CHAPITRE XVI
Comment le duc flst publier une bulle d'excommunication contre les adbérens de Teslu d'Utrecht.
Or doncques, quant le nombre des chevaliers estoit rempli par les nouveaux eslus, restoit à faire le plus fort, c'estoit de contenter ces deux frères, qui pourroit par voie amiable en eux déportant de la croche, ou par force et en exécutant la volenté de nostre Saint-Père, y bouter David de Bourgongne, évesque de Téroenne, car ainsi l'avoit empris le duc et ainsi le désiroit mettre à effet ou mourir en la peine, non pas tant pour la promotion de son fils bastard, comme pour le bien de la chose publique de son pays qui tout y pendoit. Et autant aussi que c'estoit le bien de sa seigneurie que David fust paisible évesque d'Utrecht, d'autant estoit-ce playe à l'autre lez et grief à sa hauteur quant l'eslu en eust emporté la victoire, car les conséquences en estoient périlleuses et les pointes de leurs
coi-nes, à cremir, et parlant le duc avec son conseil, regardant cecy, jugea bien estre nécessité aussi d'y mettre vertu et roideur à l'encontre pour rompre leur orgueil, car infailliblement s'ils y fussent parvenus , ce eust esté à son grief et à son rebout. Or estoit venu et arrivé devers luy le prieur des cliartreuxde Dijon, lequel il avoit envoie à Rome vers nostre Saint-Père pour ceste cause. Sy apporta les bulles et les sentences d'excommunication sur tous ceux qui seroient opposans et contredisans à David de Bourgongne et les mist nostre Saint-Père en ban perpétuel [aveuques] tous ceux qui ne l'assisteroient. Le duc les fîst publier par tous les pays environs par Frise, par tout le pays d'Utrecbt, Hollande et Zélande, et en fist mettre les copies autentiques aux portes de toutes les églises qui toutes prestement obéirent à David, accomplirent le vouloir de nostre Saint-Père le pape, reçurent David pour leur évesque, renoncèrent à l'autre et lui jurèrent et promirent par toutes les bonnes villes service et assistence, réservé seulement en Utreclit là où résidoit le parti contraire et en les trois hautes villes devers Frise. Là n'accoutoient-ils riens à cestes bulles , mais les contredisoient, et, par contraire, disoient (et vray estoit) qu'ils avoient homme vers nostre Saint-Père aussi, de qui ils attendoient unes bulles toutes autres et frustratives de cestes, lesquelles ils disoient subreptices et obtenues par donner faux à entendre , mais ils avoient bel dire et bel donner à entendre au peuple ce qu'ils vouloient, mais jamais n'eussent fine' vers nostre Saint-Père ce que quéroient, car le duc leur estoit trop fort et trop favorisé en court de Rome, et avoit esté informé parfondément de la matière nostre Saint-Père
» Fine, obtenu.
Calixte trop au vif, Toutevoies cestes gens-cy, pour tenir le peuple tousjours en amour envers eux et en leur querelle, tousjours lui donnoient espoir et promesse de cestes bulles avenir, dont par leurs vaines paroles ils tinrent le peuple en erreur et en grant grief de leurs âmes , sans venir toutevoies à leur intention.