CLERGE
Sur les biens ci-devant possédés par le clergé (2).
Cet usage était moins un abus que le faible correctif d'un abus très -important. Le prince devrait sans doute réunir à son domaine et employer au service public les biens possédés par le clergé , en payant aux seuls ecclésiastiques utiles, même suivant les principes de la religion, c'est-à-dire, aux évêques et aux curés, des appointements réglés par
(1) Voltaire, tome XIX, p. 206.
(2) Voltaire, tome XIX, p. 61.
l'État, comme ceux de toutes les autres fonctions publiques , ou bien en laissant à la piété des fidèles le soin de pourvoir à leurs besoins, comme dans les premiers siècles de l'Eglise : mais tant que ce nouvel ordre ne sera point établi, n'est-il pas évident qu'il est plus raisonnable d'employer une abbaye à doter une fdle ou à lever un régiment, qu'à enricbir un prêtre, un moine ou une religieuse?
N'est -il pas étrange que la construction des églises et des presbytères, l'entretien des moines mendiants, les appointements des aumôniers des troupes et des vaisseaux, soient à la charge des peuples; qu'un clergé d'une richesse immense ait recours, pour bâtir des églises, à la l'cssource honteuse des loteries; qu'il se fasse payer de toutes les fonctions qu'il exerce; qu'il vende pour douze ou quinze sous, à qui veut les acheter, les mérites infinis du corps et du sang de Jésus-Christ?
Une partie des biens de l'Église a été destinée par les donateurs au soulagement des pauvres ; y auraitil une meilleure manière de les soulager, que de vendre ces biens pour payer les dettes de l'État, et pouvoir abolir des impôts onéreux?
Une autre paitie a été donnée dans des vues d'instruction publique; pourquoi donc ne doterait-on pas avec des abbayes, des établissements nécessaires pour l'éducation? Pourquoi n'en donnerait-on pas aux académies, aux collèges de droit et de médecine? Pourquoi ne récompenserait-on pas avec une abbaye, l'auteur d'un livre utile, d'une découveite importante, sans l'assujeltii- à la ridicule obligation de
porter l'iiabit d'un état dont il ne fait aucune fonction , ou de se faire sous-diacre dans l'espérance d'avoir part aux grâces ecclésiastiques, ce qui est une véritable simonie?