TROISIEME PARTIE, CHAPITRE XXXV 35j
de bonne heure et de se lever matin pour prier, pour communier, cette petite honte que l'on a de faire certaines actions de dévotion publiquement; bref, toutes ces petites souffrances, étant prises et embrassées avec amour, contentent extrêmement la bonté divine, laquelle, pour un seul verre d'eau, a promis la mer de toute félicité à ses fidèles ; et parce que ces occasions se présentent à tout moment, c'est un grand moyen pour assembler beaucoup de richesses spirituelles, que de les bien employer.
Quand j'ai vu en la vie de sainte Catherine de Sienne tant de ravissements et d'élévations d'esprit, tant de paroles de sagesse, et même des prédications faites par elle, je n'ai point douté qu'avec cet œil de contemplation elle n'eût ravi le cœur de son Époux céleste; mais j'ai été également consolé quand je l'ai vue, en la cuisine de son père, tourner humblement la broche, attiser le feu, apprêter la viande, pétrir le pain et faire tous les plus bas offices de la maison avec un courage plein d'amour et de dilection envers son Dieu; et n'estime pas moins la petite et basse méditation qu'elle faisait parmi ces offices vils et abjects, que les extases et ravissements qu'elle eut si souvent, qui ne lui furent peut-être donnés qu'en récompense de cette humilité et abjection. Or, sa méditation était telle : elle s'imaginait qu'apprêtant pour son père, elle apprêtait pour Notre-Seigneur, comme une autre sainte Marthe, que sa mère tenait la place de Notre-Dame, et ses frères le lieu des Apôtres, s'excitant en cette sorte de servir en esprit toute la Cour céleste, et s'cmployant à ces chétifs ser-
vices avec une grande suavité, parce qu'elle savait la volonté de Dieu être telle.
J'ai dit cet exemple, ma Philothée, afin que vous sachiez combien il importe de bien dresser toutes nos actions, pour viles qu'elles soient, au service de sa divine Majesté.
Pour cela, je vous conseille tant que je puis d'imiter cette femme forte que le grand Salomon a tant louée, laquelle, comme il dit, mettait la main à choses fortes, généreuses et relevées, et néanmoins ne laissait pas de filer et tourner le fuseau. « Elle a mis la main à chose forte, et ses doigts ont pris le fuseau (i). » Mettez la main à chose forte, vous exerçant à l'oraison et méditation, à l'usage des sacrements, à donner de l'amour de Dieu aux âmes, à répandre de bonnes inspirations dedans les cœurs, et enfin à faire des œuvres grandes et d'importance, selon votre vocation; mais n'oubliez pas non plus votre fuseau et votre quenouille, c'est-à-dire, pratiquez ces petites et humbles vertus, lesquelles, comme fleurs, croissent
(i) Manum misit ad fortia et digiti ejiis appvehendenint fusum. Prov., xxxi. Nous ne saurions exhorter trop vivement les femmes chrétiennes, auxquelles s'adresse ici le saint Docteur, à lire et à méditer avec soin le magnifique commentaire du portrait de la femme forte, qu'a donné M^'' Gay, dans un ouvrage intitulé : Conférences aux mères chrétiennes . Elles y trouveront rehaussées, par le noble langage que parle la foi, ces occupations ordinaires de leur modeste existence, et elles comprendront comment Marie, mère de Jésus, a pu, dans son humble vie de Nazareth, faire plus, pour la gloire de Dieu, que n'ont fait les Apôtres et les plus illustres serviteurs de Dieu. — On a publié un abrégé de ce bel ouvrage. — Un vol. in-ii, chez Oudin, 187g.
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au pied de la croix : le service des pauvres, la Visitation des malades, le soin de la famille, avec les œuvres qui en dépendent et Tutile diligence qui ne vous laissera point oisive -, et parmi toutes ces choses-là, entrejctez des pareilles considérations à celles que je viens de dire de sainte Catherine.
Les ffraucies occasions de servir Dieu se présentent rarement, mais les petites sont ordinaires . Or, qui sera fidèle en peu de chose, dit le Sauveur même , on rétablira sur beaucoup. Faites donc toutes choses au nom de Dieu , et toutes choses seront bien faites ; soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous dormiez, soit que vous vous récréiez, soit que vous tourniez la broche, pourvu que vous sachiez bien ménager vos aflaires, vous profiterez beaucoup devant Dieu, faisant toutes ces choses parce que Dieu veut que vous lesfassiei.
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