‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 41 sur 183 · POLITIQUE ET LÉGISLATION · texte numérisé non relu

POLITIQUE ET LÉGISLATION

Paimi le grand nombre des hommes de lettres d'un mérite supérieur cjui ont illustré le siècle de Louis XI V, il n'en est aucun qui se soit occupé de législation, d'économie politique, de jurisprudence, etc. Fénelon a envisagé ces objets en moraliste plutôt qu'en politique : Boisguiîberl, qui parmi ses erreurs a répandu dans ses ouvrages plusieurs vérités utiles et nouvelles, n'était qu'un écrivain obscur, inconnu aux gens de lettres de la capitale : l'abbé de Saint- Pierre n'était regardé que comme un bon homme avec d'excellentes intentions; il inondait le public de projets aussi mal écrits qu'impraticables , et l'on ne faisait grâce à ses opinions politiques qu'en laveur de la liberté de ses idées sur la religion. Il n'y a point cependant d'objets plus dignes d'occuper les hommes, et sur lesquels il soit plus utile d'éclairer le peuple.

Lorsque X Esprit des Z.o/> parut, en 1760, les ouvrages de Melon, de Dutot, et surtout celui de Cantillon sur le commerce, enfin, queUjues-uns des éciits de l'abbé de Saint-Pierre, étaient les seuls livres français, sur les sciences politiques, qui fussent entre les mains des gens de lettres.

M. de Voltaire ne partageait point, même dans sa

jeunesse, leur indifférence sur ces grands objets.

Comme il s'était instruit sur la pljysic(ue avec (Jra-

vesande et iNewton , sur la métapii)si(|uc; avec

Locke, Clarke et Collins, il étudia en ÂngleleiKî les

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écrivains politiques que celle nalion avait déjà produits.

Ces sciences ont fait en France de grands progrès pendant sa vie, et surtout à l'époque où il lui eût été difficile de se livrer à de nouvelles études. Mais si on ne trouve pas ici sur les questions de l'économie politique la même exactitude, la même profondeur que dans plusieurs ouvrages modernes, on y trouvera toujours des idées saines et modérées sur les principe de la constitution des États, des vues pleines d'humanité et de sagesse sur la législation criminelle, un grand respect pour les droits des hommes, un zèle pur pour la gloire et la prospérité de la France.

Ce même recueil renferme plusieurs mémoires sur des affaires particulières. Depuis l'instant où, après deux ans de soins non interrompus, M. de Voltaire obtint justice pour la famille de l'innocent et malheureux Calas, il regarda comme une véritable obligation le soin de prendre la défense de tous les infortunés qu'il croyait les victimes de la prévention des juges et des erreurs de la loi. Il employait poui eux la force de sa raison , les charmes de son éloquence, et toute l'autorité de sa gloire et de son génie : il osait croiie que la voix de l'auteur de la Heniiade et à'Àlzirc pourrait se faire entendre auprès du trône ou dans le sanctuaire des lois, et y porter les gémissements de l'homme obscur ou opprimé.

On trouvera dans celte partie des observations sur VEspril. des Lois. Peut-être est-il singulier (|ue plus d'un siècle après que Descartes nous a instruits

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