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tentations à Vendroit des bons; car comme il tâche de faire réjouir les mauvais en leur péché, ainsi iâche-t-il d'attrister les bons en leurs bonnes œuvres ; et comme il ne peut procurer le mal qu'en le faisant trouver agréable, ainsi ne peut-il détourner du bien qu'en le faisant trouver désagréable. Le malin se plaît en la tristesse et mélancolie, parce qu'il est triste et mélancolique et le sera éternellement^ c'est pourquoi il voudrait que chacun fût comme lui.

La mauvaise tristesse trouble l'âme, la met en inquiétude, donne des craintes déréglées, dégoûte de l'oraison, assoupit et accable le cerveau, prive Pâme de conseil, de résolution, de jugement et de courage, et abat les forces -, bref, elle est comme un dur hiver, qui fauche toute la beauté de la terre et engourdit tous les animaux ; car elle ôte toute suavité de l'âme, et la rend presque percluse et impuissante en toutes ses facultés (i).

Si jamais il vous arrivait, Philothée, d'être atteinte de cette mauvaise tristesse, pratiquez les remèdes suivants. « Quelqu'un est-il triste? dit saint Jacques, qu'il prie » (2). La prière est un sou-

(i) Que cette mauvaise tristesse soit dans l'âme comme conséquence d'un tempérament porté à la mélancolie, ou comme tentation passagère, elle constitue un état maladif, sur lequel il serait dangereux de s'endormir. Malheureusement le premier besoin d'une âme triste de cette fâcheuse tristesse est précisément de se renfermer en soi-même et de se persuader que ce mal est incurable. Ceux qui digigent les âmes ne sauraient combattre trop énergiquement cette terrible maladie spirituelle ; et c'est pour les y aider, que le saint Docteur enseigne à Philothée un si grand nombre de moyens divers d'en triompher.

(2) Tvistatuv aliqiiisvestrum? oret. S. ia^coh., v, i3.

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verain remède, car elle élève l'esprit en Dieu, qui est notre unique joie et consolation. Mais en priant, use; d\ilf'cclioiis et paroles, soit intérieures, soit extérieures, qui tendent à la confiance et amour de Dieu; comme : O Dieu de miséricorde; mon très-bon Dieu; mon Sauveur débonnaire; Dieu de mon cœur; ma joie; mon espérance; mon cher Époux; le Bien-aimé de mon âme; et semblables.

Conlrariei vivement aux inclinations de la tristesse, et bien qu'il semble que tout ce que vous ferez en ce temps-là se fasse froidement, tristement et lâchement, ne laissez pourtant pas de le faire; car Tennemi qui prétend de nous alanguir aux bonnes œuvres par la tristesse, voyant que nous ne laissons pas de les faire, et qu'étant faites avec résistance elles en valent mieux, il cesse de nous atlliger.

Cliante:^ des cantiques spirituels; car le malin a souvent cessé son opération par ce moyen; témoin Pesprit qui assiégeait ou possédait Saiil , duquel la violence était réprimée par la psalmodie.

Il est bon de s employer aux œuvres extérieures et les dii^ersifîer le plus que l'on peut, pour divertir Pâme de l'objet triste, purifier et échauffer les esprits, la tristesse étant une passion de la complexion froide et sèche.

Faites des actions extérieures de ferveur, quoique sans goût, embrassant l'image du Crucifix, la serrant sur la poitrine, lui baisant les pieds et les mains, levant vos yeux et vos mains au ciel, élançant votre voix en Dieu par des paroles d'amour

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et de confiance, comme sont celles-ci : « Mon Bienaimé est à moi et, moi à lui (i) ; mon Bien-aimé m'est un bouquet de myrrhe^ il demeurera sur mon cœur (2). Mes yeux se fondent sur vous, ô mon Dieu, disant : Quand me consolere:;i^ous{3)} » O Jésus, sofe^-înoi Jésus -^ r^Ve Jésus! et mon âme vivra. « Qui me séparera de V amour de mon Dieu? » et semblables.

La discipline modérée est bonne contre la tristesse, parce que cette volontaire affliction extérieure impètre la consolation intérieure; et l'âme sentant des douleurs de dehors, se divertit de celles qui sont au dedans (4) ;, la fréquentation de la sainte Communion est excellente, car ce pain céleste affermit le cœur et réjouit l'esprit (5).

Découvre:^ tous les sentiments, affections et suggestions qui proviennent de votre tristesse, à votre conducteur et confesseur, humblement et fidèlement; cherche- les conversations des personnes spirituelles, et les hantez le plus que vous pourrez pendant ce temps-là. Et en fin finale, résignez-vous entre les mains de Dieu, vous préparant à souf-

(i) Dilectus meus inilii, et ego illi. Gant., ii, i6.

(2) Fasciciilus meus myrrhce dilectus meus mihi ; inter ubcra mea commorabitw. Ibid., i, 12.

(3) Defecerunt oculi mei in eloquium tuum, dicentes : Qjiando consolaberis me? Ps. cxviii, 82.

(4) Le saint Docteur fait remarquer dans un autre passage de ses Œuvres que ce moyen, très-précieux pour certaines âmes, demande à n'être employé qu'avec prudence et après avoir consulté le confesseur. Nous le rappelons ici, parce que cela est important.

(3) Voir la deuxième panie, chapitres xx et xxi.

QUATlUtM' fvuiii. niAi'ii i;i Ml

frir cette ennuyeuse tristesse patiemment, comme juste punition de vos raines allégresses. Et ne doutez nullement que Dieu, après vous avoir éprouvée, ne vous délivre de ce mal.

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