ADRESSA, ETC
de la pairie, de veiller à ce que les droits de l'homme soient respectés, et les propriétés assurées.
Elle les invite à se rallier à elle, à l'aider à sauver la chose publique, à ne pas aggraver, par de funestes divisions, les maux et les dangers de l'empire.
L'assemblée nationale déclare infâme et traître envers la patrie, tout fonctionnaire public, tout officier et soldat qui désertera son poste, et n'y attendra pas avec soumission les ordres de la nation , exprimés par ses représentants.
d'après lesquels l'assemblée nationale a procluié la convocation d'une convention nationale, et prononcé la suspension du pouvoir exécutif daiss les mains dc roi (1).
(i) Collationné sur la collection oflicic-lle du Louvre. X. 35
Un décret spécial du i3aoùt 1792, inséré dans la collection officielle, ordonne que cette Déclaration soit envoyée, par courrier extraordinaire , dans tous les départements, publiée et affichée dans toutes les municipalités; lue à l'ouverture des Assemblées primaires et électorales, et affichée dans le lieu de leurs séances ; envoyée aux armées pour être lue à la tète de chaque bataillon , et adressée aux différentes cours de l'Europe par les ambassadeurs.
D APRES LESQUELS L ASSEMBLEE NATIONALE A PROCLAME LA CONVOCATION D'UNE CONVENTION NATIONALE, ET PRONONCÉ LA SUSPENSION DU POUVOIR EXÉCUTIF DANS LES MAINS DU ROI.
L'assemblée nationale doit à la nation , à l'Europe, à la postérité, un compte sévère des molifs qui ont déterminé ses dernières résolutions.
Placée entre le devoir de rester fidèle à ses serments et celui de sauver la patrie, elle a voulu les remplir tous deux à la fois, et faire tout ce qu'exigeait le salut public, sans usurper les pouvoirs que le peuple ne lui avait pas confiés.
A l'ouverture de sa session , un rassemblement d'émigrés, formé sur les frontières, correspondait avec tout ce que les départements, tout ce que les troupes de ligne renfermaient encore d'ennemis de la liberté; et les prêtres fanatiques, portant le trouble dans les âmes superstitieuses, cherchaient à persuader aux citoyens égarés que la constilution blessait les droits de la conscience, et que la loi avait confié les fonctions religieuses à des schismaliques et sacrilèges.
54 8 kxposition
Enfin, une ligue formée entre des rois puissants menaçait la liberté française ; ils se croyaient en droit de fixer jusqu'à quel point l'intérêt de leur despotisme nous permettait d'être libres, et se flattaient de voir la souveraineté du peuple et l'indépendance de l'empire français s'abaisser devant les armes de leurs esclaves.
Ainsi, tout annonçait une guerre civile et religieuse, dont une guerre étrangère augmenterait bientôt le danger.
L'assemblée nationale a cru devoir réprimer les émigrés, et contenir les prêtres factieux par des décrets sévères; et le roi a employé contre ces décrets le refus suspensif de sanction que la constitution lui accordait. Cependant ces émigrés, ces prêtres agissaient au nom du roi ; c'était pour le rétablir dans ce qu'ils appelaient son autorité légitime , que les uns avaient pris les armes, que les autres prêcliaient l'assassinat et la trahison. Ces émigrés étaient les frères du roi, ses parents, ses courtisans, ses anciens gardes; et, tandis que le rapprochement de ces faits et de la conduite du roi autorisait, commandait même la défiance, ce refus de sanction appliqué à des décrets qui ne pouvaient être suspendus sans être anéantis, montrait clairement comment ce veto suspensif suivant la loi, devenu définitif par la manière de l'employer, donnait au roi le pouvoir illimité et arbitraire de rendre nulles toutes les mesures que le corps législatif croirait nécessaires au maintien de la liberté.
Dès ce moment, d'un bout de l'empire à l'autre,
le peuple montra ces sombres inquiétudes qui annoncent les orages; et les soupçons qui accusaient le pouvoir exécutif se manifestèrent avec énergie.
L'assemblée nationale ne fut pas découragée. Des princes, qui se disaient les alliés de la France, avaient donné aux émigrés, non un asile, mais la liberté de s'armer, de se former en corps de troupe, de lever des soldats, de faire des approvisionnements de guerre; et le roi fut invité, par un message solennel, a rompre, sur cette violation du droit des gens, un silence qui avait duré trop longtemps. Il parut céder au vœu national : des préparatifs de guerre furent ordonnés; mais bientôt on s'aperçut que les négociations, dirigées par un ministère faible ou complice, se réduiraient à obtenir de vaines promesses, qui, demeurant sans exécution, ne pourraient être regardées que comme un piège ou comme un outrage. La ligue des rois prenait cependant une activité nouvelle, et à la tête de cette ligue paraissait l'empereur, beau -frère du roi des Français, uni à la nation par un traité utile à lui seul, que l'assemblée constituante, trompée par le ministère, avait maintenu en sacrifiant, pour le conserver, l'espérance alors fondée d'une alliance avec la maison de Brandebourg.
L'assemblée nationale crut qu'il était nécessaire à la sûreté de la France d'obliger l'empereur à déclarer s'il voulait être son allié ou son ennemi, et à prononcer entre deux traités contradictoires , dont J'un l'obligeait à donner du secours à la France , et l'autre l'engageait à l'attaquer; traités qu'il ne pou-
55o EXPOSITION
vait concilier sans avouer l'intention de séparer le roi de la nation , et de faire regarder la guerre contre le peuple français comme un secours donné à son allié. La réponse de l'empereur augmenta les défiances que cette combinaison de circonstances rendait si naturelles. Il y répétait contre l'assemblée des représentants du peuple français, contre les sociétés populaires établies dans nos villes, les absurdes inculpations dont les émigrés, dont les partisans du ministère français fatiguent depuis longtemps les presses contre-révolutionnaires. Il protestait de son désir de rester l'allié du roi, et il venait de signer une nouvelle ligue contre la France en faveur de l'autorité du roi des Français.
Ces ligues, ces traités, les intrigues des émigrés qui les avaient sollicités au nom du roi, avaient été cachés par les ministres aux représentants du peuple. Aucun désaveu public de ces intrigues, aucun effort pour prévenir ou dissiper cette conjuration de monarques, n'avaient montré ni aux citoyens français, ni aux peuples de l'Europe , que le roi avait sincèrement uni sa cause à celle de la nation.
Cette connivence apparente entre le cabinet des Tuileries et celui de Vienne frappa tous les esprits; l'assemblée nationale crut devoir examiner avec sévérité la conduite du ministre des affaires étrangères, et un décret d'accusation fut la suite de cet examen. Ses collègues disparurent avec lui , et le conseil du roi fut formé de ministres patriotes.
Le successeur de Léopold suivit la politique de son père ; il voulait exiger pour les princes posses-
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si on nés en Alsace des dédommagements incompatibles avec la constitution française, et contraires à l'indépendance de la nation. 11 voulait que la France trahît la confiance et violât les droits du peuple avignonais. Il annonçait, enfin, d'autres griefs qui ne pouvaient, disait-il, se discuter avant d'avoir essayé la force des armes.
Le roi parut sentir que cette provocation à la guerre ne pouvait être tolérée sans montrer une honteuse faiblesse; il parut sentir combien était perfide ce langage d'un ennemi qui semblait ne s'intéresser à son sort, et ne désirer son alliance, que pour jeter entre lui et le peuple des semences de discorde capables d'énerver nos forces, et d'en arrêter ou d'en troubler les mouvements ; il proposa la guerre, de l'avis unanime de son conseil, et la guerre fut décrétée.
En protégeant les rassemblements d'émigrés, en leur permettant de menacer nos frontières, en montrant des troupes toutes prêtes à les seconder en cas d'un premier succès, en leur préparant une retraite, en persistant dans une ligue menaçante, le roi de Hongrie obligeait la France à des préparatifs de défense ruineux, épuisait ses finances, encourageai! l'audace des conspirateurs répandus dans les départements^ excitait les inquiétudes des citoyens, et par là y fomentait, y perpétuait le trouble. Jamais des hostilités plus réelles n'ont légitimé la guerre; et la déclarer n'était que la repousser.
L'assemblée nationale put alors juger jusqu'à quel point, malgré des promesses si souvent répétées, tous
les préparatifs de défense avaient été négligés. Néanmoins, les inquiétudes, les défiances s'arrêtaient encore sur les anciens ministres, sur les conseils secrets du roi; mais on vil bientôt les ministres patriotes contrariés dans leurs opérations, attaqués avec acharnement par les partisans de l'autorité royale, par ceux qui faisaient parade d'un attachement personnel pour le roi.
Nos armées étaient tourmentées par des divisions politiques : on semait la discorde parmi les chefs des troupes comme entre les généraux et le ministère. On voulait transformer en instruments d'un parti, qui ne cachait pas le désir de substituer sa volonté à celle des représentants de la nation , ces mêmes armées, destinées à la défense extérieure du territoire français, au maintien de l'indépendance nationale.
Les machinations des prêtres, devenues plus actives au moment de la guerre, rendaient indispensable une loi répressive : elle fut portée.
La formation d'un camp entre Paris et les frontières était une disposition heureusement combinée pour la défense extérieure, en même temps qu'elle servait à rassurer les départements intérieurs et à prévenir les troubles que leurs inquiétudes auraient pu produire : la formation de ce camp fut ordonnée; mais ces deux décrets furent repoussés par le roi, et les ministres patriotes furent renvoyés.
La constitution avait accordé au roi une garde de 1,800 hommes, et cette garde manifestait avec audace un incivisme qui indignait ou effrayait les citoyens; la haine de la constitution , et surtout celle
de la liberté, de l'égalité, étaient les meilleurs titres pour y être admis.
L'assemblée fut forcée de dissoudre cette garde , pour prévenir et les troubles qu'elle ne pouvait manquer de causer bientôt, et les complots de contrerévolution , dont il ne se manifestait déjà que trop d'indices.
Le décret fut sanctionné; mais une proclamation du roi donnait des éloges à ceux même dont il venait de prononcer le licenciement, à ceux qu'il avait reconnus pour des hommes justement accusés d'être les ennemis de la liberté.
Les nouveaux ministres excitaient de justesdéfiances; et comme ces défiances ne pouvaient plus s'arrêter sur eux , elles portèrent sur le roi lui-même.
L'application du refus de sanction aux décrets nécessités par les circonstances, et dont l'exécution doit être prompte et cesser avec elles, fut regardée dans l'opinion générale comme une interprétation de l'acte constitutionnel, contraire à la liberté et à l'esprit même de la constitution. L'agitation du peuple de Paris devint extrême; une foule immense de citoyens se réunirent pour former une pétition ; ils y sollicitaient le rappel des ministres patriotes, et la rétractation du refus de sanctionner des décrets en faveur desquels l'opinion publique s'était hautement manifestée. Ils demandèrent à défiler en armes devant l'assemblée nationale après que leurs députés auraient lu la pétition. Cette permission, que d'autres corps armés avaient déjà obtenue, leur fut accordée, lis désiraient présenter au roi la même péli-
tion, et la présenter sous les formes établies par la loi; mais, au moment où des officiers municipaux venaient leur annoncer que leurs députés, d'abord refusés, allaient être admis, la porte s'ouvrit, et la foule se précipita dans le château. Le zèle du maire de Paris , l'ascendant que ses vertus et son patriotisme lui donnent sur les citoyens, la présence des représentants du peuple, dont les députations successives entourèrent constamment le roi, prévinrent tous les désordres, et peu de rassemblements aussi nombreux en ont moins produit.
Le roi avait arboré les enseignes de la liberté; il avait rendu justice aux citoyens, en déclarant qu'il se croyait en sûreté au milieu d'eux. Le jour de la fédération approchait ; des citoyens de tous les départements devaient se rendre à Paris, y jurer de maintenir cette liberté pour laquelle ils allaient combattre sur les frontières ; et tout pouvait encore se réparer. Mais les ministres ne virent dans les événements du 10 juin qu'une occasion favorable de semer la division entre les habitants de Paris et ceux des déparlements, entre le peuple et l'armée, entre les diverses portions de la garde nationale, entre les citoyens qui restaient dans leurs foyers et ceux qui volaient à la défense de l'Etat. Dès le lendemain, le roi changea de langage : une proclamation calomnieuse fut distribuée avec profusion dans les armées; un de leurs généraux vint, au nom de la sienne, demander vengeance et désigner ses victimes. Un assez grand nombre de directoires de département, dans des arrêtés inconstitutionnels, laissèrent entrevoir
DKS MOTIFS, ETC. 555
leur projet formé dès longtemps de s'élever comme une puissance intermédiaire entre le peuple et ses représentants, entre l'assemblée nationale et le toi. Des juges de paix commencèrent, dans le château même des Tuileries, une procédure ténébreuse, dans laquelle on espérait envelopper ceux des patriotes dont on redoutait le plus la vigilance et les talents. Déjà l'un de ces juges avait essayé de porter atteinte à l'inviolabilité des représentants du peuple , et tout annonçait un plan adroitement combiné pour trouver dans l'ordre judiciaire un moyen de donner à l'autorité royale une extension arbitraire. Des lettres du ministre de l'intérieur ordonnaient d'employer la force contre les fédérés qui viendraient faire à Paris le serment de combattre pour la liberté; et il a fallu toute l'activité de l'assemblée nationale, tout le patriotisme de l'armée, tout le zèle des citoyens éclairés, pour prévenir les effets funestes de ce projet désorganisateur, qui pouvait allumer la guerre civile. Un mouvement de patriotisme avait éteint, dans une réunion fraternelle, les divisions qui s'étaient manifestées trop souvent dans l'assemblée nationale, et il pouvait en naître encore un moyen de salut. Les poursuites commencées, de l'ordre du roi, à la requête de l'intendant de la liste civile, pouvaient être arrêtées. Le vertueux Pétion, puni, par une suspension injuste, d'avoir épargné le sang du peuple, pouvait être rétabli par le roi ; et il était possible que celte longue suite de fautes et de trahisons retombât encore tout entière sur ces conseillers perfides, auxquels un peuple confiant
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avait la longue habitude (l'attribuer tous les crimes de nos rois.
L'assemblée nationale vit alors que le salut public exigeait des mesures extraordinaires.
Elle ouvrit une discussion sur les moyens de sauver la patrie; elle institua une commission, chargée de les méditer et de les préparer.
La déclaration que la patrie était en danger appelait tous les citoyens à la défense commune, tous les fonctionnaires publics à leur poste ; et cependant , au milieu des plaintes, sans cesse répétées, sur l'inaction du gouvernement , sur la négligence ou la mauvaise combinaison des préparatifs de guerre, sur des mouvements des armées inutiles ou dangereux, dont le but avoué était de favoriser les combinaisons politiques d'un des généraux, on voyait des ministres inconnus ou suspects se succéder rapidement, et présenter, sous de nouveaux noms, la même inactivité et les mêmes principes.
Une déclaration du général ennemi, qui dévouait à la mort tous les hommes libres, et promettait aux lâches et aux traîtres sa honteuse protection, devait augmenter les soupçons. L'ennemi de la France n'y semblait occupé que de la défense du roi des Français. Vingt-six millions d'hommes n'étaient rien pour lui auprès d'une famille privilégiée; leur sang devait couvrir la terre, pour venger les plus faibles outrages; et le roi, au lieu de témoigner son indignation contre un manifeste destiné à lui enlever la confiance du peuple, semblait n'y opposer qu'à regret un froid et timide désaveu.
Qui donc pourrait s'étonner que la défiance contre le chef suprême du pouvoir exécutif, ait inspiré aux citoyens le désir de ne plus voir les forces destinées à la défense commune, à la disposition du roi, au nom duquel la France était attaquée, et le soin de maintenir sa tranquillité intérieure confié à celui dont les intérêts étaient le prétexte de tous les troubles? A ces motifs, communs à la France entière, il s'en unissait d'autres, particuliers aux habitants de Paris. Ils voyaient les familles des conspirateurs de Coblentz former la société habituelle du roi et de sa famille. Des écrivains soudoyés parla liste civile cherchaient, par de lâches calomnies, à rendre les Parisiens odieux ou suspects au reste de la France. On essayait de semer la division entre les citoyens pauvres et les citoyens riches; des manœuvres perfides agitaient la garde nationale, ou s'occupaient d'y former un parti royaliste. Enfin, les ennemis de la liberté semblaient s'être partagés entre Paris et Coblentz, et leur audace croissait avec leur nombre.
lia constitution chargeait le roi de notifier à l'assemblée nationale les hostilités imminentes, et il avait fallu de longues sollicitations pour obtenir du ministère la connaissance tardive de la marche des troupes prussien nés. La constitution prononce contre le roi une abdication légale, s'il ne s'oppose point, par un acte formel, aux entreprises formées, en son nom, contre la nation; et les princes émigrés avaient fait des emprunts publics au nom du roi, avaient acheté, en son nom, des troupes étrangères; avaient levé, en son nom , des régiments français; ils lui
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avaient formé, hors de la France, une maison militaire; et ces faits étaient connus depuis plus de six mois, sans que le roi, dont les déclarations publiques , dont les réclamations auprès des puissances étrangères auraient empêché le succèsdeces manœuvres, eût satisfait aux devoirs que lui imposait la constitution.
C'est d'après des motifs si puissants, que de nombreuses pétitions, envoyées d'un grand -nombre de départements, le vœu de plusieurs sections de Paris, suivi d'un vœu général, émis au nom de la commune entière, sollicitèrent la déchéance du roi ou la suspension du pouvoir royal ; et l'assemblée nationale ne pouvait plus se refuser à l'examen de cette grande question.
Il était de son devoir de ne prononcer qu'après un examen mûr et réfléchi, après une discussion solennelle, après avoir entendu et pesé toutes les opinions. Mais la patience du peuple était épuisée : tout à coup il a paru tout entier réuni dans un même but et dans une même volonté; il s'est porté vers le lieu de la résidence du roi, et le roi est venu chercher un asile dans le sein de l'assemblée des représentants du peuple , dont il savait que l'union fraternelle des habitants de Paris avec les citoyens des départements, rendrait toujours l'enceinte un asile inviolable et sacré.
Des gardes nationaux se trouvaient chargés de défendre la résidence que le roi venait d'abandonner, mais on avait placé avec eux des soldats suisses. Le peuple voyait depuis longtemps, avec une surprise
DES MOTIFS , ETC. 55q
inquiète, des bataillons suisses partager la garde du roi, malgré la constitution qui ne lui permet pas d'avoir une garde étrangère. Depuis longtemps il était aisé de prévoir que cette violation directe de la loi , qui, par sa nature, frappait sans cesse tous les yeux , amènerait, tôt ou tard, de grands malheurs. L'assemblée nationale n'avait rien négligé pour les prévenir. Des rapports, des discussions, des motions, faites par ses membres, et renvoyées à ses comités, avaient averti le roi, depuis plusieurs mois, de la nécessité de faire disparaître d'auprès de lui des hommes que, partout ailleurs, les Français regarderont toujours comme des amis et des frères , mais qu'ils ne pouvaient voir rester, malgré le vœu de la constitution , auprès du roi constitutionnel, sans les soupçonner d'être devenus les instruments des ennemis de sa liberté.
Un décret les avait éloignés : leur chef, appuyé par le ministère, y demanda des changements : l'assemblée nationale y consentit. Une portion des soldats devait rester auprès de Paris , mais sans aucun service qui pût renouveler les inquiétudes ; et c'est malgré le vœu de l'assemblée nationale, malgré la loi, que, le 10 août, ils étaient employés à une fonction dont tous les motifs d'humanité et de prudence auraient dû les écarter. Ils recurent l'ordre de faire feu sur les citoyens aimés, au moment où ceux-ci les invitaient à la paix , où des signes non équivoques de fraternité annonçaient qu'elle allait être acceptée, au moment où l'on voyait une députation de l'assemblée nationale s'avancer au milieu des armes, pour porter des paroles de conciliation
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et prévenir le carnage. Alors, rien ne put arrêter la vengeance du peuple, qui éprouvait une trahison nouvelle, au moment même où il venait se plaindre de celles dont il avait longtemps été la victime.
Au milieu de ces désastres, l'assemblée nationale, affligée, mais calme, fit le serment de "maintenir l'égalité et la liberté , ou de mourir à son poste; elle fit le serinent de sauver la France, et elle en chercha les moyens.
Elle n'en a vu qu'un seul : c'était de recourir à la volonté suprême du peuple, et de l'inviter à exercer immédiatement ce droit inaliénable de souveraineté que la constitution a reconnu, et qu'elle n'avait pu soumettre à aucune restriction. L'intérêt public exigeait que le peuple manifestât sa volonté par le vœu d'une Convention nationale, formée de représentants investis par lui de pouvoirs illimités; il n'exigeait pas moins que les membres de cette convention fussent élus dans chaque département d'une manière uniforme, et suivant un mode régulier. Mais l'assemblée nationale ne pouvait restreindre les pouvoirs du peuple souverain , de qui seul elle tient ceux qu'elle exerce. Elle a dû se borner à le conjurer, au nom de la patrie, de suivre les règles simples qu'elle lui a tracées. Elle y a respecté les formes instituées pour les élections , parce que l'établissement de formes nouvelles, fussent-elles préférables en elles-mêmes, aurait été une source de lenteurs, et peut-être de divisions. Elle n'y a conservé aucune des conditions d'éligibilité, aucune des limites au droit d'élire, ou d'être élu, établies par les lois
antérieures , parce que ces lois, qui sont autant de restrictions à l'exercice du droit de souveraineté , ne sont pas applicables à une Convention nationale, où ce droit doit s'exercer avec une entière indépendance- La distinction entre les citoyens actifs n'y paraît point, parce qu'elle est aussi une restriction de la loi. Les seules conditions exigées sont celles que la nature même a prescrites, telles que la nécessité d'appartenir, par une habitation constante, au territoire où l'on exerce le droit de cité, d'avoir l'âge où l'on est censé, par les lois de la nation dont on fait partie, être en état d'exercer ses droits personnels; enfin , d'avoir conservé l'indépendance absolue de ses volontés.
Mais il faut du temps pour assembler de nouveaux représentants du peuple; et quoique l'assemblée nationale ait pressé les époques des opérations que cette convocation nécessite; quoiqu'elle ait accéléré le moment où elle doit cesser de porter le poids de la chose publique, de manière à éviter le plus léger soupçon de vues ambitieuses, le terme de quarante jours aurait encore exposé la patrie à de grands malheurs, et le peuple à des mouvements dangereux, si l'on eût laissé au roi l'exercice des pouvoirs que la constitution lui a conférés; et la suspension de ces pouvoirs a paru aux représentants du peuple, le seul moyen de sauver la France et la liberté.
En prononçant celte suspension nécessaire, l'assemblée n'a point excédé ses pouvoirs. La constitution l'autorise à la prononcer dans le cas d'absence du roi, lorsque le terme où cette absence entraine X. 36
une abdication légale n'est pas encore arrivé, c'està-dire, dans le cas où il n'y a pas lieu encore à une résolution définitive, mais où une rigueur provisoire est évidemment nécessaire, où il serait absurde de laisser le pouvoir entre des mains qui ne peuvent plus en faire un usage libre et utile. Or, ici ces conditions se réunissent avec la même évidence que dans le cas prévu par la constitution même ; et en nous conduisant d'après les principes qu'elle a tracés, nous lui avons obéi , bien loin d'y avoir porté une atteinte contraire à nos serments.
La constitution a prévu que toute cumulation de pouvoirs était dangereuse, et pouvait changer en tyrans du peuple ceux qui ne doivent en être que les représentants; mais elle a jugé aussi que ce danger supposait un long exercice de cette puissance extraordinaire; et le terme de deux mois est celui qu'elle a fixé pour tous les cas où elle permet cette réunion, que d'ailleurs elle a si sévèrement proscrite.
L'assemblée nationale, loin de prolonger cette durée, l'a réduite à quarante jours seulement; et loin d'excéder le terme fixé par la loi , en s'appuyant sur l'excuse de la nécessité, elle a voulu se réduire dans des limites encore plus étroites.
Lorsque le pouvoir de sanctionner les lois est suspendu , la constitution a prononcé que les décrets du corps législatif en auraient par eux-mêmes le caractère et l'autorité : et puisque celui à qui la constitution avait attribué le choix des ministres ne pouvait plus exercer ses fonctions, il fallait qu'une
loi nouvelle remit ce choix en d'autres mains. L'assemblée s'en est attribué le droit à elle-même, parce que ce droit ne peut être donné qu'à des électeurs qui appartiennent à la nation entière, et qu'eux seuls, en ce moment, ont ce caractère. xMais elle n'a pas voulu que l'on pût même la soupçonner d'avoir cherché, en se conférant ce pouvoir, à servir des vues ambitieuses et personnelles : elle a décrété que l'élection se ferait à haute voix, que chacun de ses membres prononcerait son chois devant la représentation nationale , devant les citoyens nombreux qui assistent à ses séances; elle a voulu que chacun de ses membres eût pour juges ses collègues, le public pour témoin , et qu'il répondît de son choix à la nation entière.
Français, réunissons toutes nos forces contre la tyrannie étrangère, qui ose menacer de sa vengeance vingt-six millions d'hommes libres ! Dans six semaines, un pouvoir que tout citoyen reconnaît prononcera sur nos divisions : malheur à celui qui, écoutant, pendant ce court espace, des sentiments personnels, ne se dévouerait pas tout entier à la défense commune, qui ne venait pas qu'au moment où la volonté souveraine du peuple va se faire entendre, nous n'avons plus pour ennemis que les conspirateurs de Pilnitz et leurs complices!
C'est au milieu d'une guerre étrangère, c'est au moment où des armées nombreuses se préparent à une invasion formidable, que nous appelons les citoyens à discuter, dans une paisible assemblée, les droits de la liberté. Ce qui eût été téméraire chez
3i')\ EXPOSITION DIS iMOTIFS, ETC.
un autre peuple, ne nous a point paru au-dessus du courage et du patriotisme des Français; et sans doute nous n'aurons pas la douleur de nous être trompés, en vous jugeant dignes d'oublier tout autre intérêt pour celui de la liberté, de sacrifier tout autre sentiment à l'amour de la patrie.
Citoyens, c'est à vous à juger si vos représentants ont exercé, pour votre bonheur, les pouvoirs que vous leur avez confiés, s'ils ont rempli votre vœu, en faisant de ces pouvoirs un usage qu'eux , ni vous n'aviez pu prévoir. Pour nous, nous avons rempli notre devoir en saisissant avec courage le seul moyen de conserver la liberté, qui se soit offert à notre pensée. Prêts à mourir pour elle au poste où vous nous avez placés, nous emporterons du moins, en le quittant, la consolation de l'avoir bien servie.
Quelque jugement que nos contemporains ou la postérité puissent porter de nous, nous n'aurons pas à craindre celui de notre conscience; à quelque danger que nous soyons exposés, il nous restera le bonheur d'avoir épargné les flots de sang français, qu'une conduite plus faible aurait fait couler; nous échapperons du moins aux remords, et nous n'aurons pas à nous reprocher d'avoir vu un moyen de sauver la patrie, et de n'avoir osé l'embrasser.
ADRESSE
DE
IMPRIMÉE PAR SON ORDRE, ENVOYÉE AUX QCATRE-V1NGT TROIS DÉPARTEMENTS ET A L'ARMÉE.
Collationné sur un exemplaire de l'imprimerie nationale, conservé aux archives du rovaume.
ADRESSE
rt
DE