‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 1 sur 40 · APPORT · texte numérisé non relu

APPORT

C'est au moment où Condorcet disparut de cette assemblée, qu'il commença cet ouvrage; il cessa de vivre après l'avoir termine'. Il avait entrepris d'abord une apologie de sa conduite politique : bientôt il abandonna, il dédaigna peut-être ce tiavail qui eût été alors inutile, et qui serait superflu aujourd'hui. Tandis que ses ennemis dévastaient la France, il se vengeait d'eux en l'éclairant, et en élevant aux vérités les plus utiles un monument plus stable que la puissance de ses oppresseurs, plus durable même que le souvenir de leurs forfaits. On lira ce livre de Condorcet, lorsqu'on ne saura plus que Robespierre, dans son discours du 18 floréal, insultait lâchement au malheur d'un philosophe trop connu par ses travaux philanthropiques, trop signalé dans l'Europe par ses opinions républicaines , pour n'avoir pas été désigné par les royalistes aux poignards et aux outrages de l'anarchie.

Il convient de vous faire observer, citoyens, que Condorcet a composé cet ouvrage dans un tel oubli de lui-même et de ses propres infortunes, que rien n'y rappelle les ciiconslances désastreuses dans lesquelles il écrivait. Il n'y parle de la Révolution qu'avec enlhousiasme, et l'on voit qu'il n'a considéré sa proscri[)tion personnelle que comme un de ces malheurs parliculieis presque inévitables au milieu d'un grand mouvement vers la félicité générale. Dans le dernier chapitre, où il Iraile des progrès futurs de l'esprit humain, il ne sait concevoir que des espérances, et les dernières lignes de ce chapitre, les seules qui soient relatives aux attentats

FAIT A LA CONVENTrON NATIONALE, ETC. 'ï

dont il était. Ja viclime, ne sont encore (|ue l'expiession vive tles consolations, j'ai presque dit du bonheur dont il jouissait, en présageant les nouveaux triomphes de la raison et du patriotisme.

Votre comité d'instruction n'eût pas excédé la mesure des pouvoirs que vous lui avez confiés, en arrêtant l'acquisition de trois mille exemplaires de cet ouvrage sur les fonds mis à la disposition de la commission executive; mais il a pensé que vous aimeriezà rendre vous-mêmes, à la mémoire d'un de vos collègues, non ces éclatants hommages que la postérité seule a le droit de décerner, mais un simple et utile témoignage de votre estime et de vos regrets.

A la suite de ce rapport, la Convention nationale a rendu le décret suivant :

Article premier.

La commission executive de l'instruction publique acqueira, sur les fonds mis à sa disposition, trois mille exénqilaires de l'ouvrage posthume de (\)ndorcet, intitulé : Esquisse d'un Tableau historifjuc des progrès de l'esprit humain.

Art. II.

Le comité d'instruction publique est tenu de vcilleià ce que ces trois mille exemplaires soient distri bues , savoir, un exemplaire à chacun des représentants du peuple, et les autres dans toute l'étendue . de la Républicpie, de la manière la plus utile à l'instruction.

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