CHAPITRE LIX
Comment le roy accorda sa fille au roi de Hongrie.
Ke demora guères après que nouvelles vinrent à court des parties d'Allemagne qu'en Hongrie avoit eu treize hommes qui avoient conspiré en la mort de leur roy qui estoit jeusne encore à marier, et entre ces treize y avoit trois évesques qui s'y estoient assentis, mais comme Dieu ne le voulut mie perdre encore pour celle heure d'alors, jà-soit-ce que non longuement depuis il vesqui, l'un des conspirateurs, homme séculier, abhominant l'horreur du
' Le dauphin passa plusieurs semaines à Bruges ; il cherchait à s'y faire aimer des habitants et étudiait avec soin leurs mœurs et leurs institutions, les ressources de leur commerce et les richesses de leur ville. Un jour, étant monté dans un petit batelet près de Bruges, il tomba à l'eau et faillit se noyer; un autre jour, il profita d'une partie de chasse pour aller visiter le port de l'Écluse, encore si florissant alors, que parfois l'on y voyait aborder dans une seule journée cent cinquante navires.
cas, s'en vint au roy, et lui dist la trayson et comment luimesme devoit estre l'un des exécuteurs. Sy lui en requist miséricorde, laquelle le roy lui octroia par condition qu'il nommeroit les personnes. Sy les nomma et évesques et tout. Donc ledit roy, après avoir fait coupper les testes à neuf des séculiers, les évesques tint en prison et envoya vers nostre Saint-Père Calixte pour savoir comment il en devroit ouvrer à l'exigent du cas, duquel envoy ne m'est apparu depuis comment nostre Saint-Père en ordonna, ne comment ledit roy aussi en besongna, ou par mort ou par condempnation à chartre perpétuelle.
Pendant toutevoies que ceste mauvaise trayson se mist sus au pays de Hongrie, le roy des Hongres, nommé Lancelot, qui, passé a plusieurs ans, avoit quis l'alliance aveuc le roy des Francs, en ce mesme temps-cy avoit son ambassade devers ledit roy des Francs à Saint-Priest emprès Lyons sur le Ronne, à laquelle, après longue et meure délibération eue dessus, le roy accorda ladite alliance par mariage de sa fille dame Magdaleine de France que ledit roy des Hongres devroit avoir à femme et l'envoier querre, quant il voudroit, de quoy les ambassadeurs hongrois firent grant joye et se tinrent à moult bonorés en leur ambassade et d'avoir bien besongné, car leur sambloit bien que leur querelle alors devoit estre beaucoup avantagée à l'encontre du duc de Bourgongne, lequel longuement avoit détenu par puissance au dit roy hongrois la ducié de Lucembourg. Sy leur estoit espoir maintenant de la pouvoir recouvrer par le moien de ce mariage, car autrement n'y veoit tour. Ce mariage droit-cy fut accordé grandement au préjudice du duc de Bourgongne et tout de gré et volentiers pour cause que l'héritier de France s'estoit allé rendre à luy et que de là on [ne] le pouvoit retraire par nulle
voye, par quoy le roy des Francs pensa que c'estoit un personnage fait entre eux deux et lequel il imputa au dit de Bourgongne en fiction et malice. Et par ainsi, comme il veoit que ledit de Bourgongne lui bailla ceste matière de desplaisir, pensa de lui en bailler une autre, et de fait lui bailla ceste-icy de laquelle grans contes se feront et grandes rumeurs et murmures viendront et disposemens à mescliief. En quoy Dieu toutevoies mist ces et remède contre les proposemens des hommes et plus tost que nul entendement se pust comprendre, comme se dira en la déduction de la matière qui est dangereuse et pleine de neux '. Toutevoies, par vertu de ce mariage, le roy de voit enprendre la querelle du roy Lancelot pour le pays de Lucembourg, et de fait, comme il le promist, s'en mist en devoir aussi depuis, bien rigoreusement et par voye estrange, et dont la manière du faire donna cognoissance experte que liayne y avoit plus lieu que titre honneste. A peu d'esploit et à povre gré donques les ambassadeurs du duc de Bourgongne prirent congé du roy et firent leur retour à Bruges là où ils trouvèrent leur maislre. Et là venus, lui firent recort de ce que trouvé avoient, qui estoit povre chose et de petit espoir, car le roy commençoit à mettre des souppeçons sur le duc son beau-frère en ceste matière, et lui sambloit que le retour de son fils devers luy ne tenoit qu'à luy, et que pour tant les belles paroles et grandes excusations dont il faisoit user à ses ambassadeurs, n'estoient fors que couvertures et fictions sans effet pour donner abus. Et à ceste cause, comme avez oy, pour commencement de contrevenge , il avoit donné ascout au mariage du roy Lancelot et y avoit mis son accort.
• Cf. Jean Chartier, éd. de M. Valletde Yiriville, III, p. 74.