SCENE IIII
MAXIME, LE FIZICIEN, NEBBIE.
MAXIME
OMaistre, ie vous voy à temps. le venois à point à vous retrouver.
FIZICIEN.
Et moy semblablement ie vous vouloy.
MAXIME
le venois à vous faire entendre que tout ce que vous attendiez de moy est prest.
FIZICIEN.
Et moy pour descharger sur vous un peu de colère que n'agueres i'auois sur le cueur. Dieu m'auoit mis en l'entendement de ne m'entremettre de vos affaires, mais cela est passé.
MAXIME
Ou auez-vous receu iniure de moy ?
— CLXXXUI —
nziciEN.
Par Dieu, Maxime, ie ne pourrois souffrir que ceux de vostre maison disent de raoy ce qu'ils dient : que l'aucis demandé le veau pour le manger.
Qui a dit cela ?
FI21CIEN.
l'ay eu en garde la créance et le thresor du Roy catholique cent fois aussi tost qu'vne, et ils craignent que des flacons qui ns pèsent pas six liures doyuent faire que ie soye ce que cent mille florins par cent fois n'ont iamais eu la force de me faire.
MAXIME
Dittes moy de grâce qui a parlé de vous moins que honorablement, car ie luy monstreray....
FIZICIEN.
Ce ne fut iamais mon deuoir d'accuser aucun.
MAXIME
L'iniure qu'on vous a faite me poise plus que si on l'eust faite à moy mesmes.
FIZICIEN.
N 'en parlez plus : laisson l'aller. le ne veux
pas pourtant que les langues médisantes ayent tant de puissance que de m'engarder de tenir la promesse que ie vous ay faitte.
MAXIME
Maistre, vous faites le deuoir d'homme de bien, et vous en remercie. l'ay enuoyé prendre le veau que vous voulez pour le sacrifice et m'estonne qu'il n'est icy. Les flaccons sont en ordre beaux, netz et polis : prenez les et les emportez où bon vous semble ; si autre chose que i'aye en la maison, ou que ie puisse auoir par argent, vous voulez de moy pour ceste besongne, demandez la, et vous verrez si ie me fie en vous.
FIZICIEN.
Escoutez moy. le vous veux seruir en toute manière, mais en vous servant ie feray bien en sorte que ie ne donneray point matière à ces fausses langues qui caquettent que ie vous veuille tromper : et à fin qu'ils voyent que ie ne demande pas le veau pour le manger, ie veux faire le sacrifice en vostre maison. le voudroy des choses (car l'en ay besoing de beaucoup) outre celles que ie vous ay dittes, et ne les ostant point de vostre maison, ils ne diront point ce qu'ils disent. le me fasche seulement que la guerison de Cinthien voise plus au long,
car si les flaccons eussent desia esté en ma maison, l'air ne seroit point obscur, ie les consacrerois ceste prochaine matinée, et vous ferois voir la besongne.
MAXIME
Deà que ne les emportez vous ? Venez et le prenez.
FIZICIEN.
Ainçois enuoyez les moy, et que vostre vallet ne parte qu'ils ne soyent consacrez.
MAXIME
le les enuoiray. Quant à vous, retenez-les ou me les renuoyez, comme il vous plaira : et faites le sacrifice en ma maison, ou en la vostre, comme plus vous viendra à gré.
FIZICIEN.
le délibère de le faire en vostre maison, tant pour ce que ie vous ay dit (ce qu'on n'a que faire de redire plus) qu'aussi que ie vous veux faire ouir un esprit, de vos propres oreilles, me respondant auec une tres-claire parole, ce qui vous semblera beau et merueilleux.
MAXIME
l'en auray plaisir.
FIZICIEN.
Dans une heure ie veux envoyer l'autel, lequel vous ferez mettre à costé du lict ou dorment les mariez, pource qu'il a vertu si merueilleuse, estant là, de faire qu'ils s'aiment ensemble, quand bien il y eust eu hayne capitale entr'eux. le viendray puis demain au matin quand i'auray eu le surplys à parfaire l'œuure en vostre présence.
MAXIME
A vostre volonté.
FIZICIEN.
Mais ie veus que soyez aduerty, et qu'aduertissiez vos domestiques, partant qu'ils ayment leur vie, qu'ils ne se bazardent d'ouurir ou de remouvoir cest autel qui sera fait à la semblance d'vn coffre. Il y eut vn fol qui, ne me voulant point croire,osa toucher une chose semblable, mais demandez à cestui-cy qu'il en aduint.
Qu'il le die.
NEBBIE.
Il se vit incontinent tout brusler.
FIZICIEN.
Et brusla en sorte qu'à peine la cendre en demeura.