RÈGLES
Ne point délibérer au jour.
Ajourner la décision plutôt que d'en changer. Un grand sentiment de sa force est également nécessaire.
222 ÉTUDES SUR L'nOMME.
L'inquiétude, l'impatience, le reproche, la colère puérile tuent l'autorité.
Ce qui la soutient, c'est l'assiette calme, la sérénité et la colère rare et terrible.
Une bonté qui ne tient rien n'est que de la faiblesse.
Tl ne faut point confondre la faiblesse avec la négligence. Celle-ci est presque inséparable d'un caractère élevé, et retenue dans certaines limites, elle ménage l'ascendant que l'usage continuel et minutieux finit par user.
N'être point trop ému de ses avantages ni de ses revers.
Non seulement il faut sentir sa force , mais il faut que tout la prouve ; lindiscrétion, l'imprudence, la loyauté, la fausseté, la petite ruse tuent l'autorité.
Les scandales, les ridicules et les faiblesses qui nous ravalent, quoique étrangers à la chose où nous dominons , énervent l'autorité du caractère. Il faut donc s'en corriger ou les cacher. En général, comme la considération, l'admiration, le respect, et tous ces sentimens qui établissent l'autorité, se nourrissent par l'imagination et diminuent par un examen trop détaillé de ce qui en fait l'objet ; l'ascendant diminue à se communiquer trop souvent , trop en détail, et de trop près.
ÉTUDES SUR l'homme.
Laisser supposer un fonds immense de force, de sagesse , de ressource, et n'en jamais montrer le terme.
Il y a des défauts qui ajoutent à l'ascendant, les uns parce qu'ils ajoutent à l'idée de nos moyens, les autres parce que, sans nous abaisser, ils donnent à la jalousie un dédommagement.
Pour exercer l'ascendant , il faut être placé au dessus de la rivalité.
La jalousie, la vanité, les faiblesses de l'amourpropre le détruisent.
C'est par là que la naissance, l'âge, le sexe, la force corporelle donnent tant de force à l'autorité, parce qu'il en résulte une supériorité plus volontiers reconnue.
Pour que les autres dépendent de nous, il faut avant tout ne pas dépendre d'eux.
Le besoin, de quelque nature qu'il soit, est le plus grand obstacle à l'autorité.
Aussi, l'indépendance du caractère est-elle la première base de l'ascendant. Il lui faut une grande force de constance et d'impulsion.