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CHAPITRE IL

Brcvc méthode pour la méditation, et premièrement, de la présence de Dieu, premier point de la préparation.

I.a préparation consiste en trois points: i" se mettre en la présence de Dieu; 2» se rappeler que Dieu est le vrai cœur de notre cœur; 3° que Dieu nous regarde du haut du ciel. — La présence réelle de Notre-Seisneur au Saint-Sacrement.

Aïs VOUS ne savez peut-être pas, Philothée, comment il faut faire l'oraison mentale; car c'est une chose, laquelle, par malheur, peu de gens savent en notre âge (i); c'est

(i) L'on en pourrait dire tout autant, pour le moins, à notre époque. Cependant la nécessité de la méditation, pour mener une vie sérieusement chrétienne, est aujourd'hui si évidente à tous les yeux, qu'il serait superflu de l'établir. Mais de la nécessité à la pratique, il y a loin, si nous en croyons un trèsgrand nombre d'âmes qui hésitent à s'engager dans cette voie, ou qui n'y ayant cheminé que péniblement et sans succès, l'ont vite abandonnée. Et pourtant, la vérité force à dire que, pratiquement, rien n'est plus facile et que, si l'on ne parvient pas à méditer, cela vient uniquement de ce que, sur ce sujet, on veut, contre toutes les lois de la logique, obtenir la fin sans prendre les moyens qui y conduisent.

Il faut noter avant tout que la méditation est l'objet d'une véritable science. Le langage humain a ce caractère : il a ses principes, il a sa grammaire et sa syntaxe- Il se compose d'une foule de mots divers répondant chacun à une idée abstraite ou

pourquoi je vous présente une simple et brève méthode pour cela, en attendant que, par la lecture de plusieurs beaux livres qui ont été composés sur ce sujet, et surtout par Tusage, vous en puissiez être plus amplement instruite. Je vous marque premièrement la préparation, laquelle consiste en deux points, dont le premier est de se mettre en la présence de Dieu, et le second, d'invoquer son assistance. Or pour vous mettre en la présence de Dieu, je vous propose quatre principaux moyens, desquels vous vous pourrez servir à ce commencement.

Le premier gît en un vif et attentif sentiment de la toute-présence de Dieu, c'est-à-dire que Dieu est en tout et partout, et qu'il n'y a lieu,

à un objet concret. De l'agencement de ces mots et de l'emploi de ces règles, suit le discours ou le langage. Et cette science de la parole, selon qu'elle ne comprend que les rudiments de la langue, ou qu'elle en possède toutes les ressources, reste le langage vulgaire, ou devient l'éloquence. Ainsi, et mieux encore, en est-il du langage de Dieu à l'homme et de l'homme à Dieu : c'est une science, qui a aussi ses principes, ses règles, son vocabulaire, ses rudiments, ses progrès et sa perfection.

Mais il s'ensuit immédiatement, et on l'oublie trop, que toute science s'acquiert par l'étude. Qui n'a eu besoin, avant de parler correctement notre belle langue française, d'en apprendre avec patience la théorie:' Et lorsque nous avons voulu ajouter à notre langue maternelle la connaissance exacte des langues étrangères, mortes ou vivantes, quelle autre ressource avons-nous eue que l'usage de la mémoire et de l'intelligence.'' Quelle science s'improvise par le seul désir qu'on a de la posséder? Quelle langue humaine se parle sans autre préparation qu'une grande envie de s'exprimer dans son idiome? Serait-on raisonnable de quitter avec humeur des hommes d'une autre contrée que la sienne, parce qu'on n'aurait pas compris de suite leur langage et qu'on aurait été impuissant à leur exposer d'une manière satisfaisante ce qu'on souhaitait d'eux .•■

Or, le langage de Dieu à l'homme et de l'homme à Dieu étant

nKUXiÈME PAUTIK, CHAIMTRF II I03

ni chose en ce monde, où il ne so>t d'une très- A'éritable présence, de sorte que, comme les oiseaux, où qu'ils volent, rencontrent toujours l'air:; ainsi, où que nous allions, où que nous soyons, nous trouvons Dieu présent^ chacun sait cette vérité, mais chacun n'est pas attentif à Tappréhender. Les aveugles, ne voyant pas un Prince qui leur est présent, ne laissent pas de se tenir en respect, s'ils sont avertis de sa présence^ mais la vérité est que, parce qu'ils ne voient pas, ils oublient aisément qu'il soit présent, et, l'ayant oublié, ils perdent encore plus aisément le respect et la révérence. Hélas! Philothée, nous ne voyons pas Dieu, qui nous est présent, et, bien que la foi nous avertisse de sa présence, pourtant, ne le voyant

une science et la plus noble des sciences, pourrait-il s'entendre et se parler sans étude ? Quoi! nous ne savons plus la langue de l'Eden, et nous voudrions entendre et parler d'instinct, sans une grâce spéciale, la langue du Ciel ' L'homme déchu, avec ses sens grossiers, sais'rait du premier coup la merveilleuse et délicate harm.onie du parler de Dieu, qui ne s'exprime pas par des mots, mais par ce langage, bien autrement mystérieux, de la voix intérieure r L'homme dont les pensées sont fixées à la terre, dont les préoccupations incessantes sont pour l'amour-propre, saurait immédiatement trouver un sujet d'entretien avec Dieu! 11 saurait sans elVorts le développer et en tirer cette éloquence qui obtient les grâces de prélidection ! Nul n'aurait la folie de le penser.

Et d'ailleurs, Dieu lui-même a voulu nous le rappeler, quand il a dit : « Avant la prière, prépare ton âme; et ne sois pas comme un homme qui tente Dieu. » (Eccli. xvui, 23.) Si c'est tenter Dieu que de ne pas se préparer par le recueillement chaque fois qu'on veut s'adresser à lui, ne serait-il pas insensé de se plaindre que la science de la méditation fût d'une pratique difhcile, si on n'y avait pas préludé par l'élude de cette grande science, dont la méthode est plus divine qu'humaine, parce qu'elle produit sur la terre des fruits célestes?

lOf) INTRODUCTION A LA VIE DÉVOTE

pas de nos yeux, nous Toublions bien souvent, et nous comportons comme si Dieu était bien loin de nous -, car encore que nous sachions bien qu'il est présent à toutes choses, toutefois, n'y pensant point, c'est tout autant comme si nous ne le savions pas. C'est pourquoi, toujours avant l'oraison, il faut provoquer notre âme à une attentive pensée et considération de cette présence de Dieu. Ce fut le vif sentiment de David, quand il s'écriait : « Si je monte au ciel, ô mon Dieu, vous y êtes; « si je descends aux enfers, vous y êtes (i); ^) et ainsi nous devons user des paroles de Jacob, lequel, ayant vu Téchelle sacrée : « Oh! que ce lieu, dit- « il, est redoutable! vraiment Dieu est ici et je « n'en savais rien (2). » Il veut dire qu'il n'y pensait pas; car au reste, il ne pouvait ignorer que Dieu ne fût en tout et partout. Venant donc à la prière, ô Philothée, il vous faut dire de tout votre cœur et à votre cœur : O mon cœur, mon cœur, Dieu est vraiment ici.

Le second moyen de se mettre en cette sainte présence, c'est de penser que non-seulement Dieu est au lieu où vous êtes, mais qu'il est très-particidièrement en votre cœur et au fond de votre esprit, lequel il vivifie et anime de sa divine présence, étant là comme le cœur de votre cœur et l'esprit de votre esprit; car comme l'âme, qui est répandue par tout le corps, se trouve présente en

(1) « 5/ ascendero in cœhiin, in illic es ; si dcscendevo in inferniim, ades. « Ps., cxxxviii.8.

(2) « Quant terribilis est locus istc! Vcre Domimts est in loco islo, et ego nesciebam. » Gènes., xxviii, 16,

deuxième: part I- rnAi^iTKF ii

toutes les parties et réside néanmoins au cccur d'une spéciale résidence, de même Dieu , qui est très-présent à toutes choses, assiste toutefois d'une spéciale façon à noire esprit. Et pour cela David appelait Dieu, Dieu de son cœur (i), et saint Paul disait que « nous rirons, nous nous mouvons et sommes en Dieu » (2). En la considération donc de cette vérité, vous exciterez une grande révérence en votre cœur à Tendroit de Dieu, qui lui est si intimement présent.

Le troisième moyen, c'est de considérer notre Sauveur, lequel en son Humanité, regarde du Ciel toutes les personnes du monde, mais particulièrement les chrétiens, qui sont ses enfants, et plus spécialement ceux qui sont en prière, desquels il remarque les actions et la vie. Or ceci n'est pas une simple imagination, mais une vraie vérité ; car encore que nous ne le voyons pas, néanmoins de là-haut il nous considère. Saint Etienne le vit ainsi au temps de son martyre; aussi, nous pouvons bien dire avec Tépouse : « Le voilà derrière la paroi, voyant par la fenêtre, regardant par les treillis (3). »

La quatrième façon consiste à se servir de la simple imagination, nous représentant le Sauveur en son Humanité sacrée, comme s'il était près de nous, ainsi que nous avons accoutumé de nous représenter nos amis; et à dire : Je m'imagine de voir

(1) Ps., LXXII, 2'3.

(2) Act., XVII, 28.

(3) En ipse stat post parictem noslnim, respiciens per fenes- (ras, prospiciens pcr ccihcellos. (]ant , u, 9.

un tel qui fait ceci et cela-, il me semble que je le vois- ou chose semblable. Mais si le très-saint Sacrement de l'autel était présent, alors celte présence serait réelle et non purement imaginaire, car les espèces et apparences du pain seraient comme une tapisserie derrière laquelle Notre-Seigneur réellement présent nous voit et considère.

Vous userez donc de Tun de ces quatre moyens, pour mettre votre âme en la présence de Dieu avant l'oraison; et il ne faut pas les vouloir emplo3^er tous ensemblement, mais seulement un à la fois, et cela brièvement et simplement.

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