CHAPITRE XÏI
Du rôle et de la conduite d'un gouvernement habile.
l'* Quand ceux qui ont en main le gouvernement oublient leur rôle naturel pour flatter les caprices du peuple, ils ne sont que des factieux ; au lieu d'exercer légitimement leur pouvoir, ils trompent le peuple pour l'asservir.
Un peu de déclamation, un peu de complaisance pour la multitude peuvent être permis à l'opposition, au parti qui surveille et résiste, il en a quelquefois besoin pour balancer le pouvoir ; mais les seuls instrumens légitimes de l'autorité sont la raison et la loi. La gloire de l'opposition résulte de l'activité de la censure ; la gloire du gouvernement résulte des services qu'il a rendus.
2° Je pense qu'un gouvernement dominateur ne doit point laisser d'intervalle entre le respect et la crainte. Si la licence pénètre entre eux, il arrivera que l'opinion venant à se prononcer, quand les punitions tardives voudront arrêter ce qu'elles auraient dû prévenir, on volera au devant comme au marlvrc.
Il est l)ien plus facile de prévenir une explosion que de l'éteindre.
Mille punitions arbitraires, scandaleuses, révoltantes, môme avec une certaine douceur, usent le pouvoir, et n'ont pas l'efficacité d'un système suivi.
3° Le gouvernement, comme tout ce qui doit opérer de grands effets , a besoin de l'imagination. Il ne doit jamais montrer le terme de son pouvoir, ni le fond de ses projets, ni l'élendue de ses idées et de ses ressources; mais toujours laisser les esprits se figurer de sa part , une réserve inépuisable de sagesse et de puissance.
Moins on a de moyens, moins il faut souffrir qu'on les pénètre ; la manière fait beaucoup h cela.
4° La force et la modération ! dans ces mots sont presque tout ce qui forme un gouvernement stable.
Une très grande impartialité sur les personnes, ou, du moins, le soin de cacher sévèrement ses préférences.
Éviter les scandales.
Là où une grande force d'opinion existe, si on ne lui donne 1 impulsion, on est réduit à la recevoir d elle.
Ne jamais laisser apercevoir l'étourdeiie, l'incapacité, la précipitation, la faiblesse.
Peu remuer, peu changer, n'adopter que des projets d'une utilité certaine, et les porter à leur perfection.