CHAPITRE VI
If
De la première purification, qui est celle des péchés mortels.
Moyens de se dégager du péché, dans le sacrement de Pénitence : 1° par un examen sérieux et exact; 2» par une contrition vive et généreuse. — La confession générale est utile et quelquefois même nécessaire : i" parce que bien des confessions ordinaires sont pleines de grands défauts; 2* parce qu'elle excite en nous de bonnes résolutions. — Encouragement à cette confession.
.,,,^«^7A première chose à faire, est de se purifier '^^ - du péché ; le moyen de le faire , c'est le saint sacrement de Pénitence. Cherchez le plus digne Confesseur que vous pourrez (i ), prenez en main quelqu'un des petits livres qui ont été faits pour aider les consciences à se bien confesser, comme Grenade, Bruno, Arias, Auger (2), lisez-les
(i) On remarquera que saint François de Sales dit : le plus digne, parce que, dans une afVaire aussi grave que la confession de toute une vie, il importe de trouver dans le confesseur, la science et l'expérience des âmes, jointes à une grande charité.
(2) On trouve aujourd'hui dans un grand nombre de livres de prières des formules (.l'examen de conscience pour les confessions générales. L'utilité de ces formules est reconnue; mais il faut y joindre un examen spécial en rapport a\ec les circonstan-
bien, et remarquez de point en point en quoi vous aurez offensé, à prendre depuis que vous eûtes l'usage de raison, jusqu'à riieure présente (i). Et si vous vous défiez de votre mémoire, mettez en écrit ce que vous aurez remarqué. Et ayant ainsi préparé et ramassé les humeurs peccanles de votre conscience, détestez-les et les rejetez par une contrition et déplaisir aussi grand que votre cœur le pourra souffrir, considérant ces quatre choses : que, par le péché, vous ave:^ perdu la grâce de Dieu, quitté votre part de paradis, accepté les peines éternelles de l'enfer, et renoncé à la vision et à lamour éternel de Dieu. Vous voyez bien, Phiiothée, que je parle d'une confession générale de toute la vie, laquelle, certes, je confesse bien n'être pas toujours absolument nécessaire •, mais je considère bien aussi qu'elle vous sera extrêmement utile en ce commencement ; c'est pourquoi je vous la conseille extrêmement. Il arrive souvent que les confessions ordinaires de ceux qui vivent d'une vie commune et vulgaire sont pleines de grands défauts. Car souvent on ne se prépare point, ou fort
lances où l'on a vécu et avec la vocation de chacun. Il pourrait être bon, avant de commencer l'examen de l'âme, de consulter à cet égard le confesseur auquel on doit s'adresser.
(i) On peut suivre pour cela deux méthodes. L'une consiste à prendre, par exemple, un Commandement de Dieu, et à accuser toutes les fautes commises contre ce coin mandement « depuis l'âge de raison jusqu'à l'heure présente. » L'autre consiste à diviser sa vie en diverses époques, et à voir, dans chaque époque, à quels commandements on a manqué. Cette seconde méthode, employée avec intelligence, donne souvent au confesseur une vue plus complète de l'état de l'âme, et peut rendre ses conseils plus utiles. Néanmoins la première serait suffisante.
PUKMIKHK l'AKTlE, CHAPITRE VI .(,3
peu \ on n'a point la contrition requise -, bien plus, il advient maintes fois que Ton va se confesser avec une volonté tacite de retourner au péché, d'autant qu'on ne veut pas éviter l'occasion du péché, ni prendre les expédients nécessaires à l'amendement de la vie : et en tous ces cas-là, la confession î^-énérale est requise pour assurer l'âme (i), Mais outre cela, la confession générale nous appelle à la connaissance de nous-mêmes, nous provoque à une salutaire confusion pour notre vie passée, nous fait admirer la miséricorde de Dieu, qui nous a attendus avec patience ; elle apaise nos coeurs, délasse nos esprits, excite en nous de bons propos, offre l'occasion à notre père spirituel de nous donner des avis plus convenables à notre condition, et nous ouvre le cœur, pour, avec confiance, nous bien déclarer aux confessions suivantes.
Parlant donc d'un renouvellement général de notre cœur et d'une conversion universelle de notre âme à Dieu, par l'entreprise de la vie dévote, j'ai bien raison, ce me semble, Philothée, de vous conseiller cette confession générale.
(i) s. François de Sales donne ici l'explication d'un phcnomène que l'on rencontre assez souvent dans la conduite des âmes. Bien des personnes se plaignent d'une sorte d'impuissance morale dans les choses de la piété; rien ne les rend meilleures; ni les retraites spirituelles, ni la fréquentation des sacrements. Or plus d'une fois la solution est là : on a négligé de purifier son âme par une sérieuse confession générale; et, l'état de péché demeurant, la grâce ne produit par les fruits de salut.