CHAPITRE LXXXIII
Comment le duc envoya ses députés à Montargis, et comment il eut certains secrets entendements avec les A'nglois.
Sur ce pendant, Toison-d'Or retourna de devers le roy et rapporta ce qui est dit devant, que le roy se tenoit à content que le duc y envoiast son ambassade, et pour tant le duc délibérant sur celle, y envoia messire Jehan de Croy et messire Simon de Lalaing, deux bons chevaliers qui jà souvent y avoient esté et y estoient. bien connus, ensemble avecques eux maistre Jehan L'Orfèvre, président de Lucembourg et Toyson-d'Or , et pleins d'instructions et de grans avisemens sur diverses matères comme à une telle convention appartenoit, et que le lit de justice se devoit mettre sus comme on disoit, partirent, moult hautement accompagnés de nobles hommes, de la ville de Brusselles, et continuans leurs journées allèrent tout droit à Paris là où depuis séjournèrent, que droit-là, que à Melun, par l'espasce bien de deux mois entiers que tondis la journée se prolongeoit de terme en terme à leur très-grant annuy et desplaisir, et ne sebougeoit le roy des Monstis emprès Tours, sans faire samblant de la journée, ne de leur ambassade, non plus que s'onques n'en eust esté mention faite, et sambloit à aucuns que le roy variast encore en tenir la convention ou non, et du lieu et du jour, comme si riens ne lui en fust.
Or sur ce mesme temps estoient allés à Calais le conte d'Estampes, l'évesque de Toul, le mareschal de Bourgongne, tenir un parlement avecques les Angles, le conte de Varvyc et aucuns autres, pour la rénovation des trêves
entre le roy angles et le duc, avecques aucuns autres secrets entendemens qu'ils avoient ensemble sur autres grandes matères particulières, dont il peut estre que hautes merveilleuses fins sont vuidées depuis , comme cy-après appe?ra, et pour tant le roy sachant ceste convention estre à Calais , dont la peur lui gisoit en cœur et ne savoit quel chose on y brassoit, différoit de sa journée tenir le plus longuement que pouvoit, et de fait pour en apprendre aucunes certainetés envoia gens par mer et par terre eu Flandre et en Angleterre, mesmes les uns publiquement, les autres en habit dissimulé, pour en faire enqueste, dont un roy d'armes nommé Normandie en estoit un et fut trouvé iceluy comme espie entour de Bourbourg et de Gravelingne ' , repairant droit-là en guise de marchant sans amaP et sans nom, tout au long du temps que le conte d'Estampes et les autres se tenoient audit Calais. Sy fut cognu en fin et décelé, et fut visitée sa boiste, là où on trouva diverses lettres dedens, non bien saines pour lui, et examiné du conte d'Estampes et des autres, et trouvé plein de malice et de cas répugnans à l'office d'armes, fut envoie prisonnier au chasteau de Lille, là oii détenu fut par aucun temps et depuis laissé aller pour tel qu'il estoit. Et pour tant, comme dit est, que le roy avoit peur de cestui parlement tenu à Calais et qu'encore iceluy ' se tenoit de la partie du duc d'York, qui plus se déclinoit vers Bourgongne que vers France et tenoit la bende contraire de la royne , pour ceste cause différoit le roy sa convention, avecques une autre cause aussy qui y estoit, c'estoit que le dauphin et le duc de Bourgongne
' Gravelines.
* Je ne comprends pas ce mot.
^ Le comte de Warwick ?
n'estoient de riens trouvés coupables avecques le duc d'Alençon, comme on cuidoit au jour de l'adjournement, qui estoit la matère principale sur quoy on vouloit mettre sus le lit de justice, et par ainsi demorèrent ces dits seigneurs h Paris abandonnés et faisant bonne chière coustrainte, et ne savoient sur quelle attente.