CHAPITRE XVIII
Trois derniers et principaux avis pour cette Introduction
Il faut ; I" Renouveler la protestation tous les mois. — i" Faire une protestation ouverte de vouloir être pieux ou pieuse. — 3° vVvoir un grand courage pour persévérer. — Pressants encouragements. — Conclusion et souhaits.
EFATTES, tous Ics premiers jours du mois{j), la protestation qui est en la première Partie (2), après la méditation; et, à tous moments, protestez de la vouloir observer, disant avec David : « Non, jamais éternellement Je 71' oublierai vos justifications, ô mon Dieu ; car en elles vous m''ave'{ vivifiée (3) -, » et quand vous sentirez quelque détraquement en votre âme, prenez votre protestation en main, et, prosternée en esprit d'humilité, proférez-la de tout votre cœur-, et vous trouverez un grand allégement (4).
(i) C'est-à-dire : le premier jour de chaque mois.
(2) Chapitre xx.
(3) In œternian non obliviscar jiistificationes tuas : quia in ipsis\ vivificasti me. Ps., cxviii, g3.
(4) L'Evangile promettant la paix aux âmes de bonne volonté,'! on comprend que Dieu l'accorde abondante et bien consolante
CINQUIEME PARTIS, CHAPITRr NVIII 4pi
Faites profession ouverte de vouloir être dévote; je ne dis pas d'clre dévote, mais je dis de le vouloir être; et n'ayez point de honte des actions communes et requises qui nous conduisent à l'amour de Dieu. Avouez hardiment que vous vous essayez de méditer; que vous aimeriez mieux mourir que de pécher mortellement ; que vous voulez fréquenter les Sacrements et suivre les conseils de votre directeur (bien que souvent il ne soit pas nécessaire de le nommer, pour plusieurs raisons)-, car cette franchise de confesser qu'on veut servir Dieu et qu'on s'est consacré à son amour, d'une spéciale affection^ est fort agréable à sa divine Majesté, qui ne veut point que l'on ait honte de lui ni de sa Croix \ et puis elle coupe le chemin à beaucoup de semonces que le monde voudrait faire au contraire, et nous oblige de réputation à la poursuite. Les philosophes se publiaient pour philosophes, afin qu'on les laissât vivre philosophiquement ; et nous devons nous faire connaître pour désireux de la dévotion, afin qu'on nous laisse vivre dévotement. Que si quelqu'un vous dit que Ton peut vivre dévotement sans la pratique de ces avis et exercices, ne le niez pas; mais répondez amiablement que votre injirviité est si i(rande, qu'elle requiert plus d'aide et
au chrétien qui s'obstine, comme le lui conseille le saint Docteur, à se remettre constamment dans les ferventes dispositions de la retraite spirituelle. C'est la ne'gligence de ces moyens, si simples, mais si énergiques, qui rend inutiles, au bout de peu de temps, les meilleures et plus sincères protestations de fidélité à Dieu; et le saint entêtement à revenir toujours sur les mêmes points, est le gage assuré d'un vrai changement de vie et le prélude certain d'une grande perfection.
de secours qu'il ii'eii faut pour les autres. Enfin, très-chère Philothée, je vous conjure par tout ce qui est de sacré au ciel et en la terre, par le Baptême que vous avez reçu, par le cœur de Marie, par le cœur charitable duquel Lui-même vous aima, et par les entrailles de la miséricorde en laquelle vous espérez, continue-{ et persévère^ en cette bienheureuse entreprise de la vie dévote. Nos jours s'écoulent ; la mort est à la porte : « La trom- « pette, dit saint Grégoire de Nazianze, sonne la « retraite^ qu'un chacun se prépare, car le jugece ment est proche. » La mère de saint Symphorien, voyant qu'on le conduisait au martyre, criait après lui : Mon fils, mon fils, souviens-toi de la vie éternelle; regarde le ciel, et considère celui lequel y règne ; la fin prochaine terminera bientôt la briève course de cette vie. Ma Philothée, vous dirai- je de même : Regardez le ciel et ne le quittez pas pour la terre •, regardez Tenfer, ne vous y jetez pas pour les moments présents -, regardez Jésus-Christ, ne le reniez pas pour le monde \ et quand la peine de la vie dévote vous semblera dure, chantez avec saint François :
A cause des biens que j'attends, Les travaux me sont passe-temps.
Vive Jésus, auquel avec le Père et le Saint-Esprit, soit honneur et gloire, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.