Béthune, vi; Therouenne, ii; Monstereul, vi ; Péronne, un; Braysur-Somme, ii; Boulongne, ii; Estaples, ii; Dourlens, iiii; Rains, x; Laon, VI ; Chastel-en-Cambrésis, ii ; Saint-Amand, ii ; La Lewe, xv : somme lxxiii arbalestriers.
Somme de tous les dits arbalestriers, comprins en ce les xx arbalestriers de Rethèlois ii" xlv.
S'ensuient les engins et pavais que monseigneur pourra avoir des bonnes villes cy après déclairées qui ne lui cousteront riens, primo de la ville de Malines un engin nommé Coullart, gettant iii" livres pesant, un maistre pour le gouverner , deux charpentiers et un quartron de pavais, et soient prests de faire chargier, quant ils verront que l'en devra
fut grande entre les amis, il faut penser certes que la douleur en fut amèrc au parti contraire. Sy alloient disant h un lez les amis : « 0 que cy a un liant commencement de « prince, un noble descouvreijient de vertu en ce jeune « homme qui aujourd'hui nous a suscité les cœurs d; les « esprits par son bras. Cien nous 3^ a pourvu Dieu, que « loué en soit-il ! et que longuement puist-il vivre! Ce « nous sera l'escu qui nous sera nécessaire, escu de pro- « tection et arclie de salut en qui nul ne pourra mordre; « mesmes se fera espouvanter en son glaive. Certes bien « congnoissons plusieurs douloreuses tribulations appa- « rantes; et a esté convenable en ce royaume sa naissance,
bcsongnier pour le bien du païs, et cf^ii ne besongnera ils demouront pour la provision de la ville; et s'il y a aucunes villes qui ne se vueillent chargier de fère les dits engins pour deffault de maistres ouvriers ou autrement, leur soit requis arbalestriers h l'avenant.
Kern, Saint-Omer autant; Arras, un engin de ii" et sxiiii pavais; Hosdin, un engin de C livres xii pavais; Saint-Quentin, un engin de c livres et xvni pavais ; Yaleuciennes, un engin de ii<= livres et xxini pavais; Cambray, un engin gettant c livres et xii pavais; Abbeville, UQ engin de w livres et xxiiii pavais ; somme viii engins.
liein, fauldra avoir cent pionniers les meilleurs que len poura finer et c que charpentiers, que maçons, que fèvres et autres manouvriers. (Bibl. imp. de Paris, f. fr. 1278, f" G7.)
Le môme recueil renferme les lettres du duc de Bourgogne adressées aux chevaliers et écuyers de Flandre et d'Artois pour les inviter à prendre part h cette expédition « ^voulant en ce, dit le duc, emploier tpute puissance tellement que marchandise et ^abouraige puissent avoir cours et que le païs demeure en bonne paix et seurté. »
Les hommes d'armes devaicnrêtre « gens de bonne estolTe dont l'en se puisse aider et avoir honneur et bon service. » Quant aux engins -^ nommés cov.llarts, le duc écrivait aux bonnes villes :
Très-chers et bien amés, notre intention est de nous emploier pour le service de monseigneur le roy en ceste prochaine saison nouvelle à nettoyer le païs et marches de Picardie des ennemis qui y sont et recouvrer pour mon dit seigneur les places qu'ils y tiennent dont ils font tant de maulx et qui sont si préjudiciables au fait de la marchandise de nos païs de Flandres et d'Artois et autres d'environ, et pour ce qu'il est besoing d'avoir en ce aucun aide gracieux de vous
« lequel, dénué de ses princes beaucoup aujourd'hui, de '■
« grand fait, aura un cliampion maintenant, si Dieu plaist, « de grand los. Dieu le maintiengne ! » A l'autre lez aussi, ses ennemis, expert assez de leur marastre fortune en tous endroits, et que la manière et le porter leur estoit bien dur, certes quand ils virent la redoutable venue de cestuy , emprès la felle présomption du roy anglois leur débouteur, et congnoissant que fortune rue volontiers à jeune âge et à bon droit, dont en son fier courage luy donnoient assez portion bonneste comme vengeur, non comme adjoint à autruy, pensez quel soucy et douleur se boutoient en mains et divers courages et en diverses mar-
et des autres bonnes villes qui en ce ont leur intérest, h laquelle chose pour un tel bien vous devez libéralment obtempérer, nous vous prions et requérons très acertes que pour le bien de vous mesmes et de tout le commun païs vous xaictes fère un bon engiu nommé coullart gettant in« livres pesant et xxiiii pavais à potense, qui soit babilles et tout prests dedans la mi-may procliairement venant avec un bon maistre pour gouverner ledit engin et deux cliarpentiers pour les envoyer devers nous où lors vous ferons scavoir , et si notre armée ne se conduisoit ores par delà, de laquelle chose toxites-voyes nous sommes tout conclud et délibéré au plaisir Dieu , si seroit-ce belle provision pour demeurer en votre ville desdits engin et pavais, pourquoy n'en devez point plaindre les frais, mesmement qu'ils ne sont pas grans et que ne vous requérons mie pour un tel cas de trop grant charge. Très-chers et bien amés, créez le porteur, etc.
On lit plus bas :
Item, que le canon de Bruges soit acheté et tout prest quant monseigneur le vouldra avoir.
Item, que le canon qui est à Beaurevoir soit renforchié , et un autre grant canon rompu , refait , et que ceste chose se face par l'advis de monseigneur de Noyelles et que le receveur de Péronne en face la despence pour ce que c'est sur son lieu.
En môme temps le duc s'était adressé au receveur général de Flandre pour qu'il fît « provision de pouldres ou matières pour les « faire jusques ù vi milliers. « Il devait de plus se pourvoir de mille douzaines de flèches.
i78 CHRONIQUE
cli^.de leur repaire, pour soy y savoir conduire bien, à l'advenant de ce qu'ils véoient haut et dur à résister. Mais te que alorsleurpouvoitestre matière aucunementde mérancolie en celluy endroit, en l'autre leur tournoit-il en reconfort de soy faire valoir çt de vaincre leur dure fortune en vertu, par gens, par labeur, par diligence et par non espouvanté, ni desmu courage, plus espérans une'fois de tanner et ennuyer fortune par aigreur, que estre esbranlé de bon hardement par sa traverse. Geste seule chos^ au fort leur estoit refuge et consolation des chos^ présentes et futures, quelles que pussent avenir certes; et leur estoit gloire et bon los en telle nécessité qui les l^'^oit.
CHAPITEE LXXXX.
Comment lo roi d'Angleterre assiégea la ville de Dreux, et des villes de Beaùgency et de Villeneufve-le-Roy qui luy f areut délivrées : et comment il tendoit à trouver les dauphinois pour combattre.
Or laissâmes-nous, vous savez, le roy ennemy à Mantes, durement marry de ce que le deffendeur de son héritage, le noble dauphin, ne s'estoit présenté en bataille devant luy et qu'il s'estoit levé de son siège devant Chartres. Parquoy, pour faire nouvel exploit en son tout nouveau retour de delà sur ceux que il n'aimoit gaires, pensant que, en lieu de bataille non trouvée, il conviendroit besongner autrement, à toute sa grand puissance qui croissoit tous les jours et multiplioit de toutes parts, partit dudit Mantes; et s'en alla mettre le siège devant deux belles places et fortes assises haut en un roc bien deffensable et avantageuse; mais de grand garde estoient à merveille, et bien esparses les défenses l'une de l'autre. Sy avoit en la dite place, pour
la défendre, de gens de guerre dauphinois huit cens envi- * ron; lesquels, jà-soit-ce-que hàrdement et honneur les' 5ccompangnoient assez , se tenoient toutes&is bien derrière,^ quand se virent ainsy enclos de leur ennemi qui estoit malement dur et de fier estomac ; et estoient ses traitieux vigoreux beaucoup et austères, ce savoient bien. Sy se conseilloient l'un avec l'autre, comme en tel cas il faut, et regardoient sur leurs affaires le jdIus honneste et le plus convenable. Et véoient la puissance de leurs ennemis grande et la leur petite, et leur seigneur de devant Char- '
très retiré nouvellement et mal prest en leur secours. Sy mirent de difficulté beaucoup en leur cas ; et jugoient assez mal conduisable de eux jDouvoir sauver par estrif , ni de pouvoir garder la place non prise. Et quoy que de pouvoir et de devoir conclurent de y monstrer assez pour honneur garder et foy maintenir, mais cela à la longue ne pourroit souffire si avant qu'il leur feroit mestier ; sy leur sembloit et vray fut. Ne fait à demander dont si l'anglois roy estoit garny d'artillerie et d'engins pour les saluer rudement de loin ^ans leur donner bonjour. Certes ouy, car estoffe y avoit terrible et d'ouvriers pour ouvrer bien à propos ; desquels il les menaçoit pour les mettre en œuvre durement à leurs despens, s'ils ne s*àvisoient tempretnent. Sy les envoya semondre par un héraut pour rendre la place, et de choisir quartier de sauveté autre part s'ils vouloient, ou si non et qu'il faulsist que force les humiliast en rigueur, ils pourroient bien trouver traité à l'aventure, qui leur seroit dur ; et pourtant s'avisassent de faire tost ou de répondre , car par l'un des bouts, leur mandoit-il, les auroit ou pris ou rendus. Dont ne fait à doubter toutes-voies que, comme nobles et vaillans hommes approuvés de leur mortel ennemi, ils en monstrassent toutes aigres et folles défenses
mortelles qu'ils pouvoient, en quoy ils pouvoient bien démonstrer que plus contrainte que faute de liardement leur estoit cause d'entendre à traité, quand ce viendroit au besoin, et leur seroit excuse en leur honneur. Aussi, certes, orgueil et force s'y pouvoient bien mettre sus entre eux pour commencement; mhis malement s'y pou voient-ils continuer, ni parconduire, entendue la circonstance tout à l'entour, dont il nv avoit point une seule pour eux. Veullans doncques remédier en évident péril par sens plustost que par foliée présumjjiion, concluVent de octro3^er la délivrance de leurdile place de Dreux au roy leur ennemy, sur condition que, si dedans cinq ou six jours n'estoient secourus et dessiégés par leur prince et seigneur le vray liéritier françois, prestement luyferoient obéissance et 's'en yroient autre part en leur aventure, là où il plairoit à Dieu. Et de ce donnèrent certaines et bonnes assurances de l'accomplir; et le roy les reçtit, plus joyeux toutes-voies que le secours leur pu sf venir et que l'ouverture luy fust faite par non y entendre; car ne désiroit autre que d'avoir la bataille, et espéciallement encontre la personne de son adversaire, pensant que celuy bouté outre par aucun bazart de fortune, il estoit au dessus de tous wes désirs et n'avoit mais nulluy qui le contredist. Les jours passèrent l'un après l'autre , et ne vint nulluy qui les délivra, nonobstant que leur nécessité estoit sçue assez en l'ost du daùpliin, mais lors n'estoit point heure d'3^ entendre. Sy délivrèrent la ville de Dreux et le chastel en la main du roy anglois, comme l'avoient promis ; et par vertu de leur traité que ils ne pouvoient avoir autre, s'obligèrent de non luy faire guerre, ni porter armes encontre ses allyés d'un an tout entier; et sur ce partirent, corps et biens sauves, et s'en allèrent à leur bon choix, ne sçay où.
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Or ne désiroit rien tant cestuy roy que de trouver son contrediseur le jeune dauph'in en puissance pour avoir bataille à luy, pour la playe de son frère perdu, le duc de Clarence, qui lui cuisoit,*et s'enpensoit à venger, partie aussi pour mettre à fin à longue guerre par brief champiage' de leurs deux puissances ensembles, afin de demeurer sei^l maistre en ce ro3^iume et paisible héritier, comme son proposement portoit, si Dieu autrement n'en eust disposé. Et luy estoit bien ad vis peut-estre , pour la victoire obtenue à Azincourt , que toute la gloire françoise se devoit humilier sous son espée , et que c'estoit son appertenir. Quand donc se vit au dessus de la ville de Dreux, que bien et grandement laissoit garnj^e de ses gens, pour venir à l'attainte de ce qu'il quéroit tantost, se deslogea et tourna devers la rivière de Loyre , qui estoit la marche du dauphin, pensant que quand le dit dauphin le véoit se approcher , ou par org'ueil au par aucun despit , il se pourroit bien disposer à bataille contre luy, et luy vouloir calangier enti'ée et passage, par quoy il auroit ce qu'il alloit quérant. Mais ne sçay de quel conseil mu , ou plus utile ou moins • honorable , ledit dauphin ne sj trouva point lors. Par quoy, en lieu de rien faire et pour laisser enseigne de y avoir esté, s'embattit lîn peu en la ville de Baugency; et par menaces et par voye de fait tant fit qu'elle se mit en ses mains.
Et à tant se déporta de plus tirer avant, et prit son retour en la Beausse, en laquelle, si comme il chevauchoit, un jour s'apperçut comme soixante compagnons bien montés et armés le chevauchoient de costé, quérans leur aventure ; et tendoient peut-estre à férir en quelque endroit
' Càampiage ^AmcI, latte.
282 CURONiyUE
sur un troiippeaii ou sur une queue mal arroutée, commo il s'en fait souvent. Sy commanda cestuy roy qu'ils fussent contre-chevaucliés de plus bellQ et qu'on les poursievist radement. Or ils estoient mt)ntés à l'avautag-e trèstous ; et s'apperçurent bien qu'oïl les barguig-noit et que l'attente ne leur estoit pas bien saine. Sy se mirent à la fuyte et à prendre, pays devant eux, et les autres après à force de chevaux , qui oncques ne les abandonnèrent de vue quoy que mal les pouvoient appréhender de corps. Mais craindant et doubtant que le courir ne leur pourroit donner sauveté si bien que la retraite, se boutèrent dedans Longuel, une place qui séoit là environ, espérans par armes et par défenses y trouver salut plustost que ailleurs. Mais le roy auglois chaudement les fit assaillir et mortellement envahyr à tous lez ; et ne leur souffroit repos, ni respit à peine de reprendre halayne, tant les hastoit à la mort. Sy ne fait à raconter leurs défenses, car toutes celles' au monde possible, y estoient, mais ne pouvoient donner g'arant. Sy fut jDrise la place et les compagnons, et pour la cause que un seul anglois y estoit mort en ceste envahye, le roy, mu de cruauté, tous les sôixanjte fît noyer en Yonne. Et de là, tirant tousjours pays , alla mettre le siège devant Villeneufve-le-lioy, laquelle luy fut rendue aussitost; et y mit garnison pour luy.