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CHAPITRE VIII

Du moyen de faire cette seconde purification.

Sur quoi la vraie contrition et conversion est fondée — Double etî'et de la contrition. — Importance d'agrandir la contrition. — Kn quoi consiste le renouvellement de l'âme. — Moyens de s'exciter à la contrition.

R, le premier moj^en et fondement de cette seconde purification, c'est la vive et forte appréhension du grand mal que le péché nous apporte, par le moyen de laquelle nous entrons en une profonde et véhémente contrition. Car tout ainsi que la contrition (pourvu qu'elle soit vraie) (i),pour petite qu'elle soit, et surtout étant jointe à la vertu des sacrements (2), nous purge

(0 Ici, vraie signifie parfaile. C'est, en effet, l'enseignement de la théologie, que la contrition pjrfaite (qui suppose le désir du sacr ment de Pénitence), purifie l'âme avant même qu'on ne reçoive ra..'olution. a La charité, dit saint Thomas (2, 2, quœst. 45, a. 4), ne saurait se trouver dans l'âme avec le péché mortel ; » et le saint Concile de Trente reconnaît que l'homme peut être ainsi réconcilié avec Dieu avant d'avoir reçu le Sacrement. Quant au degré de cette contrition parfaite, c'est même au plus humble que le Docteur Angélique applique la vertu d'elfacer toute faute mortelle.' « Delet omnem culpam mortalem, quantumcumque sit parva. » (Suppl. 3. p. quœst. 5, a 3.)

(2) Dans cette seconde hypothèse, la contrition imparfaite est suirisante. (Conc. Trid. Sl-ss. 14. c. b.}

suffisamment du péché ; de même, quand elle est grande et véhémente, elle nous purge de toutes les affections qui dépendent du péché. Une haine ou rancune faible et débile nous fait avoir à contrecœur celui que nous haïssons et nous fait fuir sa compagnie ; mais, si c'est une haine mortelle et violente, non-seulement nous fuyons et abhorrons celui à qui nous la portons, mais nous avons à dégoût et ne pouvons souffrir la conversation de ses alliés, parents et amis, non pas même son image, ni chose qui lui appartienne. Ainsi, quand le pénitent ne hait le péché que par une légère (quoique vraie) (i) contrition, il se résout assurément bien à ne plus pécher; mais quand il le hait d'une contrition puissante et ingoiirense (fût-elle imparfaite dans son motif), non-seulement il déteste le péché, mais encore toutes les affections, dépendances et acheminements du péché. Il faut donc, Philothée, agrandir tant qu'il nous sera possible notre contrition et repentance,afin qu'elle s'étende jusqu'aux moindres appartenances du péché. Ainsi Madeleine en sa conversion perdit tellement le goût des péchés et des plaisirs qu'elle y avait pris, que jamais plus elle n'y pensa; et David protestait de non-seulement haïr le péché, mais aussi toutes ses voies et sentiers. En ce point consiste le rajeunissement de l'âme, que ce même prophète compare au renouvellement de l'aigle.

Or, pour parvenir à ce vif sentiment et à cette

(i) Ici le mot vraie reprend sa signification commune et s'applique à l'une et à l'autre contrition.

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contrition, il faut que vous vous exerciez soigneusement aux méditations suivantes, lesquelles, étant bien pratiquées , déracineront de votre cœur, moyennant la grâce de Dieu, le péché et les principales affections au péché. Aussi les ai-je dressées tout à fait pour cet usage. Vous les ferez l'une après l'autre, selon que je les ai marquées, n'en prenant qu'une pour chaque jour, laquelle vous ferez le matin, s'il est possible, qui est le temps le plus propre pour toutes les actions de l'esprit, et la repasserez et ruminerez le reste de la journée. Que si vous n'êtes pas encore exercée à faire la méditation, voyez ce qui en sera dit en la seconde Partie.

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