CHAPITRE XIX
De la sainte confession (i)
Son intention et sa tin. — Importance d'y avoir recours après avoir péché. — Avantages de la confession fréquente. — Contrition sincère. . — Confession des péchés véniels. — Leur accusation est avantageuse à la perfection. — On doit éviter la routine dans la confession. — On doit rechercher la raison particulière des accusations et la dire d'une manière simple et naturelle. — Ne pas changer aisément de confesseur. — De temps en temps, lui faire connaître l'état de notre conscience.
OTRE Sauveur a laissé à son Eglise le sacrement de Pénitence et de Confession, afin que nous nous y lavions de toutes nos iniquités, toutes et quantes fois que nous en serons souillés. Ne permettez donc jamais, Philothée, que votre cœur demeure longtemps infecté de péché, puisque vous avez un remède si présent et facile. L'âme qui a consenti au péché doit avoir horreur
(ij Nous appelons toute l'attention des âmes pieuses sur ce chapitre et sur les deux suivants. Elles ne trouveront nulle part mieux résurr.ée toute la doctrine de l'Eglise sur ces graves sujets. Ce serait une bonne pratique que de les relire de temps en temps, pour n'en rien oublier.
DEUXIKMK l'AUTIK, CHAI'ITUK \l\ I<i3
de soi-mcmc et se confesser au plus tôt, pour le respect qu'elle doit porter aux yeux de la divine Majesté, qui la regarde. Certes, pourquoi mouronsnous de la mort spirituelle, puisque nous avons un remède si souverain ?
Confessez-vous humblement et dévotement tous les huit Jours (il, et toujours, s'il se peut, quand vous communierez, encore que vous ne sentiez en votre conscience aucun reproche de péché
'i) Le conseil de la confession de chaque semaine n'étonne que les personnes qui ne connaissent pas à fond la doctrine de l'Eglise, l'extrême faiblesse des âmes et le but élevé auquel tend la vraie et solide piété. L'Eglise enseigne que le sacrement de Pénitence est destiné à purifier le pécheur et à le foriiher contre les rechutes; or rien n'est plus nécessaire que la fréquente confession pour combattre dans l'âme les principes du péché, c'est-àdire les convoitises de la chair, des yeux et de l'orgueil, les passions et inclinations dangereuses, l'attachement aux choses de la terre; rien non plus n"est plus elîicace pour prévenir les suites malheureuses du péché : l'aveuglement de l'esprit, l'endurcissement du cœur, la mort dans l'impénitence. Pour le juste, comme pour le pécheur, la confession fréquente est d'un immense secours. Il n'y a point d'âme si innocente et si nette aux yeux de Dieu, qui n'ait toujours besoin de se purifier, car tout homme, sur la terre, est faible et sujet aux fragilités humaines. Or, parla fré- -iile confession, l'âme chrétienne se purifie des taches les plus -res. En s'examinant souvent, elle devient clairvoyante sur sci> misères; et, les connaissant mieux, elle n'a pas de repos qu'elle ne les ait etfacées par les larmes de la pénitence. D'autre pan, la piété se refroidit facilement, et le progrès dans la vertu appelle des moyens toujours plus énergiques; or la confession fréquente répond à ce besoin de perfection et prépare dignement l'âme chrétienne à la fréquente et fructueuse réception de la sainte Eucharistie.
Aussi, les deux faits suivants sont-ils d'expérience quotidienne; à savoir : que le pécheur le plus enracine dans la mauvaise voie arrive sûrement et rapidement à la conversion entière de sa vie, par la confession fréquente; que nulle âme ne devient solidement et parfaitement pieuse sans ce secours.
mortel ^ car par la confession vous ne recevrez pas seulement l'absolution des péchés véniels que vous confesserez, mais aussi une grande force pour les éviter à l'avenir, une grande lumière pour les bien discerner, et une grâce abondante pour réparer toute la perte qu'ils vous avaient apportée. Vouspratiquerez la vertu d'humilité, d'obéissance, de simplicité et de charité, et, en cette seule action de confession, vous exevcere:{ plus de vertu qu'en nulle autre.
Ayez toujours un vrai déplaisir des péchés que vous confesserez, pour petits qu''ils soient, avec une ferme résolution de vous en corriger à l'avenir. Plusieurs, se confessant, par coutume, des péchés véniels et comme par manière d'agencement, sans penser nullement à s'en corriger, en demeurent toute leur vie chargés, et, par ce moyen, perdent beaucoup de biens et profits spirituels. Si donc vous vous confessez d'avoir menti, quoique sans nuisance, ou d'avoir dit quelque parole déréglée, ou d'avoir trop joué, repentez-vousen et ayez ferme propos de vous en amender- car c'est un abus, de se confesser de quelque sorte de péché, soit mortel, soit véniel, sans vouloir s'en purifier, puisque la confession n'est instituée que pour cela.
Ne faites pas seulement ces accusations superflues que plusieurs font par routine : Je n'ai pas aimé Dieu tant que je devais, je n'ai pas prié avec tant de dévotion que je devais, je n'ai pas chéri le prochain comme je devais, je n'ai pas reçu les sacrements avec la révérence que je devais; et tel-
m 1 \n:\iK i-akiik. chaimtrk xix i()?
les semblables; la raison est, parce qu'en disant cela vous ne direz rien de particulier qui puisse faire entendre au Confesseur Tétat de votre conscience, d'autant que tous les Saints du Paradis et tous les hommes de la terre pourraient dire les mêmes choses s'ils se confessaient. Regardez donc quel sujet yarticulier vous avez de faire ces accusations-là, et lorsque vous l'aurez découvert, accusez-vous du manquement que vous aurez commis, tout simplement et naïvement. Par exemple, vous vous accusez de n'avoir pas chéri le prochain comme vous deviez-, c'est peut-être parce qu'ayant vu quelque pauvre fort nécessiteux, lequel vous pouviez aisément secourir et consoler, vous n'en avez eu nul soin. Eh bien! accusez-vous de cette particularité et dites : A3'ant vu un pauvre nécessiteux, je ne l'ai pas secouru comme je pouvais, par négligence, ou par dureté de cœur, ou par mépris, selon que vous connaîtrez l'occasion de cette faute. De même, ne vous accusez pas de n'avoir pas prié Dieu avec telle dévotion comme vous devez; mais si vous avez eu des distractions volontaires, ou que vous ayez négligé de prendre le lieu, le temps et la contenance requis pour avoir l'attention en la prière, accusez-vous-en tout simplement, selon que vous trouverez y avoir manqué, sans alléguer cette généralité, qui ne fait ni froid ni chaud en la confession.
Ne vous contentez pas de dire vos péchés véniels quant au fait , mais accusez-vous du motif qui vous a induit à les commettre. Par exemple, ne vous contentez pas de dire que vous avez menii.
I (it) INTRODUCTION A I.A VIE DKVOTE
sans nuire à personne; mais dites si ç^a été ou par vaine gloire, afin de vous louer et excuser, ou par vaine joie, ou par opiniâtreté. Si vous avez péché à jouer, expliquez si c'a été pour le désir du gain, ou pour le plaisir de la conversation*, et ainsi des autres. Dites si vous vous tits longuement arrêtée en votre mal, d'autant que la longueur du temps accroît pour l'ordinaire de beaucoup le péché, y ayant bien de la différence entre une vanité passagère, qui se sera écoulée en notre esprit l'espace d'un quart d'heure, et celle en laquelle notre cœur aura trempé un jour, deux jours, trois jours. Il faut donc dire le fait, le motif et la durée de nos péchés. Car encore que, communément, on ne soit pas obligé d'être si pointilleux en la déclaration des péchés véniels, et que même on ne soit pas tenu absolument de les confesser, cependant ceux qui veulent bien épurer leurs âmes, pour mieux atteindre à la sainte dévotion, doivent être soigneux de bien faire connaître au médecin spirituel le mal, pour petit qu'il soit, duquel ils veulent être guéris. N'épargnez point de dire ce qui est requis pour bien faire entendre la qualité de votre offense, comme le sujet que vous avez eu de vous mettre en colère, ou de supporter (de laisser) quelqu'un en son vice. Par exemple, un homme qui me déplaît me dira quelque légère parole pour rire : je la prendrai en mauvaise part et me mettrai en colère. Que si un autre qui m'eût été plus agréable en eût dit une plus âpre, je l'eusse prise en bonne part. Je n'épargnerai donc point de dire : Je me suis relâchée à dire des paroles da courroux contre une
pcrsonne, a3ant pris de lui en mauvaise part quelque chose qu'il m'a dit, non point pour la qualité des paroles, mais parce que celui-là m'était désagréable; et s'il est encore besoin de particulariser les paroles pour vous bien déclarer, je pense qu'il serait bon de les dire-, car, s'accusant ainsi naïvement , on ne découvre pas seulement les péchés qu'on a faits, mais aussi les mauvaises inclinations, coutumes, habitudes et autres racines du péché, au moven de quoi le Père spirituel prend une plus entière connaissance du cœur qu'il traite et des remèdes qui lui sont propres. Il faut néanmoins toujours tenir couvert le tiers qui aura coopéré à votre péché, tant qu'il sera possible.
Prenez' garde à une quantité de péchés qui vivent et régnent bien souvent insensiblement dans la conscience, afin que vous les confessiez et que vous puissiez vous en corriger, et à cet effet, lisez diligemment les chapitres vi, xwi, xxvii, xxix et xxx\i de la troisième partie, et le chapitre vu de la quatrième partie.
Xc c/hin £>•€■{ pas aise meut de confesseur (i);
f) Pour bien entendre cet avis du Saint, il faut se rappe- Lr ce qu'il a dit au chapitre iv de la première partie, sur le choix que l"on doit faire d'un guide pieux, éclairé et prudent. Cette grâce obtenue, il est très-nuisible à l'avancement de l'âme dans la piété, de « changer aisément de confesseur » parce que les conseils de l'un peuvent, quoique visant le même but, différer des conseils de l'autre, et une âme peu expérimentée se trouverait alors embarrassée sur la meilleure voie à suivre. Il est plus sage, en règle générale, de s'en tenir au choix qu'a amené la prudence, et de suivre très-exactement les avis du prêtre qui a grâce de circonstance peur nous bien connaître et nous diriger sainement.
mais , en ayant choisi un , continuez à lui rendre compte de votre conscience, aux jours qui sont destinés pour cela, lui disant naïvement et franchement les péchés que vous aurez commis; et de temps en temps, comme serait de mois en mois, ou de deux mois en deux mois, dites-lui encore rétat de vos inclinations, alors même que par celles-ci vous n'ayez pas péché, comme si vous étiez tourmentée de la tristesse, du chagrin, ou si vous êtes portée à la joie, aux désirs d'acquérir des biens, et semblables inclinations.