‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 4)Chapitre 6 sur 50 · L'ENTRÉE DU ROY LOYS EN NOUVEAU REGNE · texte numérisé non relu

L'ENTRÉE DU ROY LOYS EN NOUVEAU REGNE

Après longue indignation jetée envers moy pour avoir assis ma plume en aygreur, à l'exigent du temps, toutesvoies, qui m'en rendoit les causes, et que pour quérir fruit et salut en ce royaume, j'ay attendu manasces et périls par aucuns interprétans volontaires , loingtains de mon entendre^ maintenant, quant celuy temps est passé,

» A ce traité se trouve jointe, dans le ms. de Florence, la note suivante :

« Ceste œuvre droit-cy fut faite par le mesme messire George à la bonne foy, et en espoir de grant nouveau bien venu en France, quant lo grant duc de Bourgogne, le duc Philippe, mena le roy Loj's couronner à Reims, et de là à Paris ; dont toutefTois, le fruit n'en ensievy point tel à l'acteur, comme il eust bien cuidié et espéré. Car do grans différons s'y trouvèrent depuis entre deux, aussy désespérables comme oncques par avant. Sy cuidoit touteffois l'acteur avoir bien pris sa matière, et bien fondée en ferme fons, ù l'exemple que droit-cy se pourra voir et oyr. »

* Yoyez, dans le tome YI, l'Exposition sur vérité mal prise. TOM. vu. 1

et que les causes voy estre esvanouies avec les causans, venu à l'entrée de régnation nouvelle, veux tourner aussy ma plume à commencement de nouvelle œuvre. Donc, si mes labeurs premières ont esté cuisantes à aucun, à l'expectation, comme j'ay dit, du temps et des causes d'alors, certes, icy, j'espoire, je les compasseray toutes autres, et à l'advenant des choses de aujourd'huy qui se présentent joyeuses. Sy ne suis mu d'arrogance à produire hautes matières , pareillement ne de présumption , comme si je me fioye de propre engin, mais tant seulement dardant amour et affection , qui me fait convoitier que vous , les très-nobles et très-chrestiens François, coffres anciens et repositoires de l'honneur du monde , veuillez entendre et concevoir les haulx et nouveaux mystères, que Dieu a tramis en vos yeux, tant en advisement sur les choses futures , en quoy il vous note salut , comme^ en remonstrance d'aucunes vos desvoyances passées en attente de grant péril. Donc certes, si, en conjouir aucun glorieux homme en sa riant fortune, il y semble avoir condition aucune d'amistié , plus encore et plus vraye y doit-elle estre jugée quant en déclinaison de ses vertus, il contend à le réduire par charité et congnoissance de son mesprendre. Doncques, qui d'aimer et de coUauder la félicité d'un régnant peut traire grâces et faveurs fécondes , non moins doit faire celuy, mais plus mérite, qui l'a préavisé de ses événemens contraires. Or, ô vous aujourd'huy, très-victorieux François, si par regard aucun en vostre très-haute et très-claire fortune , et dont peu n'a pu prendre de déclinement par meschief , me suis avanchié autreffois en paroles remonstratives envers vous, ce me soit, vous prie, remis à pardon. Et si maintenant, en avantage de vostre exaltation et, proffit, puis mettre avant et

produire aucunes de mes nouvelles conceptions non sures ' ànulluy, ce soit, je supplie liumblement, accepté agréable. Car, dès lors que j'appris mes puériles, et que élection naissoit en moy entre les choses différentes par jugement de l'une envers l'autre , dès lors par dessus tous m'avez esté miroir de contemplation. Dès lors, m'avez esté ymage en quoy j'ay rué mes yeux , et en qui , comme ainsy constraint de nature , j 'ay assis mon amour et ferveur, non pas pour escrire de vous tant seulement en louenge , mais par une affection toute brûlant de voir vostre régnation glorieuse, non temprement caduque. Donc, s'il m'est eschu autreffois d'avoir usé envers vous d'aucuns mots trenclians, ou que maintenant je sembleroye vouloir produire paroles de plus doux stile , ce ne m'est mu toutesvoies , ne me meut de légièreté ; ains me procède de parfonde vive nature véritable, qui en tous vos événemens contraires et prospères, vous monstre et à monstrer désire comment elle est vostre, huy par vos collaudations de vos anciennes ressuscitées vertus, en quelles je vous voy florir et régner, demain par libérale remonstrance de ce par quoy vous pourriez diminuer (que Dieu ne veuille!) en vostre félicité réacquise. Doncques, si j'ay esté susciteur de vostre yre , par cy-devant, en causes toutesvoies non déméritoires, maintenant, qui veuil produire fruit d'autre goust, veuil estre susciteur aussy, s'il vous i3laist, de vos joyes et du délit de vos cœurs.

Main qui cuelle roses pures, Lys et nobles fioritures, Sans qu'à soy-môme pourfite, Aultre en elle se délite.

• ' Sures, aigres, a mères.

Mais qui hors de ses closturcs "Veut ruer les ronces dures, Dont la pointure est subite, C'est une œuvre très-despite.

Remonstrances, escriptures, Sont de mesmes aux natures De la matière subgite, Soit prisée ou contredite.

Donc, quant les saisons obscures Tendent plaies et pointures Et main nette s'y acquite, Pourquoy n'y cliiet-il mérite ?

0 très-humains François, pour avoir doncques entrée de collation avecques vous, et que par mon humble transcrire je puisse faire entre-ouvrir un peu les portes de vostre bénigne ascout, une vision m'est apparue, n'a gaires, en laquelle, par la vous conter, je désire moult que y puissiez prendre au moins sinon délit, passe-temps toutesvoies, et ensonniance. Car m'est de plus haut mystère, que ne la puis capter, et d'interprétation plus difficile qu'il ne me duise à y mettre main. Le peu toutesvoies que présumptueux en ay fait, plus pour essay de mon engin, que pour monstre, tout submettant à vous l'œuvre et le stile, je vous envoyé.

Gisant au lit , n'a gaires , sous pavillon ombreux , où , plein de soin , nature luttoit avec l'esprit pour la saisine du corps , et que la victoire n'en estoit encore, ne à l'un , ne à l'autre, ains comme au point d'extasié, sans dormir, ne veillier, me faisoient gésir neutre en celuy estât, se vinrent apparoir à moy une multitude de gens de diverses conditions, mais tous en habit et en forme de pasteurs, lesquels, comme passans par devant moy, levèrent une com-

mune voix, disant : Transeamiis iisqne Bctldeem. « Allons « jusques à Bethléem, et voyons ce mot, qui est fait, que a Dieu nous a monstre'. » Et eux disant ce, se hastèrent d'aller, et lors moy (ne sçay si ce fut par la vertu du mystère ou par puissance de leur autorité à moy non congnue) me trouvay cheminant avec eux. Et venus en Bethléem, trouvèrent Marie et Joseph et un enfanchon mis en une grehbe", dont eux pleins d'amiration des g'iorieux merveilles qu'ils virent, s'en retournèrent glorifiant Dieu en tout ce qu'avoient vu et ouy, et comme à l'aller s'estoient monstres à moy entre mes courtines, au retour aussy me sembloit que j'y estoye remis, comme si bougie ne m'en fusse oncques. Donc, par adjunction sur le mystère jà vu, et ainsy que repassoient, vis une main, ce m'estoit ad vis, attachant un brievet par dedens mes courtines, et iceluv mis disoit : «Ne t'esforce à regarder le con- « tenu droit-cy j'usques tu ayes premièrement exposé à ton

« possible cestui vu mystère, » qui à tant s'esvanouy, et moy je me trbuvayen subit en mon commun usage. Lors revolvant, en dedens moy, ceste vision, et en laquelle prestement je commençay à prendre un fructueux goust, pris à penser et à interroger à moy-mesme quelle chose je pourroye faire de ces pasteurs; quelle propre interprétation de ce Bethléem ; pareillement quelle de Marie et de Joseph, et du petiot enfant mis en la grebbe, sans de près toucher présumptivement et en dérogance au saint texte évangélical , dont je conçus bien que les mots y avoient esté quis et proférés des pasteurs, non à l'intention vraye

' Transeamus usque Bffthleliom, et vidcamua hoc verbum, quod factum est, quod Dominus ostendit aobis. Ei\ sec. Lticam. II, 15. * Grebbe (fl. crebbe], crèche.

de la sainte lettre, mais pour servir à figure. Sy ne m'esclieit gaires longuement ymaginer dessus, que prestement je ne concliesisse que ces pasteurs pourroient estre les princes et prélats de ce royaume , les nobles seigneurs et vassaux portans cure et commission sur la cliose publique, et sont venus liastivement en Betliléem , est-à-entendre à Paris, voir ce que Dieu a fait et manifesté à leurs yeux : certes un roy nouvellement couronné, un roy produit du mot et volonté de Dieu. Et venus audit lieu ont trouvé Marie et Josepli et le petit enfant. Ont trouvé Marie certes; car ont trouvé la glorieuse maison de France, droit-là, qui s'y estoit reclinée, et qui là avoit produit son enfant nouveau-né en la garde de toute humble administration de Josepli , son espoux, le duc de Bourgongne, dont elle estoit intacte et luy non violeur de sa clarté. Donc et qui est l'enfant, qu'elle a produit droit-là, qui est aussy Betbléem, et pour quoy j'y accompare à Paris? Pour quoy aussy Fraiice à Marie et le duc humble à Joseph? Il loist bien que je le déclare, et que j'assigne les raisons et les causes, par lesquelles on y puisse entendre similitude.

A la matière doncques. 0 vous très-bénignes et humains cœurs, là où j'ai comparé Paris à Bethléem, dont l'interprétation est domus 'panîs, maison de pain, si de grâce m'est permis à parler, n'est pas la comparation juste? N'est pas Paris sur toutes autres cités maison de pain? Certes sy est et non pas tant seulement de pain matériel pour le corps, mais de spirituel aussy pour l'âme, quant en elle se repose et se conclot la justice préminent du monde, et sous vertu de qui toijte la greigneur part de chrestienté se nourrist, toute l'intégrité de ce royaume se gouverne, toute région voisine s'arrègle et amodère, et

toute la généralité du peuple se submet et subordonne k transquillité et à paix, laquelle certes est mère de salut, nourrice et proviseresse de vie. Et semblablement ne se conclot en Paris et y florit le très-noble verger de science, la racine parfonde de philosophie, la plante très-précieuse et très-digne de toute divine saveur , dont l'âme se nourrit, en quoy l'esprit se délitte et contemple , et s'acquiert le fruit de perfection immortelle? Oh ! et n'est bien doncqués maison de pain , celle qui contient ces trésors , et qui jouit et possède de si faits fruits, dont tant s'assouffissent d'âmes et de corps? Sy est certes, et me semble que n'en doye estre débouté en mon entendre. Si doncques Paris peut estre Bethléem par les raisons assignées, pour quoy aussy ne pourra estre France, ceste très-excellente maison chrestienue, acomparée à ceste Marie, mère du petit fils? Et pour quoy ne se pourra acomparer aussy et estre réduit à Joseph ce bon duc de Bourgongne, que vous, ô nobles François, nouvellement et sur fin de eage, avec la mère prennante ' , avez reçu, oh ! certes, en lieu publique, en lieu où toutes les nations chrestiennes conviennent et s'assamblent, en vostre Bethléem, en vostre publique théâtre ouvert à tous lez, présenté à tous venans, Paris certes. Si je ne pensoye mes raisons estre de valeur, pour assouffir à mes figures,, en vain auroye-je bien mis avant donc si hautes matières et de tel poids.

Or sont venus les pasteurs à Paris, et ont trouvé Marie et Joseph. Les pasteurs, comme j'ay dit, sont les princes de ce royaume et les prélats , et ont trouvé Marie : certes, ce qui est acomparé à Marie. Car ont trouvé la congrégation générale de ce royaume en ses trois membres et estats !

' Prennan't (latin : pragnam^), enceinte.

8 L'ENTRÉE DU ROY loYS

ont trouvé la conjuuction de tout ce royal sang uny eu amour; ont trouvé en vertu et en fleur la triomphante maison de France , ancienne conservatrice de la foy et refuge moderne. Car, là où je dis que trouvé ont Marie, j'entends dire que 'ceste très-noble, et très - victorieuse maison, cestuy excellent et très-clirestien royaume, uny en ses membres est proprement la Marie que trouvé ont , et en quoy vues les qualités et perfections de la vraye dam-e, je puis suj9B.re en probation à ceste-icy, comme figurative. Donc, qui a faim de la preuve, sy donne ascout à mon déduire. Ne sont en ce très-clair royaume, qui est un entier corps, trois fondemens angulaires, les plus espéciaux de la terre , et lesquels , en leur haute construction , et par vertu du cyment qui les lye, ne sont à miner, ne à mettre à l'envers? Qui sont-ils ces fondemens? Ne sont-ce les trois estats , principaux membres de la chrétienté , et sur lesquels la maison de Dieu se repose , et desquels tout ce que bon est , dépend et résulte ? N'y est pas le vif torrent infaillible de lumière et le trésor de la foy? N'y est pas le conserve véritable, à qui toute l'Eglise militant prend recours, et de qui, pour la faire atteindre à triomphe, se tire ce qui estaint son venin, contraire? N'y est pas la très-noble et très-modeste compagnie des prélats, la très-dévote et exemplaire prédication des religieux, la sérieuse et notable multitude des chanonnes, sans les autres par infinité ministres en l'Eglise de Dieu, et par lesquels iceluy membre, en tant qu'il touche à sa part, est le plus renforcé, est le plus clair et parant, qui soit en terre? Doncques, si cestui très-noble royaume , ceste très-excellente et très-glorieuse maison très-chrestienne , a en soy un tel membre pour chief , pourquoy ne le pourray-je traire en celuy endroit en comparation à Marie, qui est le

vray coffre où s'ombroya le divin secré, qui est le fons et le vif torrent de la foy, le recours de toute science et de bonnes mœurs et celle qui est l'exemple et estoile de toute perfection ?Doncques, si cestes grâces et singularités sont en elle , comme propriétaires , sont en cestuy membre aussy, et sans desroger à son nom, comme par figure. Car Marie chaste et inviolée, sy est nostre mère l'université, non oncques poUute. Marie prennant et pleine du Saint-Esprit, sy est nostre faculté de théologie en Paris, irradiée du Saint-Esprit et pleine de divine infusion. Marie pleine de dévotion et de louenge, sy est Testât ecclésiastique en Fra'nce par excellence sur toutes régions autres. Marie produiseresse du fruit de vie, est ceste noble université, prennant du fruit de doctrin^, duquel se nourrit, se gouverne et parfait cestuy noble chief et principal membre de royaume , gens d'église et clergie , en glorification grande et confortance de l'entière maison , dont le premier membre par ce qui en est dit , je tiens assez approuvé et à satisfait , et que sans déroger à l'intégrité de la Marie vraye, il peut estre acomparé à elle comme Marie seconde, fournissement de mon projîos.

Maints mistères amirables , Maints divers cas recordables ,

Pourfi tables , Approuvés et soustentables, Et dont l'Escripture est plaine, Licite et à croire saine, S'il ne sont en toutes tailles.

Tout de mesmes et semblables A ce où sont réduisables En figure très-hautaine:

Sy ont en rcpostaillo Substance où n'a point de faille,

Ne ferraille ,

Quant l'un est la grosse escaille Lorsque l'autre est pure graine.

L'un sy est comme en muraille Morte peinture mondaine; L'autre est vaine chose humaine ,

Ou certaine Œuvre de Dieu souveraine Par voye non bien capable, Par quoy, comme escargne' ou paille.

N'est de mesmes, ne de maille Aux g-rains qui en sont tirables.

Aussy ne sont comparables Faits du monde aux pardurables.

Si doncques je doy satisfaire à l'œuvre emprise, parler me convient maintenant de l'autre second estât , qui est Testât des nobles, et d'iceluy produire raisons et propriétés, par lesquelles en décorant ceste glorieuse maison , il peut estre convalué et mis à sorte avec Marie , dont la sainte personne, comme souverainement noble, se tiendra à contentev, je espoire, quant cestuy estât de noblesse s'y acompare. Pour venir doncques à ce , il semble qu'en Testât de nobles gens, sur toutes autres vertus, et par une singulière clarté, il y doit avoir quatre points.

L'un sy est vérité, sans qui nul noble n'est digne de royal approche.

L'autre sy est liardement , sans qui nul n'est digne de chevalerie.

Le tiers sy est de vergongne , sans qui nul ne craint Dieu, ne faire laide œuvre.

Et le quart sy est libéralité , sans qui nul ne peut estre utile à la chose publique, ne parattaindre à haute fin.

Or, considérons maintenant et encherchons comment

' Escargne, fétu? Ce mot se trouve aussi dans Mouskes.

EN NOUVEAL RÈGNE. Il

en cest estât de noblesse , second membre de ce royaume, ces quatre points icy resplendent , comment et en quelle vig-ueurilsy régnent et tiennent lieu, et comment aussy en ceste maison très-clirestienne dont elle est le dongeon , ils y donnent parement et clarté. N'est pas lestât de noblesse en France, iceluy qui toutes régions cbrestiennes surmonte en condition véritable? N'est-ce pas celuy qui en certaine preudommie radicale et en toute ferme léauté féable surpasse toutes nations ? N'est-ce pas celuy qui anciennement et de tout temps par ses clievaleureuses labeurs et enduremens , par ses inexpugnables vertus et robustes bras , par ses constances et astuces en tous périls, a esté deffendeur de l'Église, flayeldes infidèles, augmenteur de la foy, amplecteur de la terre chrestienne, susciteur des vertus et des bons exemples, et en esvertuant soy-mesme en sa région par nobles mœurs, en dehors de luy a acquis la redoubtance du monde par armes?

En outre ne sont les nobles François, vceux dont l'éorlise pontificale en Rome, par signe de desserte sur tous autres, a pendu l'escu à trois fleurs de lis en publique spectacle? Ne sont-ils ceux qui se exemptant de l'empire par force, mesmes ont appliqué à eux l'impérial sceptre, qui ont submis Ytales , qui ont bumilié les Alpes inagressibles , qui ont dompté les Espaignes, juguUé les Allemans, et flagellé et battu maintes dures et roides nations barbarines? Que doncques reste-il en cestuy noble estât très-clair, pour quoy, en titre de gardement devant tous, il ne doye obtenir gloire et couronne? Riens certes. Pareillement ne fait-il au tiers point qui est vergogne. Car, si en la terre il y a noblesse peu vicieuse , peu entachée de vice , ne de fraude, c'est icy doncques celle où elle l'est le moins ; c'est icy là nfi elle est la plus nette, et là on elle est la plus saine et

mieux moriginée , congnoissant que vergong'ne en homme jeune est mère de netteté, et curieuse rebouteresse de toute œuvre honteuse. Par quoy, qui honte a, il a crème ur de Dieu, il a honneur et bien faire devant ses yeux; il a choix et prédilection de mort devant vie enlaidie ; il a ce par quoy il est digne de la grâce du monde et par quoy il doit croistre et multiplier es biens de fortune. Doncques et de libéralité après , qu'en diray-je? N'est pas la noblesse de France celle qui autant convoite d'avoir moult pour pouvoir donner, comme d'avoir le possès de plenté pour multiplier pouvoir? N'est-elle dont les seigneuries ne prisent subjection d'une cité emprès l'acquest d'un noble homme', dont ils ont le cœur en leur ap prestance , et qui donroient tous les biens de fortune par eschange pour acquérir les biens de faveur, pour bien faire? Certes comme sages, car n'est richesse que de cœur d'hommes. Autres d'autre région ygnorent ceste vertu ; ne sçavent que vaut estre libéral, et n'en ont oncques sucé la valeur. Donc , si vaillance peut estre en eux et hardement, ont toutesvoies cœur restraint et mains closes , et préfèrent vile matière tenir chière devant précieux acquest, or en coffre devant grâce et bon los, et la charongne d'une jument devant l'obtènement d'un noble cœur. France tant seulement est le coffre propriétaire où repose ceste vertu, et là où elle croist et florit comme en son naturel lieu. Donc, si autres royaumes en peuvent avoir portion aucune, sy ne l'ont-ils que par exemple d'elle et par emprunt. Doncques», pour venir à la comparison de cest estât des nobles François avecq Marie trouvée en Bethléem, voyons doncques comment cestes vertus alléguées sont en la vraye Marie, la

• Le cœur d'un noble homme vaut. tout l'or d'un pays, a dit un trouvère.

mère de Dieu, et comment elles sont et peuvent estre aussy en ceste noblesse françoise, la Marie seconde. Certes, je n'en vocl faire la comparison toute égale, car en la vrave Marie, elles y sont par portion possible selon le subjet. En elle, elles y sont par entière perfection incontaminée ; et en iceste elles y sont par une condition nébuleuse; en l'une par figure, en l'autre par essence; en l'une par songe, en l'autre par vive opération. Et par ainsy, comme il ne convient faire les figures que àl'advenant des personnes entendues, ne convient faire comparison des vertus aussy que à l'ad venant des subjets en quoy ils appèrent. Donc à doubter ne fait qu'en Marie ne fussent toutes vertus et en souverain parfait degré, lorsqu'on autre créature ne peuvent manoir, ne entrer [que] par interruption continue. En elle , elles y sont par éternité et sans mesure; et en ceste elles y sont à terme et à portion escharse ; en elle par intégrité permanable, et en ceste par infraction cotidienne. Et à tant avoir parlé de cest estât de noblesse, quant à présent touche, il me suffit.

Pour venir au tiers membre qui fait le royaume entier , c'est Testât des bonnes villes, des marchans et des gens de labeur, desquels il ne convient faire si long-ue exposition que des autres , pour cause que celuy estât mesme ne le requiert, et que de soy il n'est gaires capable de hautes attributions, parce qu'il est au degré servile, en quel toutesvoies et selon sa desserte il luy sied donner aucunes ascriptions louables à l'advenant de ses propriétés. Donc et quant entre tous autres du semblable estât ailleurs je rassieds mes yeux droit-cy, ne m'est nul toutes voies de si grant prix, ne de telle estime comme cestui, ne qui, en ce qui luy duit de titre, soit tant près de la perfection en son degré, comme cestuy en France, quant en fait de mar-

cliaiidise et de mutation de biens, en fait de diligence et d'einbesongnement, en fait de labeur et de sollicitude, il n'est autre ailleurs qui y approche. Par quoy, et qu'il est bas et servile , sj me sert-il et est tout propre à mon cas, pensant que comme plus est humble et de basse condition, que tant plus il donra gloire et décoration à la matière où il se doit traire, c'est à la vraye Marie, qui, devant toutes autres grâces et pour fin de perfection , prisoit ce qui est le propre de cest estât. Quoy certes? Humilité, par lequel elle fut plus regardée de Dieu, que par cœur original. Et ne luy estoit virginité de si précieux ester, que humilité encore ne luy semblast plus propre pour attaindre à la divine amour. Par humilité doncques elle souifrera que cestuy humble estât s'y acompare, et qu'en basses conditions et serviles tendans à fruit , il prenne ce qu'il pourra avoir de desserte pour y avoir approche. Mais en quoy se fera l'aprochement sinon en labeur, en ensonniement continu , en soin , en cure , en diligent veillier, en constant souffrir, en supploiement volontaire et en sollicitude oj)portune, lesquelles choses, selon que plus se trouveront parfaitement en cestuy bas estât de François, que plus sera digne et propre de soy adopter le nom de Marie et d'en approprier à luy la similitude. Or faut reg-arder si en François sont cestes conditions alléguées , et si leur estât en cestuy tiers degré bas mérite d'en traire aucun clair titre. Je croy certes que ouy et par vif effet. Car en labeur sont prompts et actifs, disposés à la paine en choses utiles, en choses nécessaires, en choses honorables,' ont corps agile non charnu , non somnolent , non paresseux, ne tardif, mais toujours en œuvre, soit des mains, soit du sens, soit de parole et de fait. Es cités et es bonnes villes , portent soin de la police , regard à la justice et

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rimion des bourgeois, à la tranquillité du peuple et à toute obéissance et satisfaction à leur roy, veillent diligemment en leurs affaires , portent constamment leurs serviteurs, supploient volontairement au plaisir des seigneurs ; et en toutes choses nécessaires profitables, honorables et redevables, soUiciteux sont et curieux de leur nature. Doncques et cecy par manière d'interrogation peut-il suffire pour donner aux François en cestui tiers degré humble le nom de Marie, et pour satisfaire à ce que j'ay empris à déduire? Oïl voir et n'y chiet difficulté ne que des deux autres. Car comme en la glorieuse et parfaite Marie sont les vertus et les- fontaines de toute science, de toute sapience, detoute dévotion, de toutes mœurs, de tousbeaux exemples, de toute foy vraye, de toute charité et compassion, et puis, selon Testât de noblesse, toute vérité certaine, toute léauté entière , toute vaillance et hardement , toute astuce çt constance, toute vergongne , toute condition pudique, toute netteté inviolée, toute libéralité, toute largesse parfonde , toute apprestance amiable , pareillement selon cestuy tiers humble degré , sont en elle et furent labeurs fréquentes, ensonniances continues, cures diverses, soins multiformes, veilliers merveilleux, constans enduremens, supi^loyemens humbles, et sollicitudes incessableset non pareilles. En quoy certes? Ou en servir Dieu par louenges, par contemplations, par sacrifices et par oblations, ou en exercices corporelles et mentales, en œuvres de Dieu pour fuir huiseuse, pour fuir péchié, pour donner exemple , pour procurer proufît , pour vaincre le monde, pour réparer l'homme , pour maistrier le déable, et pour soy contenir et rendre à Dieu sa seule povre obéissant ancelle de nulle iniquité corrumpue. Et partant, si le peuple françois en cestuy estât se maintient humble

envers son roy et servile, et pour sa propre utilité et acquêt envers ce monde, il est laborieux et song'neux en tout Lien faire, encore trop plus, et plus vivement y est toute honorée d'en avoir autant de figure , et à moy il me suffit d'en avoir produit preuve si avant.

Doncques, après avoir composé ainsy ceste très-reluysant maison très-chrestienne, la maison de France, sur les trois piliers , et luy attribué le nom de seconde Marie, selon le cas entrepris, reste donc pour venir au parfait donner à entendre le surplus, est assavoir quelle chose a fait en Bethléem ceste Marie , ne quelle chose elle a produit droit-là en la vue du monde. Car icy gît, ce sembleroit , le secret du mystère présent, et en quoy les cœurs se tenront plus en suspence pour en oyr la fin, sur quoy pour assaigir, les interrogans demandent, et je responderay. Que a produit ceste Marie? Quoy? certes , un enfanchon , un petit fieuchon nouveau-né, conçu du Saint- Esprit et magnifisé en grâce. Qui est? Il est le fil de Dieu, descendu du ciel et diffus enterre pour salut du royaume. Quel nom porte? Son nom est amour, amour nouvelle, amour admirable, amour vive et salutaire , que ceste Marie a produit pour fils de grant espoir. Où l'a-elle mis? Voir en lieu humble. En quel? en une basse grebbe. Qui estelle? le giron de Joseph. Quel Joseph? Certes le duc de Bourgongne, conservateur de l'enfant, lequel, comme serviteur humble de sa dignité , l'a administrée léalment et conduite, l'a logié es entrailles de son cœur, comme de son esespeuse, et [est] venu avec elle jusqu'au lieu de sa gloire, jusqu'au lieu de son enfanter. Où? à Paris, au glorieux palais royal en apparition publique , et où devant tout le monde elle a monstre son fruit conçu, elle a produit et fait manifeste ce que grâce de Dieu mystérieu-

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sèment a engendré en elle. Certes amour, vraye amour de grant salut et effet, amour nouvellement engendrée envers un, en qui grebbe elle l'a voulu mettre : au giron humble du duc, comme en celuy en qui elle sent sceureté et. repos; et ce pour sa nature humble et vraje envers elle, dont oncques n'a esté experte, comme aujourd'huy, a esté décrété d'estre ainsy fait , par l'ordonnnace de la Trinité entière. Quelle Trinité? Certes la trinité des estats, qui tous y sont condescendus, et dont le roy, en chief et exemple de ce qui luy a plu, a esté produiseur premier, et par quoy les autres, en descendant chacun en son ordre et estât , à l'exemple de luy, sont convenus en l'engendrement , et ont loué et jugé comme chose juste, de mettre l'enfant en ceste humble grebbe, en cestuy léal et féable giron, par l'expérience qui est de ses bontés, contre ymagination toutesvoies, n'a gaires, de tout homme. Qiioniam oonnes mdentes et audientes admirati sunt. Tous en sont esmerveilliés , tous entrepris et esblouis du mystère ; mais en Bethléem , la maison de pain , la grâce de Dieu s'est apparue , et ce giron d'humilité , qui longuement a esté réprouvé et mis en destri, est maintenant exalté et accru le fils de bénédiction en son escours, et gagné l'amour et faveur de la généralité de France, ceste noble mère, avec union entière de tout le royal thrône , en quoy le veuille conserver longuement Nostre Seigneur Dieu et parmaintenir non déclinable !

Dieu qui sur les cliieux domine, Qui l'obscur monde enlumine, Qui est jour et origine D'angélique clarté fine.

Qui tout voit par simple essence, Tout crée en sa sapience,

Tout gouverne en providence,

Ce qui est, fut et commence.

Et tresperce et escrutine

Ciel, mer, terre et basse mine,

Et fait trembler la machine

Du monde par sa buisine,

Iceluy plein de clémence.

Plein d'éternel permanence,

S'il n'a point par existence.

Perceptible résidence

Avec humaine vermine,

Sy voit-il tout en racine

De sa salle cristaline,

Et a oeil qui se recline

Sur malice et sur oflfence

De chacune conscience.

Donc et comme il est juge en ce,

Sy est-il de l'innocence.

Par son équité divine,

Du cœur qui en bien chemine.

Il fiert l'orgueilleuse eschine

Et la tourne à décadence,

L'humble il sourt en précellence •.

Il luy baille préférence ;

Il préserve sa semence

De meschief et de ruine ;

Il casse, il confond, il mine

Pécheurs ; il les contermine

Et les bons duit par la crine ' ,

Comme je eusse exposé sobrement ce que avez oy, et que plein encore de la matière, je gisoye fantasiant en mon lit pour en pouvoir atteindre la fin , soudainement lors et sans ce que j'y pensasse , me vint férir en l'œil comme un ray luisant la lettre du briefvet. Donc , pour tourner l'entente envers celuy , demy constraint, y trouvay

• Et conduit les bons par les cheveux..

escript eu lettre d'or : Lapidem quem reprolaverunt œdi- Jicantes, Me fadxis est in capui aiiguli. Et alors qui tout entrepris avoie esté et en grant soin comment sainement me pourroye cheoir du premier , maintenant suscité arrière de nouvel objet, et tout fatigué du viel, me convint cheoir, volsisse ou non, en nouvelle fantasie, et retourner à labeur l'entendement vexé, à qui toutesvoies repos eust esté plus agréable. ' Mais considérant la qualité de la vision principale, et puis la substance de ceste lettre non wide de mystère, perçu bien que l'expédi-. tion d'elle estoit fondée en ardeur, et que le penser dessus et y mettre glose estoit nécessaire, et non pas tant nécessaire toutesvoies, comme utile et de fruit. Car prestement je conçus que cestui derrenier mj'^stère vouloit prendre sa dépendence de l'autre, et que pour faire une œuvre parfaite entre eux deux, se vouloit incorporer avec luy en une pièce. Sy n'osoye restiver à rencontre, et posé ores que refus s'y pouvoit entreférir par crémeur, sy estoit le sens si savoureux, que j'y captoie, que je m'y paroffris tout homme. Lors pensant et repensant cy et là, et parfondant la matière, conçus que voirment et à bon titre vouloit estre tissu ce mystère avecques l'autre, et qu'en luy avoit nature et condition, par lesquels il y devoit estre conjoint, car feroit la perfection de l'œuvre et tout le décorement de la substance, et sans qui tout ce que jà en estoit fait, n'estoit de nul prix, et par qui, quant il y seroit adjoint, tout prendroit fin et complétion glorieuse. Donc , comme au jpremier m'estoie arresté sur ce très-noble et très-chrestien royaume, et dont j'avoie ramentu les excellences et splendeurs, maintenant en ceste texture reaherse pour faire la fin, ne veul aussy widier d'iceluy, mais les mesmes personnes que j'ay

tissues en la première œuvre, veux comprendre et remettre en compte pour fondement de mon yssue.

Qui régis Israël, intende. Entendez cy, ô nobles François! François, entendez cj et vous tous qui régissez Israël ; vous qui gouvernez le tlirône de France, qui mettez main au soustènement de la monarcliie, à la chose publique, à la nécessité commune, entendez cy, donnez cy ascout. Que vous dit, pensez-vous , et que vous signifie ceste lettre : Lapidem rpiem o-eprobaver^ont?Keat-ce h vous qu'elle parle? N'est-ce à vos yeux qu'elle se présente, et qu'elle veut estre captée et entendue ? sy est voir : ce n'est à nation autre , ne région. Doncques , qui estes arraisonnés, prestez oreilles, ouvrez vos yeux et entendemens. Et si la bouclie ne vous est preste à rayson , au moins préparez vos puissances intellectives pour concevoir ce qui s'y offre. Certes, car le goust ne vous en sera aygre, ne sur, mais vous tirera l'esprit en amirationet le cœur à louenge. 0 entendez à la lettre et à ce que veut dire : Lapidem quem reprolaveruoit. Sentez-vous aucune vérité en cecy? Avez-vous vu advenir aucun cas nouvellement auquel on pouvoit approcher ceste lettre , et duquel on pouvoit dire licitement que aucuns édiffians , aucuns constructeurs et ouvriers en leur temps reboutoient une pierre, et laquelle depuis g, esté élevée , a esté reprise et remenée révéranment et mise et establie en la perfection de l'édifice? Quel? Certes^ l'édifice royal, la construction circulaire et la royale monarchie, en qui et de qui toute la gloire et splendeur, toute la dignité et précellence, toute puissance et duration de ce royaume en paix et en salut dépendent, descendent et réduisent et se rapportent à union, à intégrité et à rondesse d'une chose souveraine, et sans quelle pierre estre là assise, l'édifice , et le proposement de le

EN NOtVEAU REGNE. 21

faire, seroit vague, seroit frustre, ruineux et de nul effort , et n'y auroit attente , ne espoir de salut pour luy retraire, ne d'y prendre ombrage, ne sauveté. Ponrquoy? Certes , pour ce que l'édifice ne 'seroit ne lyé, ne cimenté, ne crochié en fer ancres pour se pouvoir entretenir, et sans ruyner confusément en péril des manans. Et pour tant, vous, les nobles François, quant je vous demande si vous vous estes perçus d'aucun cas nouvel entre vous, auquel consonne ceste lettre : Laindem quem reprohaverunt, jugez si l'interrogation se fait sans cause, et si le mystère n'y est tout tel comme j'ay dit et que la lettre de soy porte et signifie. Oy voir. Doncques, et qui avez cest entendement par vive expérience du cas, et sçavez bien et entendez, à qui. ne à quoy se peut référer ce qui est dit, comme au plus principal droit-cy et le plus apparant, souffrez avecques et me donnez grâce que je vous ouvre la conception que j'en ay, plus avant, et que je tourne ma main à l'entendement de cela, où je voy autre mystère et d'amiration plus digne. Car, jà-soit-ce que au premier entendement principal , et lequel peut estre appliqué au roy de présent , il y ait consonnance beaucoup de vérité avec la lettre du psalmiste, et que icelluy roy (que Dieu sauve!) est celluy seul et propre, qui peut faire le chef de l'anglet et porter le nom de la pierre réprouvée , comme sçavez et n'a gaires, toutes voies, pour cause que la réprobation ne pouvoit porter effet que à terme , branlant sous fortune , et que nature ne pouvoit dénier à la pierre son relèvement, voulsissent les réprouvans ou non , et aussy qu'il ne me duist , ne ne vouldroye incréper nulluy souverainement subjet ou parent de si griefve offence, comme de réprouver la pierre légitime, je me déporte d'en faire autre mention et comme non voellant mettre mon dov à

chose de tel dangier, je contourne ma plume à une pierre, laquelle je voy relevée hors de despection, non par nature, ne par aventureuse fortune , mais par accident et de la grâce de Dieu , en amiration des hommes. Et est icelle certes, sur qui je voel tistre le parfait de mon œuvre, mais non pas tant à la glorification d'icelle , comme pour donner à entendre à vous autres les jugemens de Dieu et ses équités infaillibles, à qui constamment les expète.

Or, si maintenant par me cuidier monstrer droit-cy, je m'avanchoye de produire les hautes et sérieuses sentences des docteurs sur ceste lettre, comme si par icelles volsisse descendre en mon propos, bien certes me tourneroit à folie, et comme si je vouloie offrir luminaire aux estoiles du ciel et croistre la mer par y porter eaue. Je me jugeroye de ce et dont impertinence me rendroit confusion; et par tant, remettant à vous, les nobles François, toutes gloses servantes droit-cy, et lesquelles ne me duit à vous enseigner, sinon que bouté y fusse par arrogance, tant seulement quiers à venir cheoir sur ce où j'ay fiché l'œil par approbation véritable de ma matière, avec la substance de la lettre, dont l'entendement sera allégorique. Car à prendre le sens littéral, nous n'avons pierre nulle matérielle, qui nous serve droit-cy, ne construction réale, que nous voellons eslever par artifice ; mais bien avons pierre mystique et contempnée de longtemps , et laquelle, par volonté de Dieu, depuis a esté convertie et assise en œuvre. Délaissant doncques la pierre première , dont ay parlé un peu, viens à ceste seconde qui est cause de mon anichier'. Donc et pour faire une briefve collation avec les bénignes ascoutans et que grâce me soit accordée en ce qui sera

' Ânichier, faire son nid ; s'arrêter pur une chose?

EN NOLVEAU REGNE. 25

fructueux à le bieu entendre , regardez donc , vous les nobles François, si le duc de Bourgougne nous peut servir à pierre en présent, ne s'il esticeluy, qui en temps passé ou aujourd'huy a pu estre ydoine pour servir en œuvre pour faire l'anglet de l'édifice royal, là où les divers membres, par non avoir esté jointis, se sont dessevrés souvent et démentis et ouverts. Voir il me semble que moult eust esté ydoine, longtemps ai^ à ceste construction, et que luy, matière dç graut salut, pouvoit donner un grant décorement au front de l'anglet , dont par la déboutance de luy et contempnement volontaire, la construction des édifians a porté long péril. Car, comme si pierre et cyment ne sont de mesme à la bonne œuvre , qui se bâtit , qu'il ne faille en fin que l'édifice n'y attende grief, ainsy, là où un preud'homme est débouté en l'édification de la chose publique et n'y peut avoir lieu , ne peut aussy que édifice et édifians n'y attendent dangier et menace de ruyne. Car, comme pierre matérielle peut estre fondement infaillible en royal palais, un homme aussy sur cent mille autres peut estre chief véritable de salut et de félicité ancrée. Or sont toutes claires et manifestes les réprobations de ceste pierre , pareillement les longues vielles haynes , qu'elle a souffert patiamment jeter sur luy. Est apparu aussy et par trop, comment mal voulu des édifians a esté despitement rais à un lez, sans en tenir compte, mesmes et député avec les mauvais, qui a quis tout bien. Donc de bien faire, oncques il ne put obtenir grâce; de bon vouloir oncques riens que despection, et de présenter et faire service tout humble, oncques un riens de recongnoissance. Ains pour aimer il a reçu haynes, pour honorer, contemplations desdaigneuses, et pour soy acquitter envers Dieu et l'honneur du monde, il a suscité contre luv

conspirations et envies. A esté répuis du giron de sa mère, la maison royale ; a esté contempné au lieu de sa propre production ; a esté mescongnu de ses frères et parens , et tellement que à peine ceux que nature forçoit de l'aimer, n'ont eu hardement de le nommer : par quoy tout ce que fait a en bien, a esté interprété en mal par haine, et ce dont devoit tirer gloire et grâce des bons cœurs, a esté mis en despection , par envie. Son nom ont contendu: à polluer les édifians, sa nature jugée inique et perverse, son adjonction à l'édilSce estre inutile; et ce que a à .gloire et de don de Dieu, non d'homme, ce ont mescongnu et mis en despris par malignité volontaire, comme certes les scribes et Pharisiens , Jésus-Christ. Cecy dis-je , ô nobles François, non par reproche des choses passées, ne que je les répète en courroux , mais pour, après avoir monstre les vices des hommes à l'endroit de ceste pierre , venir cheoir après plus autentiquement en l'exaltation d'icelle, par grâce, par mystère et par opération divine. Donc, comme maintenant à tous yeux sont manifestes les grâces et miséricordes de Dieu à l'endroit de ceste pierre humble, ont esté descouvertes aussy et par trop claires les despections des édifians, multiformes en son contraire , et de quoy il ne chiet ne preuve , ne réputation autre fois, d'autant que vous-mesmes les plusieurs , j'espoire , la preud'hommie en avez pu congnoistre et condoloir couvertement en vos cœurs, comme Dieu tousjours donne congnoissance au bon de son semblable , et fait traire volontiers une noble nature envers une autre vertueuse. Or sont les vieux édifians aucuns repris en leur tort : aucuns repentis de leur coulpe, et leurs despections et repreuves injustement causées ont contourné mesmes en confusion de leurs personnes. Donc et quant jà anuye

ù Dieu d'un si fait règne , il a fait survenir un nouvel temps , et dont le soleil d'un matin a enchaissié devant luy toutes ces bruines, certes, affin de donner voye et destourbance aux estoiles du ciel, pour estre vues chacune et perçues en sa qualité, laquelle plus claire, et laquelle moins , et laquelle assise en son naturel cours , et laquelle empeschée en sa sphère par puissance rétrograde. Donc et parce que divine provision a ouvré droit-cy, et que par un nouvel soleil qu'il a fait essourdre , il a fait aussy manifester un nouvel thrône, une nouvelle apparition de planettes, un temps de nouvelle influence et rendition aussy, comme veuUant remettre toute chose en son ordre, a fait maintenant apparoir une estoile obscure par samblant , laquelle réduite à son naturel siège a donné exultation aux regardaus , a esblouy les yeux des hommes, par y contendre, et a trait en amiration les courages, de la beauté de son reluire , disans en eux-mesmes : « Dont nous vient, dont nous procède ceste planette, « qui tant se monstre resplendissant , tant claire et tant « glorieuse en son siège , et qui oncques encore ne s'est « apparue à nos yeux de nostre eage ? 0 ! et comme est « belle par moult ! Comme est riclie et de magnifique « apparence ! Certes bien est fertile la saison qui l'a pro- « duite. Bien heureux le climat sur qui elle prend cours, « et benoite et pleine de félicité la terre où elle assiet « sa durée ! 0 ! et que n'est nostre heur tel que d'avoir «. souvent sa Visitation, et que n'est d'esclaircir nos « yeux en ses vertus , et que tous affectés en son ymage « puissions traire et paratteindre au fruit de son in- « fluence! Soit Dieu benoit qui l'a si faite créée! Soit « glorifié hautement, qui en a fait l'ostention, et soit la a régnation d'elle permanable à l'utilité et salut du

« monde ! » Cecy, ô messeigneurs, combien que mis l'ay et couché en parabole, est toutesvoies vray cas advenu en ce nouveau temps, lorsque le nouvel roy entrant en commencement de règ-ne a esté cause de la manifestation de ceste estoile long-temps rétrograde, dont cemesme que j'appelle estoille apparue après long reboutement, ce mesme j'appelle la pierre réprouvée des édifieurs, mais exaltée maintenant en gloire extrême. Quelle gloire? Gloire certes d'exaltation venue de Dieu, gloire de divine équité, gloire de mérite et de vertueux œuvre , gloire de beauté, gloire de preud'hommie, gloire de vérité et de constance, gloire de puissance et de richesse, et gloire de bonne volonté, dont nulle meilleur , nulle plus grant, ne plus ferme, ne nulle plus saine, ne plus ardant en toute la terre, ne qui y mette approche.

Du temps, vous sçavez , du roy deffunt, ne s'apparissoit à nuUuy ceste estoile. Pourquoy? Certes pour les bruines, qui s'entreposoient alors entre ce thrône et les hommes. Ne cheminoit en son exultation et naturel cours. Pourquoy? Pour ce que maugré luy et à force onleconstraignoit d'aller rétrograde. Et ne s'y sont oncques délités les yeux des François comme ores. Pourquoy? Pour ce qu'oncques on ne luy a souffert grâce, ne occasion de se faire conguoistre. La malvaisté de Saturne luy a donné répuise du thrône par hayne. La perversité de Mars luy a préparé empeschement par envie et la poignante queue du Dragon, pleine de venin, luy a rompu sa manifestation fructueuse, par iniquité volontaire ; et par ainsy elle s'est tenue muchée longuement comme mise en décours, elle s'est tenue humble en sa sphère , en attente du retour à ordre ; et congnoissant ce qu'elle estoit en nature et en fons , s'est attendue patiemment à la volonté de provision divine. Donc et afin

que mieux soit entendu mon parler, François en ce tempslà n'ont oucques vu ceste planette exultant, par quoy ont eu moins cause aussy d'y avoir faveur, n'ont oncques congnu vivement au^'Siy la bonté de ceste pierre, par quoy ils ont eu moins cause aussy d'en faire estime, ne réputation. Toutesvoies et congnue d'aucuns d'eux quelle est et fut, a esté volontairement avieutie et mise à despris Et en lieu de bien faire et de bien dire, a esté rémunérée d'indignations et menaces toutes obliques et parverses , dont la divine équité après s'est apparue et a fait essourdre ceste pierre luisant, et qui avoit esté odieuse et contre cœur aux édifians aveugles ; l'a fait mettre au front de l'anglet par repreuve de leur parvers vouloir , non toutesvoies en front, ne en chief comme le roy, car ne duist, mais en front de l'intégrité de France de la très-glorieuse royale maison unie en ses membres. Elle a esté mise comme spectacle, comme miroir de délit et soûlas, et comme patron et ymage de l'honneur du monde, de puissance, de stableté et de preud'hommie , et envers qui tous cœurs, tous yeux, tous pensemens et affaires, se tirent , contournent et refuient , et se revolvent et reclinent , non par mérite tant seulement de ses vertus , ne par les biens de nature, qui en luy peuvent estre tels, ne quels, mais souverainement par la grâce, par la miséricorde et par la providence de Dieu infaillible, qui a voulu glorifier son servant, en ce qu'il voit en luy et sent juste et méritoire et de laudation digne, l'a relievé de lieu humble à roj^al parement, l'a rappelé de répulse à siège du plus haut thrône et ramené d'exil ancien au giron de sa mère en exultation non oncques pareille où à Reims en glorieux appareil, premier des pairs, à Paris après au thrône royal, là 011 par soy monstrer si humble envers la royale excel-

lence , a gagné mesmes et attrait devers luy les royaux subjets et la royale progénie , comme non mon escripre est preuve du cas, mais le cas mesme vu et congnu de vous autres est preuve de mon escripre. Qu'en diray-je suffisamment, et après avoir tant ramentu de diverses choses, dont oreilles peut-estre prendront fatigue et cœurs non plaisir? N'a mesmes le roy exalté ceste pierre de refus et [ne l'a] assise au front de sa majesté? N'a-il décoré son dongeon de sa vertu congnue? N'a-il lyé les parois de son palais de son redoutable pouvoir, et ancré de sa léauté et preud'hommie , fondement et voussure de son régner, comme en qui tout se peut raffermer et durer estable l'édifice? Oy voir. N'a-il fait comme un autre Assuerus? N'a-il fait comme à un nouvel Mardocheus en Babilonne, en sa souveraine cité, Paris, làoii de grâce, non de devoir, luy a fait exhiber les royaux honneurs, les réceptions presque égales aux siennes? Et là où son nom avoit esté mis publiquement en destry, a fait esbruire sa famé et son nom par exaltation, non oncques oye. Ne l'ont conjouy les princes du sang en ceste obtenue gloire? N'ont-ils prisié son eslèvement salutaire et juste? N'ont-ils congnu maintenant le meschief de sa si longuere boutance? Oy voir; et mesmes les puissans barons nagaires tous frois envers luy présentement ruent mains à la pierre pour l'extoller, pour le révérender et essourdre, et non tant seulement en espoir de édifier , mais en vergongne de leur si longue ignorance et mauvais abus , dont vaincus maintenant et humiliés se viennent rendre à luy et expostuler grâce.

Et imde Jioc nisi a Domino factuml Dont peut-estre cecy venu, sinon de Dieu, du roy souverain, éternel dispositeur des choses humaines , et du roy temporel après , instrument insécuteur des divines infusions, lesquelles il

a mises en œuvre en preuve de mon propos? Laindem quem o'eprohavevunt, etc. Et en ensieuvant aucuns autres mots du psalmiste disant : Hune Immiliat et Imnc exaltât. Cestuy, Dieu le humilie pour son orgueil, et l'autre il exalte pour son humilité selon l'advis inrépréhensible de son plaisir, en quel et pour nostre félicité humaine soit guidé sans de luy s'estordre et maintenir ce royaume en estât et en salut pardurable! Combien que jeté ay mon loire maintenant en haut vol et que peu il me duit de convoitier proye de haut élément, par ce que mes ailes mesmes sont de petit escueil, et le gros corps charnu tout inhabile pour se sourdre , toutesvoies soubs la bonté divine à qui je rends grâces, ay attaint tellement quellement la matière , à laquelle j'avoye l'œil , et des ongles telles , que nature me baille, je l'ay saysie pour moy entour esbattre.

Donc , posé que à nul autre , et comme je doubte , ne pourray tourner à délectation, au moins en aura^^-je pris moi-mesme ma pasture et assouvy non convoit. L'oyseau qui vole en sa liberté naturelle, celuy vole sa proye par propre réfection ; mais celuy qui vole en l'art des hommes et en leur industrie, iceluy labeure ou en délectation d'autruy ou en son profit. Or, ne suy-je, hélas! l'oiseau loire', ne réclamé par art, ne à ce nourry pour visiter les hauts aers en utilité d'autruy; mais instigué de nature, de ce qui m'est séant, je suy le povre oyselet ratier, dont la proye saysye n'est de convoit à nulluy. Telle toutesvoies que je l'ay pu en ongles, et si autre y peut prendre appétit, je la luy paroffre.

Or vous, très-nobles François, pour ce que vous estes ceux, sur tous autres, à qui nature me trait par désir, et fait

« Oiseau loire, leurre, faux oiseau qui sert à rappeler lo faucon.

voler fréquentement en vostre ciel là où je ne puis riens prendre sinon les basses et petites clioses terreuses, pour ceste cause par devers vous tant seulement je me récline, et ce très-petit et povre gibier , que j'ay quis par propre faim, je le vous annonce burablement et envoyé. En vostre très-haute et glorieuse région , bien sçay qu'il y a des natures et des clioses exçelses, et lesquelles ne me sont capables par nul sens. Sy me duit tant moins d'en encbercbier les voyes pour y atteindre ; mais en ce qui est gros et matériel et concerne la povreté de la terre et des hommes, et en laquelle je me repais et nourris : c'est félicité humaine, amour et concorde entre ceux d'un sang, justice à tous lez entretenue, vertu congnue et bonne œuvre , paix entre les chrestiens, division fuye et remédiée en temps , et finablement dévotion et bons exemples en l'Église de Dieu. C'est icy la proye que je vole et que je quiers de tout temps. C'est icy la pasture que je convoite, et laquelle par le goust que nature m'y donne, je désire que tout chacun l'assavoure. Donc et par ce que je regarde que ceste chose basse , et qui est de humaine nécessité , propriétairement dépend et doit prendre sa résultation de vous ou causer le contraire par désordre et desrèglement en vous-mesmes comme chief, pour ce est-il que à vous comme chief du monde, j'adresse mes escrits, affin qu'en la félicité que je convoite ardammeut avec amour et union en vostre excellent thrône, soit tellement pourvu que par oubli et non challoir la faute de vous autres ne puisse tourner à ruine aux povres humbles petites créatures, le peuple de Dieu. Le pôle tient en sceureté estable le firmament, lequel, s'il défailloit en son règle, tout cherroit confus. Le chief aussy du firmameqt chrestien, c'est le royal thrône frauçois, et dont le roy qui est le pôle

immobile et celuy eu qui tout tourne, et de qui tout dépend et meut ce qui est de bien, d'estable et de salut, et sa région, et en qui aussy, comme en la tresmontaine ', les yeux des régions disperses se rasseurent et confient. Par quoy au contraire, si la faute y eschiet et desrèglement, et que ce qui est l'espoir des hommes, donne mesme abus, certes alors et le thrône et ce qui est dedens, pôle et estoiles, tout cliiet et tombe, et fait rompre et cheoir à l'envers toute la machine chrestienne , comme par faute primitive de celuy dont elle meut. Et jà-soit-ce que la régnation temporelle, que tinrent jadis et primitivement les Assiriens, les Médiens depuis et les Persans et derrenièrement les Bomains , ne soit celle de qui proprement je voudroye conforter mon présent escrire, toutesvoies pour ce qu'il y a eu monarchie entre eux et une réduction à ordre, tel fois estoit l'un meilleur que l'autre selon les divers temps et personnes, pour ce aussy peuvent-ils estre allégués droitcy licitement, pour remonstrer que, comme maintenant félicité humaine se parmaintient forte au décheoir par un chief souverain, qui est la très-chrestienne région de France, en ce temps d'alors aussy le peuple, ce qu'il attendoit ou pouvoit avoir de félicité et de repos, ce il le prenoit et attendoit en la vertu des régnans, [qui] par plus et par moins avoient l'œil à salut commune : lesquels toutesvoies parce qu'en orgueil souvent s'eslevoient contre le ciel, et que ignorans leur propre mortelle condition se présiimoient en leurs propres vertus et force, en grande et diverse perplexité des hommes et en dure effusion de sang. Dieu , pour leurs péchiés, en transféra leurs sceptres de main à autre, et de eux qui mis s'estoient et eslevés,

» La tresmontaine, la boussole.

comme chiefs , auquel tout vouloient réduire et faire respondre, il en fit pièces mesmes rompues et confuses, et les torcliepieds des autres, tirans après eux. Luj aussy par importance après de son peuple d'Israël, et par son ingratitude après tant de hauts signes et prodiges, s'assenti d'estaljlir roy sur iceluy et de mettre soubs verge de fer et à sa requeste ce qu'il avoit conservé longuement et conduit soubs joug mol. Il luy donna roy robuste pour deffendre en péril, luy envoya onction par mystère d'en coufermer la régnation sempiterne; l'assit en terre par promission voluntueuse et en appliqua à luy la promesse, la garde et gouvernance ; mais prestement le peuple et le roy, tout se desvoya. Le peuple cliey en la vieille condition de ses pères ; le roy, en trespas du commandement de Dieu et de son ordonnance, dont oncques depuis jusques à bien quarante générations après, ne fut que ceste maison régale mesme et le peuple qui en dépendoit, ne reçussent des escandres , des impropères et des plaies misérables et dures , et que tant seulement ce qu'il y a eu de grâce, de miséricorde et de félicité entre eux, il ne soit venu des mérites des preud'hommes et léauté de David à qui Dieu promit la bénédiction, et en qui vertu seule et léauté envers Dieu , ceste maison régale de Juifs a eu sa durée, là où entre tant de rois et si longuement régnans, il en y a eu peu toutesvoiesqui allassent lavoye de David, leur père; mais eslongiés de Dieu pour la pluspart et presque tous cbeurent en tribulations diverses , en calamités et obprobres à tous lez , et provbquans la divine équité contre eux , parvinrent finablement à termination de règne, dont le sceptre ravy de leurs mains et la sainte onction semblent estre transférés en vous et que vous ■doyez estre le peuple de Dieu d'aujourd'huy, et vostre

EN NOUVEiVU REGNE. 33

roy l'enoint et le souverain christ en terre , à qui tout le peuple clirestien doit avoir attente et regart. Donc , par les fautes et vices qui s'y sont entreferrés souvent, en mil ans y a que vous régnez, Dieu y a envoyé par diverses fois maintes verges et maintes diverses calamités austères. Et par les vertus aussy et hauts glorieux faits de plusieurs de vos roy s, ensemble et des bonnes mœurs et beaux exemples des suppos de jadis, le ciel mainteffois s'est ouvert en devers vous, et vous prestant faveur et bénédiction souhaidiée, vous a prestée aussy la gloire et la grâce du monde , en quelle encore vous aujourd'huy, comme soubs la clarté de vos pères, vous vivez et régnez ; et ce que avez de ' clair et de resplendissant sur autres nations chrestiennes , ce obtenez-vous et possessez encore en présent pour la greigneur part de leurs mérite?. Dieu anciennement vous a donné des grâces non pareilles ailleurs; il a continué sa miséricorde en vous, sans enlever sa main; il vous a donné terre de promission et de volupté, dont si mésus vous sont pris, sy ne vous en a-il battus pour exterminer , mais pour corrigier l'arbre. Il vous a donné le trésor de la terre entre mains pour vostre réfection, la fontaine de science, le repostement de la foy, le ruisseau de justice et l'escarboucle de l'honneur, delà gloire et de la puissance du monde, qui vous resplend au front. Il vous a donné corps et qualités à l'advenant du climat, et mesmes à l'advenant des g*râces et trésors dont il vous a doués. Il vous a créés entendibles, raisonnables, prudens et discrets. Il vous a donné le goust des vertus cardinales et le pouvoir de les adapter à vous par opération. Il vous a envoyé au saing les histoires de l'univers siècle pour vous y mirer. Il vous a donné advertence de propre déclin par autruy mésavanchier. Il vous a fait Toa. vu. 5

capables de tout par nature ; par lecture il vous a fait sages etprovidens; et par attouchemens de main mise, et encores nagaires, il vous a fait experts et sentans de toutes povretés, misères, opprobres et calamités humaines, dont vices, voluptés, yvresses de biens, séditions, envies, divisions et murmures par orgueil et parvers vouloir, ont esté mères nourrices et produiseresses en grief et mortel plaie, non tant seulement de vous, mais de la chrestienté entière qui est démolie, et les ennemis de Dieu enfiéris et accrus. Doncques, vous qui tant avez de grâces et de dons de Dieu, et tant estes sages et providens en autruy fait, et sentez et percevez en vous-mesmes que les vices et envies de ce royaume, les discors et divisions entre vous, elj voj^ant vos jenx, vous ont mis en perplexité extrême , en péril et en désolation comme délenquis de Dieu, et de quoy Dieu arrière vous a relevés , donnez doncques lieu maintenant à vertu et à noble œuvre. Donnez voye ouverte à vos baux entendemens. Eompez les insurrections de mauvaises pensées. Fuyez les vices damnables et les envies, les divisions, les murmures et rumeurs, etadbérans à tout noble et bon propos , recongnoissez et captez , aimez et honorez ce qui est noble, ce qui est vertueux et léal, ce qui est entier et sans fronge', et ce que Dieu mesme ayme, honore et glorifie , et duquel , quant vous luy voudrez adhérer par faveur, et comme raison vous enhorte, vous vous renforcerez et redoublerez de gloire, et en sera Dieu mesme vostre magnifîeur de plus grand salut. Vous avez des causes beaucoup , qui vous y semoncent ; vous avez des occasions urgentes, qui expètent conseil, et des matières, qui se ruent en vos yeux, pleines de clameur.

• Frange, ride.

Obviez doncques au péril. Prévenez à heure. Remédiez eu nécessité; et en délaissant vieu ploy dampnaljle et plein do reproche, aherdez la voye et l'entrée de l'honneur de Dieu, et acquérez la grâce, la bénédiction et l'assistence des anges et des hommes. Ce tant seulement vous fera vivre et régner; ce vous fera florir et durer estables, et proufitant à vous-mesmes par propre vertu, au surplus des chrestiens vous donrez félicité et béatitude, laquelle à nous et à vous tous, Dieu voelle ottroyer et prester en miséricorde ! Amen.

Salut, vertu, duration prospère , Vie honnorable et que Dieu considère, Soit h tous ceux, qui au bien veullent tendre, Et qui l'escandre et humain vitupèrs Mettront en ces , tant que paix s'y espère ; Car ils feront un hautain ministère, Dont Dieu après ne fauldra de le rendre. Ranceurs, rumeurs, sont choses misérables ; Concorde, amour sont à Dieu agréables, De fruit au monde et au ciel délitables. Sy fait grant mal, qui union diffère.

Donc, et qui tend à hauts jours permanables , A gloire en terre, à honneurs véritables, Veille et entende à bienfaits charitables : Car celuy seul , Dieu l'aime et le préfère.

DEPREGATION

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