‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 49 sur 183 · TRAITÉ SUR LA TOLERANCE, ETC · texte numérisé non relu

TRAITÉ SUR LA TOLERANCE, ETC

fessent, doivent désirer la tolérance; d'abord , pour avoir le droit d'être tolérés eux-mêmes dans les pays où leur religion ne domine pas ; ensuite pour que leur religion puisse subjuguer tous les esprits. Toutes les fois que les hommes ont la liberté de discuter, la vérité finit par triompher seule. Voyez comme depuis le peu de temps 011 il a été permis de parler raison sur la magie , celte erreur si générale et si ancienne a disparu presque absolument. Croyez-vous donc qu'il faille des bourreaux et des assassins poui- dégoûter les hommes de croire au dieu Fo , a Sainnionocodoui , etc. ?

Tandis que la nature, la raison, la politique, la vraie piété prêchent la tolérance, quelques hommes voudraient bien persécuter : et si les gouvernements plus éclairés, plus humains, ne leur immolent plus de victimes, on leur abandonne les livres; on défend, sous des peines graves, d'écrire avec liberté. Qu'en arrive-t-il? On porte dans les livres clandestins la liberté jusqu'à la licence ; et si l'on avance , dans ces livres, des principes dangereux, aucun homme qui a de la morale ou de l'honneur ne veut les réfuter, pour peu que le nom de l'auteur soit soupçonné , et que sa personne puisse être compromise. Cette persécution sert donc seulement à ne laisser pour défenseurs à la cause de ceux qui les suscitent , cpie des honmies méprisés.

rj'autres foisdes corps très-respectablesdemandent hautement qu'on empêche de laisser entrer dans un royaume les livres où l'on combat leurs opinions. Ils ignorent a])])arenunent que ces deux phrases : Je vous

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prie d'employer votre crédit pour empêcher mon adversaire de combattre mes raisons, ou bien. Je ne crois pas aux opinions que je professe, sont rigoureusement synonymes.

Que dirait-on d'un homme qui ne voudrait pas que son juge entendit les raisons de chaque partie? Or, de quelque religion que vous soyez prêtres, quand il s'agit de vérité, vous n'êtes que parties. La raison , la conscience de chaque homme est votre juge. Quel droit auriez-vous de l'empêcher de s'instruire? quel droit auiiez-vousde l'empêcher d'instruire ses semblables? Si notre croyance est susceptible de preuves, pourquoi craignez-vous qu'on l'examine? Si elle ne l'est pas, si une grâce particulière d'un Dieu peut seule la persuader, pourquoi voulez-vous joindre une tyrannie humaine à cette force bienfaisante?

11 existe en France un livre qui contient l'objection la plus terrible qu'on puisse faire contre la religion : c'est le tableau des revenus du clergé; tableau trop bien connu, quoique lesévêques aient refusé au roi de lui en donner un exemplaire. C'est là une de ces objections qui frappent le peuple comme le philosophe, et à laquelle il n'y a qu'une réponse : rendre à l'Elat ce que le clergé en a reçu , et rétablir la religion , en vivant comme on prétend qu'ont vécu ceux qui l'ont établie. Écouteriez-vous un professeur de physique qui serait payé pour enseigner un système, et qui perdrait sa fortune s'il en enseignait un autre? Écouteriez-vous un homme qui prêche l'humilité en se faisant appeler monseigneur, et la pauvreté volontaire ei2 accunuilant les bénéfices?

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