‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de LettenhoveChapitre 20 sur 89 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Comment le Saint-Père envoia au duc de Bourgongne la bannière de la croisade.

A vous autres qui avez vive mémoire, il vous peiit bien souvenir comment nostre Saint-Père le pape Calixte en la première année de son siège fit son vœu solempnel d'aile i- à rencontre du Turc et de là respandre son sang, si besoin estoit, comme viellart il fust, avecques conditions bonnes et honnestes par lesquelles on ne le pouvoit reprendre

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de faute, si autrement advenoit. Comme eu un cliajoitre à part luy ', le vœu a esté mis et déclaré icy dessus tout au long, aussi vous peut et doit bien souvenir comment par plusieurs et long-ues années continuement le duc présent de qui nous parlons, entre les autres princes de la cristienté estoit celuy qui seul et le plus s'estoit offert au service de Dieu et qui pour résister à l'ennemi de la foy, le cruel Turc, si secours eust trouvé es autres princes , avoit voulu mettre son corps, sa chevance et sa chevalerie en cest emploi, et à ceste cause avoit fait les solempnels vœux du Faisan, soy-mesme transporté jusqu'à Rainse- Lourg et incessamment envoie et sollicité depuis vers les princes de l'empire et d'autres régions pour venir à ceste sainte conclusion, et comme de tous les princes vivans lors mesmes et de tous les papes séans à Rome de son eage a esté sçu et cognu et divulgué par l'universe terre. Maintenant donques, après que ce bon Saint-Père mu de dévotion avoit fait son vœu à l'insécution du duc de Bourgongne, dont il désiroit voir sortir l'effet, pensant encore l'enflamber plus ardamment en son noble pourpos et plus le faire cbaudier et haster, délibéra de lui envoler le signacle de la croix, par lequel, quant le verroit, si onques avoit eu faim à la deffension de la foy, maintenant encore elle lui croistroit au double et y rendroit plus peine. Et de fait pour le seul prince de la terre pour ce temps d'alors, en qui l'église de Dieu avoit plus d'espoir et d'attente et de seul repos, lui envoia une bannière atout une croix rouge toute sanglantée par mémoire de la passion du Sauveur du monde qui en ycelle mourut, et ycelle commise es mains de notables ambassadeurs, fut portée à

' Ce chapitre appartient à une partie de la chronique, qui n'a pas été retrouvée.

La Haye, en Hollande, là où lesdits aubassaeurs arrivèrent, et en firent la présentation au duc, qui moult la reçut révéramment et en grande humilité, soy réputant tout indigne de l'honneur et celuy de la terre moins propre pour en avoir la gloire. Rendant toute voies grâces au Saint-Père, pasteur, promist de soy y acquiter bien et d'en faire son léal possible, qui povre estoit, ce disoit, et de petit effet, mais de ce qu'il y pouvoit et avoit pu, il n'avoit point tenu à luy que le volage n'estoit autrement avancié, jà-soit-ce que c'estoit l'un des princes de la terre, ce disoit, qui plus en estoit loings et plus circuy de difficultés pour y mener armée, non pas que par ce il se voulsist excuser, ne parer, mais pour donner entendre la nature de la chose quelle elle estoit et de quelle considération digne. Toutevoies disoit bien que tous autres affaires du monde mis darrière, si la possibilité s'y trouvoit et la disposition bonne, il y exposeroit son âme et son corps et tout ce que tenoit de Dieu, gens et chevance, comme en tous ses faires et dires, ailleurs et par diverses fois, avoit monstre et donné preuve de son bon vouloir. Sy est vray que le duc, par révérence de l'enseigne envolée ainsi du Saint-Père, fist faire une grant et solempnelle congrégation des églises et monastères là entour, et par un dimence quatrième jour de juillet, fit faire procession générale là où luy-mesme accompagnié de toute la haute baronnie de son liostel et du pays, alla avecques, tout à pié, et y fut porté le comphanon de nostre Saint-Père tout desploié. Fut faite aussi une messe très-dévote, et puis le sermon et la déclaration de ladite croix ainsi envolée, et la cause pour quoy, en quoy toutes créatures, hommes et femmes, s'attendrirent merveilleusement, et n'y eussent pour celle heure riens plaint, ne corps, ne chevance; car le peuple de sa nature en

celiiy pays y est tendre et charitable et de bonne léale foy envers Dieu.

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