‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 4)Chapitre 29 sur 50 · LE LYON RAMPANT · texte numérisé non relu

LE LYON RAMPANT

—OOO^OOO

Lyon rampant en crouppe de montaigue, Mort immortel en honneur triumphant, Lyon fameux, tryacle contre araigne, Trempé en fer, vertueux et vaillant, Lyon aux fiers, aux doulx humiliant.

Et corps absent et présent en mémoire, Lyon transy tout refulg-ent en gloire : 0 ! et comment ose-l'en entreprendre Blasmer celuy que tout mort on espoire Second Hector et derrein Alexandre?

Digne est le bras dont l'aigre exploit enseigne Estre un corps mort en splendeur reluisant, Le thrône heureux, régy soubs telle enseigne. Dont chascun va le nom clarifiant Et sa valeur sur tous glorifiant En chrestien et payeu territoire, Tant que du bruyt excellent et notoire Tous nobles cœurs luy doivent gloire rendre Et en hauts faits le maintenir et croire Second Hector et derrein Alexandre.

Publié d'après les Mss. ITIT et 12788 de la Bibl. imp. de Paris.

208 LE tYON

Lyou, lyou, veuille fortune ou daigne, Soubs son effort mourrez resplendissant ; Mais il n'est feu qui par eau ne s'esteigne Lorsque plus est espris et flambissant.

Car Dieu ne fait homme nul si puissant, Ne roy, ne duc, qu'il ne soit transitoire, Et soubs sa main en baille exécutoire A qui luy plaist, ainsi le faut entendre ; Mais par raison serez mis en hystoire Second Hector et derrein Alexandre.

Prince éternel en infiny prétoire Qui aux justes rens loyer méritoire.

En paradis te plaise lame prendre Dont le corps fut par œuvre péremtoire Second Hector et derrein Alexandre ' .

' Cette ballade, comme toutes celles de Chastellain, eut un grand retentissement, et le premier vers, inspiré par les insignes héraldiques de la maison de Bourgogne, devint un refrain populaire. Les poètes de la cour du duc Charles mettaient en regard du noble lion de Flandre, adopté par la maison de Bourgogne, l'emblème bien moins chevaleresque du cerf volant qui ne remontait dans le souvenir de cette génération qu'à un caprice de l'imagination troublée de Charles VI. Ils adoptèrent en même temps, pour désigner le monarque qui étendait ses intrigues sur toute l'Europe, la figure de l'araignée aux toiles perfides, au venin dissimulé, et elle passa des vers de Chastellain, qui ont été insérés plus haut, dans d'autres compositions historiques ou poétiques. Plus tard, en 1467 et en 1468, quand Dammartin, envoyé avec une petite armée en Champagne, y essuya une défaite que Meyer seul mentionne d'accord avec notre poëte, et quand les hommes d'armes français éclatèrent -en altières menaces [voyez tome V, p. 439], le vers de la ballade politique devint de plus en plus acéré. Nous reproduirons ici quelques pièces de cette époque, qui font suite à celle de Chastellain, en faisant remarquer que, selon nous, la première des ballades suivantes lui a été injustement attribuée, tandis qu'il faut la restituer à Molinet, comme le porte le Ms. 12490 (208) de la Bibl. imp. de Paris :

Souflle, Triton, en ta bucce argentine; Muse, en musant en ta doulce musette ,

Page 1