‹ Œuvres. Publièes d'après des documents inéditsChapitre 17 sur 56 · GILLET, ET LA NOVRRICE · texte numérisé non relu

GILLET, ET LA NOVRRICE

GILLET

E demourer là vertu-bieu? et parmy des espees nues, en-han!

NOVRRICE.

Hé parmanenda c'est Gillet. Tant mieus : ie sçauray qu'est deuenu son maistre.

GILLET

Or y voize qui voudra : de moy, je me sauue pour y retourner autre fois. Corps-bieu, ie me

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veux vn peu épargner. Recepuoir là des coups de baston, hen ! et auec des ieunes fols amoureux frappans sans dire gare, vertubieu !

NOVRRICE.

Je ne sçay s'il est encores fâché contre moy des iniures que nous nous entredismes hier au soir en la cuisine après soupper, et de quoy nous primes tous deux la cheure. Hô, Gillet, d'où viens-tu ainsi auec ceste broche ?

GILLET

D'où ie vien, vertubieu? Corbieu, ie vien d'une belle entreprise. O comme l'en ay abbatu, froissé, assommé, et rué par terre ! J'en ai cuidé embrocher vn tout vif s'il ne se fust retiré.

NOVRRICE.

Mais dy moy à bon escient que c'est, et pourquoy tu es ainsi accoustré.

GILLET

Tu n'es pas secrette à demy.

NOVRRICE.

Si suis, nç te chaille de cela.

GILLET

Sache qu'on a fait à mon maistre Filadelfe.. .

NOVRRICE.

Où est-il ton maistre? Que fust-il au diable, ou bien qu'il se fust rompu et le col et les Ïambes quand premièrement il mit le pied en nostre maison, tant il y a fait un bel esclandre!

GILLET

Comment ? Qui at-il ? Quoy ? Qu'est-ce ?

NOVRRICE.

le te le diray une autre fois : acheue seuUement, à fin que ie sache où il est.

GILLET

Que veus-tu que ie te die tant ? On luy a

fait signe, nous sommes entrez à la foulle, il a pris la fille par dessous les bras, elle s'est escriee, vne vieille suruenue ie ne sçay d'où a crié encor plus fort qu'elle, vn autre ieune homme est venu au bruit de ces criardes, il nous a destournez, ils s'en sont entrebattus, et moy d'escamper.

NOVRRICE.

le n'enten rien à ce que tu dis : mais tant y a

tu t'en es enfuy vilainement, laissant (peut estre) ton maistre au besoing.

GILLET

M'amie, tu n'entens point encores que c'est que du camp. Penses-tu qu'vne bonne fuite ne soit pas meilleure qu'une mauuaise attente.

NOVRRICE.

Comment? tu tranchois nagueres tant du braue.

GILLET

C'est follie de parler à toy, qui n'entens point comment c'est qu'on fait à la guerre.

NOVRRICE.

Hà vrayement, tu es un beau marmouset.

GILLET

Marmouset ! Corps bieu, ie te fourreray ceste broche au trauers du corps : ne fay que dire : mais ma foy, la chair ne vaut pas l'embrocher. Où sont, où sont ores les paillars qui ont assailly mon maistre ? Que ne les tien-ie ores icy ? Corps bieu ie les... HôDieu, n'en est-ce pas icy vn qui vient? Me voyla mort. Il me cherche.

Où m'enfuiray-ie ? Je te prie.Thomasse, reuanche moy.

NOVRRICE.

Comment ? tu estois tantost si hardy ! SCENE VI.

FELIPPES, GILLET, et la NOVRRICE.

FELIPPES.

ME voyla échappé, Dieu mercy, de la main de ces meschans sergens du guet : et puis vous tenez là sans fuir, pour voir s'ils ne vous mèneront pas bien et gentiment en prison.

GILLET

Hô c'est mon compaignon Felippes, le seruiteur de Gérard. le ne me soucie gueres que ie ne face bien paix auecques luy.

FELIPPES.

Te voicy donc, GilleT, et viença, beau sire, n'est-ce pas toy qui viens de porter les armes contre Euuertre mon ieune maistre ! ie ne sçay qui me tient que ie ne te...

NOVRRICE.

Hé, pardonnez luy, aussi bien at-il esté des premiers à s'enfuir.

GILLET

Je ne me suis point enfuy, non : le me suis sauué seulement: ie ne t'ose dire, Felippot, que tu en ayes fait ainsi.

FELIPPES.

Va, touche là, tu es bon compaignon.

GILLET

Et bien qu'est-il de nos maistres ? Qu'est-il deuenu de leurs différents et de leur meslee ?

FELIPPES.

Les voyla tous deux qu'on meine en prison^ et Claude seruiteur de Fremin, que bon gré en ait ma vie.

NOVRRICE.

En prison Filadelfe ? et comment cela?

FELIPPES.

Ainsi que mon maistre et moy, suyuant le signe que nous auoit fait la chambrière Alizon, courrions à la maison de Fremin pour faire

lascher prise à ton maistre qui s'estoit desia saisi de la fille Fleurdelys, et qu'iceux contestoyent fermement ensemble, en faisant vn merueilleux bruit auecques leurs espées nues, les gens de la rue ont commencé bien fort à se scandaliser, et, nous blasmant dequoy nous voulions forcer publiquement vne fille, se sont pris à ietter des pierres et du feu. A ce bruit, Filandre, le maistre du guet de ceste ville, est ie ne sçay comment suruenu auecques ses sergens, et mettant la main sur eux trois, les a menez ou en prison, ou en son logis, ie ne sçay lequel. Les autres qui accompaignoyent Euuertre et ton maistre s'en sont enfuis qui deçà qui delà.

NOVRRICE.

Au moins il n'y a personne de blessé.

FELIPPE.

Non, Dieu raercy.

GILLET

le ne m'en soucie donc'plus. Sur ma foy suis d'aduis de prendre le moins que nous pourrons les matières à cueur : car Nostradamus dit qu'il n'y a rien plus contraire pour Ceux qui veulent viure à leur aize. Que nos maistres qui ont fait la faute, en portent la folle enchère s'ils veulent.

NOVKRICE.

Aussi feront-ils, ie t'en asseure, s'ils sont en tel lieu.

GILLET

Or qu'ils s'appointent là s'ils le trouuent bon ; et qu'ils s'entregrinsent bs dens comme deux chiens qui rongent vn os : ce pendant donnons nous du bon temps.

FELIPPE.

Par dieu tu as raison, Gillet. le ne vis iamais homme qui entendist mieux les matières que toy.

GILLET

Voulons-nous doncques bien faire ? Allons nous rafreschir bien et beau dans vne hostellerie icy près où i'ai esté ce iourd'huy : là nous ferons des Gentilhommes, aussi bien de ces maistresicy on n'en a iamais autre. chose.

FELIPPE.

C'est bien dit : mais tu n'as point fait prouision de gibier surquoy nous puissions décharger l'hacquebuse.

GILLET

Mon amy, il y a la dedans la plus belle garce du monde, chambrière de l'hoste.

FELIPPE.

Allons donc : mais helas, nos maistres?

GILLET

Quoy, nos maistres ?

FELIPPE.

Allon, allon, qu'on ne nous voye plus ainsi.

GILLET

Adieu, Nourrice.

NOVRRICE.

Allez allez, voyla de gentils seruiteurs ! Mais à ce que ie voy, Restitue est bien vangee de Filadelfe. O que Dame Jacqueline sera estonnee d'ouir cecy I O que Benard de Mets son père sera bien plus estonné, mais qu'il vienne! D'autre costê que dira Gérard le père d'Euuertre ? Et Fremin quand il sçaura qu'on aura voulu rauir sa fille ? Quant à moy ie m'en vais me cacher quelque part, sans rien dire à personne de ce que i'ay ouy.

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