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confuses, selon l'oidre que ces êtres occupent dans l'univers. L'âme de Newton , l'élément d'un bloc de marbre, sont des substances de la même nature; l'une a des idées sublimes, l'autre n'en a que de confuses.
Cet élément , placé dans un autre lieu par la suite des temps, peut devenir une âme raisonnable. Ce n'est point en vertu de sa nature que l'âme agit sur les monades qui composent le corps, et celles-ci sur l'âme; mais, en vertu des lois éternelles, l'âme doit avoir certaines idées, les monades du corps, certains mouvements. Ces deux suites de pbénomènes peuvent être indépendantes l'une de l'autre : elles le sont donc, puisqu'une dépendance réelle est inutile à l'ordre de l'univers.
Ces idées sont grandes et vastes; on ne peut qu'admirer le génie qui en a conçu l'ordre et l'ensemble; mais il faut avouer qu'elles sont dénuées de preuves, que nous ne connaissons rien dans la nature, sinon la suite des faits qu'elle nous présente; et ces faits sont en trop petit nombre pour que nous puissions deviner le système général de l'Univers. Du moment où nous sortons de nos idées abstraites et des vérités de définition, pour examiner le tableau que présente la succession de nos idées, ce qui est pour nous l'univers, nous pouvons y trouver, avec plus ou moins de probabilité, un ordre constant dans chaque paitie, mais nous ne pouvons en saisir l'ensemble; et jamais, quelques progrès que nous fassions, nous ne le connaîtrons tout entier.
Leibnitz fut encore un publiciste profond, ini
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savant jurisconsulte, un émdit du premier ordre. 11 embrassa tout dans les sciences historiques, politiques, comme dans la métaphysique et dans les sciences naturelles; partout il porte le même esprit, s'attachant à chercher des vérités générales, soumettant à un ordre systématique les objets les plus dépendants de l'opinion , et qui semblent s'y refuser le plus.
Malebranche ne fut qu'un disciple de Descartes , supérieur à son maître, lorsqu'il explique les erreurs des sens et de l'imagination , modèle plus parfait d'un style noble, simple, animé par le seul amour de la vérité, sans d'autres ornements que la grandeur ou la finesse des idées. Ce style, la seule éloquence qui convienne aux sciences, à des ouvrages faits pour éclairer les hommes, et non pour amuser la multitude, était celui de Bacon, de Descartes, de Leibnitz. Mais Malebranche, écrivant dans sa langue naturelle, et lorsque la langue et le goût étaient perfectionnés, peut seul, parmi les écrivains du siècle dernier, être regardé comme un modèle : c'est là aujourd'hui presque tout son mérite, et la France, plus éclairée, ne le place plus à côté de Descartes, de Leibnitz et de Newton.
Après ces grands hommes, on admirait Kepler, qui découvrit les lois du mouvement des planètes ; Galilée, qui calcula les lois de la chute des corps el celles de leur mouvement dans la parabole, perfectionna les lunettes, découvrit les satellites de Jupiter et les phases de Vénus, établit le véritable svslème des corps célestes sur des fondements inébranla-
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l)les, et fut persécuté par des théologiens ignorants, et par les jésuites, qui ne lui pardonnaient pas d'être un meilleur astronome que les professeurs du grand Jésus; Huyghens, enfin, à qui l'on doit la théorie des forces centrales, qui conduisit à la méthode de calculer le mouvement dans les courbes; la découverte des centres d'oscillation , la théorie de l'ait de mesurer le temps, la découverte de l'anneau de Saturne, et celle des lois du choc des corps. Il fut l'homme de son siècle qui, par la force et le genre de son génie, approcha le plus près de Newton, dont il a été le précurseur.
M. de Voltaire rend ici justice à tous ces hommes illustres; il respecte le génie de Descartes et de Leibnitz, le bien que Descartes a fait aux hommes, le service qu'il a rendu en déhvrant fesprit humain du joug de l'autorité, comme Newton et Locke le «Guérirent de la manie des systèmes; mais il se permit d'attaquer Descartes et Leibnitz, et il y avait du coura^^e, dans un temps où la France était cartésienne, où les idées de Leibnitz régnaient en Allemagne et
dans le Nord.
On doit regarder cet ouvrage comme un exposé des principales découvertes de Newton , très-clair et très-su ftisant pour ceux qui ne veulent pas suivre des démonstrations et des détails d'expéiiences.
Lorsqu'il parut, il était utile aux savants mêmes; il n'existait encore nulle part un tableau aussi précis de ces découvertes importantes; la plupart des phvsiciens les combattaient sans les connaître. M. de Voltaire a contribué, peut-être plus que persoiuie ,
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à la chute du cartésianisme dans les écoles , en rendant populaires les vérités nouvelles ((ui avaient détruit les erreurs de Descartes : et quand l'auteur ai Alzire daignait faire un livre élémentaire de physique, il avait droit à la reconnaissance de son pavs, qu'il éclairait, à celle des savants, qui ne devaient voir dans cet ouvrage qu'un hommage rendu aux sciences et à leur utilité par le premier homme de la littérature.
La réponse à quelques objections faites contre l'ouvrage précédent, prouve combien alors la philosophie de Newton était peu connue, et par conséquent combien l'entreprise de M. de Voltaire était utile. Nous remarquerons que, dans la vieillesse de M. de Voltaire , et après sa mort , on a répété les mêmes objections; tant il est vrai qu'il n'avait plus alors pour ennemis que des hommes bien au-dessous de leur siècle !
La Dissertation sur la nature et la prvpa^atiofi du feu, concourut pour le prix de l'Académie des sciences en 1740.
Trois pièces furent couronnées : l'une était de M. Léonard Euler, célèbre dès lors comme l'un des plus grands géomètres de l'Europe. Il établit que le feu est un fluide très- élastique contenu dans les corps. Le mouvement ou l'action de ce fluide rompt les obstacles qui, dans les corps, s'opposent à son explosion, et ils brûlent. Si ce mouvement ne fait qu'agiter les parties de ces corps, sans développer le feu (ju'ils contiennent, ces corps s'échauffent, mais ils ne brûlent pas.
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M. Euler joignit à sa pièce la formule de la vitesse du son que Newton avait cherchée en vain ; et cette addition étrangère, mais fort supérieure à l'ouvrage même, paraît avoir décidé les juges du prix.
Les deux autres pièces , l'une du jésuite Lozérande-de-Fiesc , et l'autre de M. le comte de Crécjui- Canaples, sont d'un genre difféient : l'un explique tout par les petits tourbillons de Malehranche; l'autre, par deux cornants contraires d'un fluide éthéré. L'honneur que reçurent ces pièces prouve combien la véritable physique, celle qui s'occupe des faits, et non des hypothèses, celle qui cherche des vérités, et non des systèmes, était alors peu connue, même dans l'Académie des sciences. Un reste de cartésianisme, qu'on trouvait dans un ouvrage, paraissait presque un mérite qu'il fallait encourager. Cette sagesse , avec laquelle Newton s'était contenté de donner une loi générale qu'il avait découverte sans chercher la cause première de cette loi, que, ni l'étude des phénomènes, ni le calcul, ne pouvaient lui révéler; cette sagesse ramenait, disait-on, dans la physique, les qualités occultes des anciens, comme s'il n'était pas plus philosophique d'ignorer la cause d'un fait que de créer, pour l'expliquer, des tourbillons, des courants et des fluides.
Les pièces de madame du Châtelet et de M. de Voltaire sont les seules où l'on trouve des recherches de physique, et des faits précis et bien discutés. Les juges des prix , en leur accordant cet éloge, déclarèrent (|u'ils ne pouvaient approuver l'idée (|u'on y donnait de la nature du feu; déclaration
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qu'ils auraient dû faire avec encore plus de raison pour deux au moins des ouvrages couronnés. L'Académie, à la demande des deux auteurs , fit imprimer ces pièces dans le recueil des prix, à la suite de celles qui avaient partagé ses suffrages.
On doit remarquer surtout , dans l'ouvrage de madame du Cliâtelet, l'idée que la lumière et la chaleur ont pour cause un même élément, lumineux lorsqu'il se meut en ligne droite, écliauffant quand ses paiticules ont un mouvement irrégulier : il échauffe sans éclairei-, lorsqu'un trop petit nomhre de ses rayons part de chaque point en ligne droite, pour donner la sensation de lumière -, il luit sans échauffer, lorsque les rayons en ligne droite, en assez grand nomhre pour donner la sensation de lumière, ne sont pas assez nomhreux pour produire celle de chaleur. C'est ainsi que l'air produit du son ou du vent , suivant la nature du mouvement qui lui est imprimé.
On trouve aussi dans la même pièce l'opinion ([ue les rayons différemment colorés ne donnent pas un égal degré de chaleur : madame du Cliâtelet annonce ce phénomène, que M. l'abhé Rochon a prouvé depuis par des expériences suivies.
Madame du Cliâtelet admettait enfin l'existence d'un feu central ; opinion susceptible d'être prouvée par des observations et des expériences, mais que, dans ces dernieis temps, un assez grand nombre de physiciens ont mieux aimé admettre qu'examiner, parce qu'il est très-commode, quand on fait un système, d'avoir une si grande masse de chaleur à sa disposition.
La pièce de M. de Voltaire est la seule qui contienne quelques expériences nouvelles; il y règne cette philosophie modeste, qui craint d'affirmer quelque chose au delà de ce qu'apprennent les sens et le calcul; les erreurs sont celles de la physique du temps où elle a été écrite; et, s'il nous était permis d'avoir une opinion, nous oserions dire que si l'on met à part la formule de la vitesse du son, qui fait le principal mérite de la dissertation de M. Euler, l'ouvrage de M. de Voltaire devait l'emporter sur ses concurrents, et que le plus grand défaut de sa pièce fut de n'avoir pas assez respecté le cartésianisme et la méthode d'expliquer qui était alors encore à la mode parmi ses juges.
La Dissertation sur les forces vives fut présentée à l'Académie des sciences en 174^ : cette compagnie en fît l'éloge dans son histoire; elle n'était pas alors dans l'usage de faire imprimer les ouvrages qui lui étaient présentés par d'auties que par ses membres.
M. de Voltaire y soutient l'opinion générale des Français et des Anglais contre celle des savants de l'Allemagne et du Nord. On commençait à se douter alors que cette mesure des forces, qui partageait tous les savants de l'Europe, était non une question de géométrie ou de mécanique , mais une dispute de métaphysique, et presque une dispute de mots.
M. D'Alembeit est le premier qui l'ait dit hautement; des philosophes l'avaient soupçonné; mais pour se faiie écoutei- des combattants, il fallait un philosophe qui fût en môme temps un grand géomètre.
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Madame du Cliâtelet était en France à la tête des Leibnitziens; l'amitié n'empêcha point M. de Voltaire de combattre publiquement son opinion; et cette opposition n'altéra point leur amitié.
L'ouvrage qui suit est un extrait ou plutôt une critique des institutions physiques de cette femme célèbre : c'est un modèle de la manière dont on doit combattre les ouvrages de ceux que l'on estime: les opinions y sont attaquées sans ménagement; mais l'auteur qui les soutient y est respecté. Il serait difficile que l'amour-piopre le plus délicat fut blessé d'une pareille critique.
L'extrait de la pièce sur le feu est plus un éloge qu'une critique. Les opinions de madame duChâtelet s'éloignaient moins de celles de M. de Voltaire.
La Dissertation sur les changements arrivés dans le globe parut sans nom d'auteur, et l'on ignora longtemps qu'elle fût de M. de Voltaire. M. de Buffon ne le savait pas , loisqu'il en parla dans le premier volume de V Histoire naturelle avec peu de ménagement. M de Voltaire, que les injures des naturalistes ne ramenèrent point , persista dans son opinion. Au reste, il ne ftuit pas croire que les vérités d'histoire naturelle, que M. de Voltaire a combattues dans cet ouvrage, fussent aussi bien prouvées dans le temps où il s'occupait de ces objets, qu'elles l'ont été de nos jours.
On donnait gravement les coquilles fossiles pour des preuves, des médailles du déluge de Noé; ceux qui étaient moins théologiens les faisaient servir de base à des systèmes dénués de probabilité, contre-
dits pai' les faits, ou contraires aux lois de la uiécanique. Depuis et avant Thaïes, on a expliqué de mille façons différentes la formation d'un univers dont on connaît à peine une petite partie.
Bacon, Newton, Galilée, Boyle, qui nous ont guéris de la fureur des systèmes en physique, ne l'ont point diminuée en liistoiie naturelle. Les hommes renonceront difficilement au plaisir- de créer un monde. Il suffit d'avoir de l'imagination et une connaissance vague des phénomènes que l'on veut expliquer; on est dispensé de ces travaux minutieux et pénibles qu'exigent les obsei'vations; de ces longs calculs, de ces méditations profondes que demandent les recherches mathématiqires. On bannit ces restrictions, ces petits doutes qui importunent, qui gâtent la rondeur des phrases les mieux arrangées : et si le système réussit, si l'on en impose à la multitude, si l'on a le bonheur de n'être qu'oublié des hommes vraiment éclairés, on a pris encore un bon parti pour sa gloire. Newton survécut près de quarante ans à la publication du livre des principes; et Newton mourant ne comptait pas vingt disciples hor-s de l'Angleterre : il n'était pour le reste de l'Europe qu'un grand géomètre. Un système absurde, mais imposant, a presque autant de partisans que de lecteurs. Les gens oisifs aiment à croire, à saisir des résultats bien prononcés; le doute, les restrictions les fatiguent; l'étude les dégorîte. Quoi! il faudra plusieurs années d'un travail assidu pour se mettre en état de comprendre deux cents pages d'algèbre , (pii apprendront seulement comment l'axe de hi
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terre se meut dans les cieux; tandis qu'en cinquante pages bien commodes à lire, on peut savoir, sans la moindre peine, quand et comment la terre, les planètes, les comètes, etc., etc., ont été formées.
M. de Voltaire attaqua la manie des systèmes; et c'est un service important qu'il a rendu aux sciences. Cet esprit de système nuit à leurs progrès, en présentant à la jeunesse des routes fausses où elle s'égare, en enlevant aux vrais savants une partie de la gloire qui doit être réservée aux travaux utiles et solides. Prétendre qu'il a répandu le goût des sciences, c'est dire que la Princesse de Clèves et les Anecdotes de la cour de Philippe- A UL^uste ont encouragé l'étude de l'histoire; c'est confondre la connaissance des sciences avec l'habitude de prononcer des mots scientifiques, l'amour de la vérité avec la passion des fables, et le goût de l'instruction avec la vanité de paraître instruit. Cette manie des systèmes nuit enfin au progrès de la raison en général, qu'elle corrompt, en apprenant aux hommes à se contenter de mots, à prendre des hypothèses pour des découvertes, des phrases pour des preuves, et des rêves pour des
vérités.
Les ouvrages où M. de Voltaire s'éleva contre cette philosophie sont donc utiles, malgré quelques erreurs; car les erreurs particulières sont peu dangereuses, et ce sont seulement les fausses méthodes qui sont funestes.
^^4 PHILOSOPHIE GÉNl^RALE.