LUTHER
Luther eut plutôt un caractère violent qu'un caractère dur. Il fut emporté dans sa conduite, dans ses écrits, dans ses discours; mais on ne lui leproche
(i) Voltaire, tome XXXI, p. 87.
(2) Voltaire, tome XVIIT, p. 188.
aucune action cruelle. On assure que, malgré la fureur théologique qui règne clans ses ouvrages, il était un bon homme clans son intérieur, d'un carac- \ tère franc, d'une société paisible : sa liaine pour les sacramentaires se bornait à les chasser des universités et du ministère, et c'est bien peu de chose pour le siècle où il a vécu.
LUXE (i).
Si l'on entend par luxe tout ce qui est au delà du nécessaire, le luxe est une suite naturelle des progrès de l'espèce humaine; et, pour raisonner conséquemment , tout ennemi du luxe doit croiie avec Rousseau que l'état de bonheur et de vertu pour l'homme est celui , non de sauvage , mais d'orangoutang. On sent qu'il serait absurde de regarder comme un mal des commodités dont tous les hommes jouiraient : aussi ne donne-t-on, en général, le nom de luxe qu'aux superfluités, dont un petit nombre d'individus seulement peuvent jouir. Dans ce sens, le luxe est une suite nécessaire de la propriété, sans laquelle aucune société ne peut subsister, et d'une grande inégalité entre les fortunes , cjui est la conséquence, non du droit de propriété, mais des mauvaises lois. Ce sont donc les mauvaises lois qui font naître le luxe, et ce sont les bonnes lois qui peuvent le détruire. Les moralistes doivent adressei-
(i) "Voltairp, tome XLI , p. 5o6.
48o NOTES
leurs sermons aux législateurs, et non aux particuliers, parce qu'il est dans l'ordre des choses possibles qu'un homme vertueux et éclairé ait le pouvoir de faire des lois raisonnables, et qu'il n'est pas dans la nature humaine que tous les riches d'un pays renoncent par vertu à se procurer à prix d'argent des jouissances de plaisir ou de vanité.