MANILLE
Sur la prise de Manille , capitale des iles Philippines (3i octobre
L'archevêque de Manille était gouverneur de la place ; mais il ne se conduisit point comme l'archevêque Gostin, qui défendit Paris contre les Normands, Il resta dans son palais. En vain quelques officiers français qui étaient dans la ville lui annoncèrent-ils que la brèche était praticable; les conseillers lui soutinrent qu'il ne fallait pas que sa seigneurie s'exposât à l'aller visiter; qu'ils savaient bien qu'elle ne l'était pas. On délibérait encore, que l'assaut était donné et la ville prise. Elle fut pillée pendant quarante heures, et rançonnée ensuite. 11 y avait alors à Manille une illuminée, nommée la mère Paul ; elle assurait que les Anglais n'étaient venus que pour se convertir. Les moines annonçaient que saint François paraîtrait sur la brèche , et mettrait les Anglais en fuite avec son cordon. Personne, à Manille, ne doutait que cette ville n'eût été sauvée par lui; lorsque les Chinois tentèrent de s'en emparer, en i6o3, on l'avait vu sur les murailles combattre à la tête des Espagnols. Les Anglais firent leurs approches, et établirent leurs batteries, couverts par deux églises qui étaient hors de la ville. Le gouverneur Arandia , prédécesseur de l'archevêque, avait voulu faire abattre ces églises, sachant bien le
(i) Voltaire, tome XXII , p. 3i6.
tort qu'elles feraient à la ville, en cas de siège. Les moines menacèrent de l'excommunier; mais sa mort les délivra bientôl d'un gouverneur qui préférait le salut de la colonie à l'amitié des moines; et cette mort fut regardée généralement , à Manille , comme l'effet du poison. ( Voyez le Voyage dans les mers des Indes, tome II, par M. Le Gentil.)
M4TIÈRE PREMIÈRE (i).
Si la question d'une matière première n'est pas insoluble pour l'espèce humaine, elle l'est certaiment pour les philosophes de notre siècle. Les chimistes sont obligés de reconnaître dans les corps un très-grand nombre d'éléments, les uns simples et inaltérables dans nos expériences, les autres composés et destructibles, mais dont les principes sont encore peu connus. C'est à bien reconnaître les principes simples, à analyser les principes composés, à tâcher de réduire les premiers à un moindre nombre, à chercher à deviner le secret de la combinaison des autres, dont la nature s'est réservé jusqu'ici les moyens, que s'applique surtout la chimie théorique, depuis que cette science s'est soumise, comme les autres, à la marche analytique; mais il y a loin de ce que nous savons à la connaissance d'une matière première, ou même d'un petit nombre de principes primitifs simples et invariables.
(i) Voltaire, tome XXIX , p. 7 ' •