CHAPITRE VIII
Influence démocratique.
L'industrie et le commerce , étant le principe de la propriété mobilière et de la force du peuple, l'influence démocratique a dii se faire sentir dans les diftérens états plus ou moins hâtivement, et avec plus ou moins de force , suivant que leur situation géographique et quelques autres causes moins puissantes les ont appelés plus tôt ou plus lard à la culture des arts et de la navigation.
L'Italie était située sur la mer du monde la plus navigable, elle avait été le siège de l'empire, el la civilisation, les arts et la richesse, qui y avaient été portés au plus haut degré, devaient y avoir laissé quelques traces ; placée près de l'empire d'Orient, où s'étaient réfugiés les restes de 1 industrie humaine , tout ce qui se passait en Occident devait nécessairement s'y arrêter ; enfin, au milieu de la barbarie généiale, il avait subsisté quelques relations de commerce entre l'Orient et rOccident, et l'Italie en était le centre el l'entrepôt naturel : elle a donc été de toutes les régions de l'Europe la plus progressive.
Lisez son histoire , et vous verrez dans ses institutions politiques tous les effets qu'a dû produire l'état de sa civilisation.
Le l'égime féodal n y a jamais eu une grande force , et n"a fait , pour ainsi dire , qu'y passer ; le sacerdoce qui , à raison de la proximité du saint-siége , devait y exercer un grand empire d'opinion, y a moins envahi de propriétés et de pouvoir, que dans aucune autre partie de l'Europe ; parmi ses nombreux prélats , le seul évêque de Rome est devenu prince temporel ; la liberté, l'intluence et la puissance des villes, y a existé plus tôt , avec plus d'étendue que dans aucmie autre région. Toute l'Europe était encore asservie lorsque T Italie comptait déjà plusieurs
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républiques démocratiques , entièrement indépendantes , et dont quelques-unes se placèrent bientôt au nombre des états les plus puissans.
Après le commerce de l'Orient et de l'Occident, dont l'Italie était lentrepôt , le plus naturel , le plus important était l'échange des productions du Nord et de celles du Midi; 1 Italie, où était l'entrepôt de l'Orient et toutes les manufactures subsistantes, était le point du Sud où ce commerce devait aboutir, mais il dut s'en établir un dans le Nord , et de là , l'existence des villes anséaliques leur commerce , leur richesse et leur liberté !
Elles connurent le commerce , l'industrie et les arts , au milieu des siècles de l'ignorance et de la barl)arie , et par une suite de ce principe , elles connurent la liberté.
La prospérité des villes anséatiques , et de plus le voisinage de l'Angleterre , riche en productions qu'elle ne savait pas encore manufacturer , favorisaient les villes des Pays-Bas : aussi furent-elles, après celles que j'ai citées, les premières où l'industrie et les richesses s'accumulèrent et où l'esl)rit de liberté et les efforts de la démociatie se tirent sentir. Une partie de ce pays s'affranchit et a fondé la répul>lique la plus puissante de l'Europe.
La partie des Pays-Bas , qui est restée sous le pouvoir des rois, de la noljlesse et du clergé, est
parla profondeur des terres el par leur fertilité, un pays plus territorial, que commerçant; il a contre lui d'être de toutes les régions de l'Europe, la plus accessible à l'invasion des armées ; enfin , loin que son histoire contredise le principe général que j'ai énoncé, c'est en proportion de ce que le commerce et les arts y ont diminué, que la démocratie y a perdu ses forces, et on a pu observer dans les derniers temps , que la province maritime où sont ces villes anciennement si florissantes, est celle où les principes démocratiques ont eu le plus d'accès, et les provinces intérieures, cellesoù lesordres privilégiés ont conservé le plus d'ascendant.