CHAPITRE LXXXXII
Comment lo duc de Bourg-ongne délivra aucuns ses prisonniers que il avoit gag-nés en la bataille.
Il est vray quecestuy duc de Bourgongne, non moindre en vertu que un Octavian, après ceste bataille vaincue que vous savez, qui estoit une joyeuse victoire pour luy et un signe de haute future règnation, tant jeune qu'il estoit, désiroit autant à régner en gloire de vertu comme en renommée d'armes vainqueresses , jugeant plus estre riche trésor les deux ensemble, que l'une obtenue à part luy, sé-
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parée de l'autre. Or avoit-il plusieurs nobles et vaillans hônmies ses prisonniers, dont fortune en son premier venir luj avoit adreschié lamaistrie. Sy s'appensa que, avec la faveur de fortune qui estoit respandue largement en son jeune âge et en son nouvel ost,ll falloit aussi que les rayes de sa noblesse resplendissent en ses adversaires qui valereusement s'estoient portés encontre luy, et qu'il leur fist cliose dont le pussent recommander estre un prince de haut advénement, plus bening beaucoup vaincueur que felle tiran. Moult certes prisoit les vaillances d'aucuns de eux, car les avoit mesmes bien assayés ; et ne tendoit jioint leur estre si rigoureux que pour leur défaire de clievance, combien que cause y avoit assez. Ainsi en hautesse de courage, qui plus estoit désireux de liaut los que de grand argent, leur délibéroit à faire délivrance de leurs corps, francs et quittes, pour la délivrance de Saint-Eiquier que le seigneur d'Offemont tenoit avec aucuns prisonniers du parti du duc bourg'ongnon. Et de fait sa délibération fut mise à effet, et leur fit déclarer sa franchise. Dont moult s'esjoyrent et se contentèrent de luy. Mais assez mettoient difficulté enceluy d'Offemont, quienv^^sles délivreroit par ce marché, pour l'intérest qu'il y avoit très-grand. Envoyèrent toutes-voies par devers luy. Et ce que en un, ni en deu^ jours ne se pouvoit appointier, en quatre et en cinq fois y aller et venir se trouva tellement que le traité se fit, et promesse délivrèrent à deux lez, les places et les corps francs et quittes l'un pour l'autre. Sy advint, ainsy que ce traité pendoit, que messire Hémont de Bouber, prisonnier au seigneur d'Offemont, mourut entre ses mains dedans Saint-Riquier ; de quoy son maistre le duc de Bourgongne, doutant aucunement que ceste mort ne luy fust prise par rudesse de prison, mortellement desplaisant en ce, varia
par aucune espace de uon souffrir aller avant le traité conclu ; mais après son couroux passé, par belles remonstrances de ses plus prochains, il s'y condescendy arrière. Aussi ne trouva pas ce qu'il avoit douté, car les excuses en furent faites souffisantes dudit d'Offemont. Or falloit-il délivrer les prisonniers et rendre les places es mains promises, par quoy le seigneur de Roubais et le seigneur de Croy , qui lors encores estoit jeune et commençoit à monter en autorité, partirent de Lille, accompagnés convenablement, et vinrent à Saint-Riquier où estoit le dit d'Offemont. Les délivrés du ebasteau de Lille, comme Potton et sa compagnye, vinrent sous leur sauf-conduit au dit lieu aussi ; et là le dit de Roubais et de Croy rendirent ce qu'ils avoient tenu , et reçurent ce que tenir désiroient, C'estoit la ville de Saint-Riquier que le seigneur d'Offemont vuida, et alla prendre sa retraite ailleurs, en Crespy en Vallois, ce cro3^-je, et là entour, et^esdits seigneurs de Roubais et de Croy incontinent restablirent garde et capitaine le Borgne de Fosseux, chevalier, accompagné de messire Nicolas de Mailly, Ferry son frère, Nicaise de Boufflers, Jehan de Donserre, et de plusieurs autres qui depuis, bien et loyaument la gardèrent long-temps.