‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 116 sur 183 · ESPECES · texte numérisé non relu

ESPECES

Sur leur mélange (i ).

Tout ce qu'on appelle liomme doit être regardé comme de la même espèce, parce que toutes ces variétés produisent ensemble des métis, qui généralement sont féconds : tous apprennent à parler, et marchent naturellement sur deux pieds.

La différence entre l'homme et le singe est plus grande que celle du cheval à l'âne , mais plus petite que celle du cheval au taureau. Il pourrait donc exister des métis sortis du mélange de l'homme et du singe; et comme les mulets, quoique inféconds en général, produisent cependant quelquefois, le hasard aurait pu faire naitre et conserver une de ces espèces mitoyennes. Mais, dans l'état sauvage, les mélanges d'espèces sont si rares, et dans l'état civilisé ceux de ce genre seraient si odieux, et on serait obligé d'en cacher les suites avec tant de soin , que l'existence d'une de ces espèces nouvelles restera probablement toujours au rang des possibles.

On ne peut révo(juer en doute qu'il n'existe des hommes très-blancs ayant la foime du visage, les cheveux des nègres; mais on ne sait pas avec certitude si c'est une monstruosité dans l'espèce des

(i) Voltaiie , tome XVIII , p. aSS.

4o4 NOTES

nègres, ou dans celle des mulâtres; si c'est, au contraire, une race particulière; si les qualités qui les distinguent des auties hommes se perpétueraient dans leurs enfants, etc. Ces questions et beaucoup d'autres de ce genre resteront indécises tant que les voyageurs conserveront l'habitude d'écrire des contes, et les philosophes celle de faire des systèmes.

Quant à la question , si la nature n'a formé qu'une paire de chiens ancêtres communs des barbets et des lévriers , ou bien un seul homme ou une seule femme d'où descendent les Lapons, les Caraïbes, les Nègres et les Français, ou même une paire de chaque genre dont les dégénérations auraient produit toutes les autres espèces, on sent qu'elle est insoluble pour nous, qu'elle le sera longtemps encore, mais qu'elle n'esl pas cependant hors de la portée de l'esprit humain.

ÉTAT (i).

La véritable richesse d'un État consiste dans la quantité des productions du sol qui reste au delà de ce qui doit être employé à payer les frais de leur culture. L'industrie contribue à augmenter la richesse. Dans un peuple sans industrie, chacun ne cultiverait que pour avoir le nécessaire physique, et la culture serait languissante. Mais, quelle que soit

(i) Voltaire, tome XXI, p. aSo.

l'industrie, si les dépenses du prince l'obligent à mettre des impôts qui réduisent le cultivateur au nécessaire, l'industrie de la nation cesse de contribuer à augmenter la richesse, et ne tarde pas à diminuer avec elle. Par la même raison , si le luxe empêche d'employer à soutenir ou à augmenter la culture une partie des sommes qui y seraient consacrées, il peut nuire à la richesse, quoiqu'il paraisse favoriser l'industrie.

Page 1