‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 4)Chapitre 47 sur 50 · LE EÛT · texte numérisé non relu

LE EÛT

Charles, je suy à repentance De ma tardive congnoissance

Et que d'enfance D'honneur, d'amour et de puissance Ne vous ay gaignié et attrait, Vous traittié comme amy parfait.

Ce m'eust esté ma florissance.

Ma chevissance.

Ma gloire et ma resplendissance Et mon bien souverain de France.

LE DUC

'lia

En moy n'a tenu, bien y pert, Car de tous temps m'y suis offert

De cœur ouvert, En vous monstrant au descouvert Ma vraye noble entière foy ; Mais onc ne m'avez grant, ne poy ' Daignié prisier, ne secq, ne vert,

J'en suy experf :

Par quoy cœur qui d'amour s'affert Et qu'on n'adaigne, à tost se pert.

LE SOY

Erreur qui maint cœur abeuvre, C'est celle qui a fait cest œuvre,

Je le vous œuvre ; Mais j'en venray à mon recœuvre, Si Dieu plaist, et à vostre amour, Et vous auray par le droit tour Que un homme, un bon ami recœuvre,

Dont il se cœuvre Et dont point ne se veut desmeuvre :

Cecy vous dy et vous descoeuvre.

LE DUC

Cœur de prince doit estre fier Et se veut doucement traittier

Et acointier.

Par vous vous en pouvez jugier En tesmoignant d'autruy courage.

Noble sang et de haut parage

' Poy pour peu.

Ui LA PAIX

A envis se seuffre asségier D autruy dangier, Mais 'qui en doulx le veut toucbier Il s'humilie de légier.

LE ROY

Charles, n'entrons en doléance, Mais parlons de nostre alliance

Faite en fiance ; Quant à moy, je n'ay rechéance Aujourd'hui soubs le ciel qu'à vous Que j'ayme et prise devant tous Qui sont de mon appartenance

Et congnoissance.

A ce m'astraint vraye amour france, Fondée en certaine espérance.

^ LE DUC

Ne sçay que Dieu en souffrira^ Ne cy-après qu'en avenra,

Ne qu'en sera ; Mais tant que Loys se tenra Envers son Charles en bien user, Dieu me puist son ciel reffuser Si Loys ne me trouvera, ^ Quant il voudra

Et par tous lieux où il faudra, Qui après Dieu le servira.

LE ROY

Charles, soyez en tout asseur ; Loys sera restablisseur Et furnisseur De tout ce qui touche à honneur

Et à paix entre vous et luy ; Et à tousjours sera celuy Qui vous sera recongnoisseur

Et avancheur, De joye et d'amour nourrisseur, En réparant mon anchisseur ' .

LE DUC

Et Charles qui son honneur ame Tout autretel comme son âme,

Celuy ne clame Fors servir vous et ce royame Et estoller vostre maison ; Car je congnoy que c'est raison Et que de là j'ay gloire et famé

Et clère lame.

Donc, s'il plaist Dieu et Kostre-Darae, Mon corps se g-ardera de blâme.

LE EOY.

Or fasse France feste et joie !

Tout bon cœur soit criant : monjoye !

Et se resjoye De ceste salutaire voye Qui est de nostre adviuctiou.

Dieu m'a donné réduction De celluy seul que je quéroye

Pour salut moye, Et m'a donné son cœur et foye, Et moy le mien en l'amour soye.

' Enré]parant mon anchisseur, en effaçant les torts du prince qui m'a précédé.

LE DUC

J'en baille au ciel seau et lettre De mon voer, de mon promettre ;

Qui mien veut estre , Je seray sien sans m'en desmettre, Sien entier, sien de corps, d'avoir, Gardant mon honneur et devoir Sans jamais enfrainte y commettre,

Tesmoing ma destre Que j'en présente au roy célestre Et à vous, mon seigneur et maistre.

{Ici le roy et le dm cessent de parle?-.)

BOUCHE

Cœur, vous avez beau méditer.

Beau cogiter.

Beau vos esperis susciter Et en pensant vous déliter D'avoir oy ces mots présens.

CŒUR

Mais vous, vous avez beau chanter.

Beau voix bouter.

Beau vos vertus excerciter Par publier et réciter Ce qui m'esbluist tous mes sens.

BOUCHE

Si leur amour, leur acointance.

Si la substance De leur parler se maintient france.

D'entière et saine concordance, Oncques si noble œuvre ne fut.

CŒUR

Non voir; etcrez', l'appercevance

De ceste avance Fera reflorir l'espérance A uostre glorieuse France Qui toute y apend son salut.

BOUCHE

La gloire de leur vertu telle

Et solempnelle Sera durable et immortelle , Et en lettre perpétuelle Resplendira et florira.

CŒUK.

Toute substance supernelle

Et temporelle, Mesmes la sainte kirielle Des anges toute universelle, Tout, morts et vifs, le bénira.

AVIS

Sens, escripvez distinctement , A poix et adviséement.

Subtilement; Car les choses présentement Requièrent bon entendement Pour bien les fermer et coucbier.

SENS

-Avis, à vostre enseignement J'en ouvreray prudentement Et sagement.

' Crez, croyez-moi.

Et si mou espoir ne me ment, J'y garderay mon sauvement :

C'est ce qui plus me peut touchier.

AVIS

Sens, en vostre narration, Quel poix, quelle estimation,

Ne mention, Vous est de la sainte union Et soudaine conjunction Nouvellement de ces deux princes ?

SENS

J'en vole en ammiration :

Ce me semble une vision

D'abusion, Et n'en puis par conception Comprendre la condition.

Car tous mes sens y sont trop minces.

AVIS

Il appert donc, et est tout cler, Que Dieu a cy voulu ouvrer

Et labourer.

Sy s'en doit à Dieu référer, Sur tout humain considérer, La clère souveraine gloire.

SENS

Cela je ne puis ignorer.

Ne reculer, ne différer.

Ne varier ; Donc et pour moy édiffier Et son haut nom glorifier.

Je le fay chief de mon histoire.

AVIS

Sens, que direz du roy Loys Dont tant de cœurs sont esjoys

Et conjoys En tous escrips que ayez oys?

Fut-il oneques roy si bénys Comme est cestui en sa sainte œuvre 1

SENS

Nenny ; j'en veul monter le pris Jusqu'aux murs du saint paradis, .

Par chants, par dis ; Il a les humains cœurs conquis Et plus de leur amour acquis Qu'à peine tout le ciel ne cœuvre.

AVIS

N'oubliez pas sa sapience Sa vive active diligence ,

Sa relucence En mainte florie excellence Et dont l'effet de la prudence A beaucoup servy ce royame.

SENS

J'y mettray mon intelligence En luy et si grant existence

Et apparence.

De hauteur noble conséquence ; Mais qu'il tieugne, ainsi qu'il commence, La sienne et nostre paix en l'âme.

AVIS

Ha! Sens, c'est un grant esperit, C'est un entendement subit.

Le plus qui vit, TOM. vu. 29

Qui tost voit et tout circuit Quasy en un moment petit Ce qui est de laissier et faire.

SENS

De Diea soit donc son corps bénit î Voirment est-il sans contredit

Ce qu'avez dit.

Dieu le nous sauve à bon pourfit !

Mais qu'il n empire sou escript '.

J'y mets espoir d'un grant bien faire.

AVIS

Et du duc Charles maintenant , Qui aujourd'huy va dominant,

Veillant, régnant, Terres et hommes prosternant Et les orguilleux ruynant, Quel compte nous ferez de luy ?

SENS

J'en parleray au consonant De son glorieux advenant,

Et Dieu devant, J'en feray tel appartenant Que jusqu'au monde définant Son los ne sera démolly.

AVIS

Je vous dy bien, en son histoire A mainte chose laudatoire

Et méritoire, Et laquel mise en auditoire Par jugement diffinitoire Sera de noble et grant effect.

DE TKRONNE. 451

SENS

Je le sçay par mon répertoire Là où il reluit eu victoire

Exécutoire, Et est assis au consistoire D'honneur, plus reluisant que voirre, Pour prince quasy tout perfect.

AVIS

Certes ses œuvres fructifient ; Ses nobles mœurs le florifient

Et glorifient; Ses vertus les gens exemplient.

Et ses exemples édifiient :

Pour jeune prince onc ne fut tel.

SENS

Là, où Dieu veut, là multiplient Les fleurs qui l'homme magnifient

Et clarifient; S'il en vient comme les cœurs prient Et qui d'amour le sacrifient, C'est pité quant il est mortel.

AVIS

0 noble duc, cy entendez : Droit-cy vostre œil acommodez,

Et regardez Les biens en quoy vous abondez.

Vous estes noblement fpndés Des biens de grâce et de nature.

Si vous l'amour de Dieu quérez Et vivre en honneur requérez,

Considérez

4Sâ LA PAIX DE PERONNE.

Tous les biensfais que vous ferez.

Mort et vif, vous les trouverez En glorieuse sépulture.

SENS

Vous estes une noble fleur De vertu pleine et de valeur,

Noble de cœur, Assez bon pour estre empereur ; Ne reste riens pour vostre honneur.

Fors d'amer Dieu et ce royame Et d'estre léal protecteur De la digne royal hauteur.

Le Créateur Vous en sera rétributeur :

George aussy, vostre humble orateur.

Vous en est plesge de son âme.

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