QUATRIÈME PARTIE, CHAl'ITUE M
pjticiicc, je volts prie, car ce ne sera rien : ce n'est qu'un peu d'étonnenient, que la nouveauté vous apporte; passe cela, vous recevrez dix mille consolations. Il vous fâchera peut-être d'abord de quitter la gloire que les fous et moqueurs vous donnaient en vos vanités; mais, oh! Dieu, voudriez- vous bien perdre l'éternelle, que Dieu vous donnera en vérité? Les vains amusements et passe-temps dans lesquels vous avez employé les années passées, se représenteront encore à votre cœur, pour l'appâter et faire retourner de leur côté; mais auriez-vous bien le courage de renoncer à cette heureuse éternité, pour de si trompeuses légèretés? Croyez-moi, si vous persévérez, vous ne tarderez pas à recevoir des douceurs cordiales si délicieuses et agréables, que vous confesserez que le monde n'a rien que du fiel en comparaison de ce miel, et qu'un seul jour de dévotion vaut mieux que mille années de la vie mondaine.
Mais, vous voyez que la montagne de la perfection chrétienne est extrêmement haute : Eh! mon Dieu, ce dites-vous, comment pourrai-je monter ? Courage, Philothée ! Quand les petits mouchons des abeilles commencent à prendre forme, on les appelle nymphes, et lors ils ne sauraient encore voler sur les fleurs, ni sur les monts, ni sur les col-
volontc la force de résistance dont elle a besoin. Elle succombera vite « et le dernier état de cet homme sera pire que le premier ». Jamais les avis d'un sai;e confesseur ne sont plus utiles que dans cette crise, et c'est charité que de conduire ù un prêtre dévoué et prudent, le néophyte qui la traverse. Trop de rechutes ont pour cause la négligence de ce conseil !
jyb INTRODUCTION A I.A VIE DEVOTK
lines voisines pour amasser le miel ; mais petit à petit, se nourrissant du miel que leurs mères ont préparé, ces petites n3^mphes prennent des ailes et se fortifient, en sorte que par après elles volent à la quête par tout le paysage. Il est vrai, nous sommes encore de petits mouchons en la dévotion; nous ne saurions monter selon notre dessein, qui n'est rien moindre que d'atteindre à la cime de la perfection chrétienne; mais si nous commençons à prendre forme par nos désirs et résolutions, les ailes nous commencent à sortir. Il faut donc espérer qu'un jour nous serons abeilles spirituelles et que nous volerons; et en attendant, vivons du miel de tant d'enseignements que les anciens dévots nous ont laissés, et prions Dieu qu'il nous donne des plumes comme de colombes, afin que non-seulement nous puissions voler au temps de la vie présente, mais aussi nous reposer en l'éternité de la vie future.
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