‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 52 sur 183 · ET LE CRI DU SANG INNOCENT · texte numérisé non relu

ET LE CRI DU SANG INNOCENT

Nous nous permettrons quelques réflexions sur l'horrible événement d'Abbeville , qui, sans les courageuses réclamations de M. de Voltaire et de quelques hommes de lettres, eût couvert d'opprobre la nation française aux yeux de tous ceux des peuples de l'Europe qui ont secoué le joug des superstitions monacales.

H n'existe point en France de loi qui prononce la peine de mort contre aucune des actions imputées au chevalier de la Barre.

L'édil de Louis XIV contre les blasphémateurs ne décerne la peine d'avoir la langue coupée qu'après un nombre de récidives qui est presque moralement impossible; il ajoute que, quant aux blasphèmes

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énormes qui, selon la théologie, appcutiennent au genre de l'infidélité , les juges poiii roiit punir même de mort.

1° Cette peimission de tuer un homme n'en donne pas le droit, et un juge qui, autorisé par la loi à punir d'une moindre peine, prononce la peine de mort, est un assassin et un barbare.

2° C'est un principe de toutes les législations , qu'un délit doit être constaté : or, il n'est point constaté au procès qu'aucun des prétendus blasphèmes du chevalier de la Barre appartienne, suivant la théologie, au genre de Cinfulélité. I! fallait une décision de la Sorbonne, puisqu'il est question dans l'édit de j)rononcer suivant la théologie , comme il faut un procès-verbal de médecins dans les circonstances où il faut piononcer suivant la médecine.

Quant au bris d'images , en supposant que le chevalier de la Barre en fût convaincu, il ne devait pas être puni de mort. Une seule loi prononce celte peine : c'est un édit de pacification donné par le chancelier de l'Hospital, sous Charles IX, et révoqué bientôt après. En jugeant de l'esprit de cette loi par les circonstances où elle a été faite, par l'esprit qui l'a dictée, par les intentions bien connues du magistral humain et éclairé qui l'a lédigée, on voit que son unique but était de prévenir les querelles sanglantes que le zèle inq)rudent de quelque protestant aurait pu allumer entre son j)aiii et celui des partisans de l'église romaine. La duiée de cette loi devaitelle s'étendre au delà des troubles qui pouvaient en excuseï la dureté et Tinjustice ? C'est à peu près

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