‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 82 sur 183 · AIR · texte numérisé non relu

AIR

M. de Voltaire est un des premiers qui aient annoncé que l'air, c'est-à-dire, le fluide expansible qui entoure la terre, n'est point un élément simple, mais un composé d'un grand nombre de substances dans l'état d'expansibilité. On a prouvé depuis que cet air contenait non-seulement une grande quantité d'eau, et d'autres substances dans l'état de dissolution, mais qu'il était encore le résultat du mélange <)\i de la combinaison d'un grand nombre de substances expansibles à tou^ les degrés de température connus.

(i) Voltaire, tome XL, p. a55.

(2) Voltaiie, loine XXXI, p. 280.

SUU VOLTAIRK. 3^9

(i) On a ignoré jusqu'à ces dernières années la cause de l'observation si ancienne, que la présence de l'air est nécessaire pour que les corps puissent brûler. C'est depuis peu qu'on a découvert qu'une espèce d'air, le seul dans lequel la vie des animaux se conserve, est aussi le seul dans lequel les corps puissent brûler; que dans la combustion il y a une grande quantité de cet air qui est absorbé et qui se combine , soit avec les parties fixes du corps inflammable, soit avec les parties volatiles; que le feu s'éteint du moment où cet air, en se combinant, cesse de favoriser le dégagement de la matière ignée ; qu'un courant d'air augmente le feu , parce qu'il facilite ce dégagement, en multipliant le nombre des parties de cet air qui touchent le corps embrasé; en sorte qu'en soufflant avec un courant de cet air, dans son état de pureté, on donne au feu une activité prodigieuse. Une masse d'air de l'atmosphère ne contient qu'environ un quart de cet air; la combustion , la respiration l'absorbent, d'autres opérations de la nature le restituent. Sans cet équilibre, les animaux terrestres cesseraient bientôt de vivre. Il se dégage en grande quantité du nitre par la destruction de l'acide nilreux dont il parait une des parties ; c'est à la production rapide de cet air, et à sa propriété de détonner, quand il est mêlé avec l'air inflammable, qu'il se dégage des corps qui brûlent , que l'on doit attribuei- les effets terribles de la i)oudre à canon, et en général de toutes les combinaisons send^lables.

ri) Vollaiic, lome XXXI, p. 'UG.

NOTKS

ÀLBliROM (le cardinal),

MINISTRE d'eSPAGNE (I).

C'est à ce ministre que l'Espagne doit la conseivalion du tribunal de l'inquisition, et de cette foule de prérogatives tyranniques ou séditieuses qui , soiis le nom d'immunités ecclésiastiques, ont changé en couvents et en déserts le pays de l'Europe le plus beau et le plus fertile, et ont rendu inutiles cette force d'âme et cette sagacité naturelle qui ont toujours formé le caractère et l'esprit de la nation espagnole.

Macanaz, fiscal du conseil de Castille, avait présenté un mémoire à Philippe V, sur la nécessité de diminuer les énormes abus de ces immunités ecclésiastiques. Le cardinal Guidice, grand-inquisiteur et ambassadeur en France, ayant une copie de ce mémoire, qu'un ministre lui avait confiée, trahit son prince et la remit à un inquisiteur. Le saint office rendit un décret contre le mémoire, et Guidice confirma ce décret par son approbation.

Cet excès d'insolence devait faire détruire l'inquisition et perdre Guidice. Qu'espérer pour un pays dans lequel un mémoire, présenté au souverain, peut être condamné et flétri par un tribunal, où les avis qu'un citoyen, qu'un ministre croit devoir donner au prince, sont poursuivis comme un crime?

(ij Voltaire, lonic XXII, p. 8.

SUR VOLTAIP.K. 33 I

Philippe V Jéfendit la publication du décrel. Âlois les inquisiteurs déclarent que leur conscience ne leur permet point d'obéir. Guidice offre de se démettre de sa place de grand-inquisiteur, ne pouvant, disait-il, concilier son respect pour le roi avec son devoir; mais il s'arrangea pour faire refuser sa démission par le pape,

Albéroni venait de conclure le mariage de Philippe V avec la princesse de Parme; il croit qu'il est de son intérêt de s'unir avec Guidice. Tous deux déterminent la nouvelle reine à chasser honteusement la princesse des Ursins; Orri, qui gouvernait sous elle, est renvoyé en France. Macanaz est forcé de s'enfuir, et le petit-fils de Henri IV soumet sa couronne au saint office. Ce fut sous ces aupicesqu'Albéroni entra dans le ministèie.

Le jésuite Robinet, confesseur du roi, n'avait pas désappiouvé Macanaz; il avait même dit à son pénitent que ce ministre n'avançait, dans son mémoire, que des principes avoués en France; qu'on pouvait les adopter sans blesser la conscience: il perdit sa place, et l'on vit disgracier un jésuite pour n'avoir pas été assez fanati(]ue.

Daubenton, plus digne d'être l'instrument d'Albéroni, fut appelé pour diiiger la conscience de Philippe V.

Le cardinal Guidice se crut maître de l'Espagne; mais Albéroni, qui avait apprécié son ambition et son inca])acilé, brisa bientôt un appui devenu inutile, et Guidice alla intriguer à lAome contre le loi d'Espagne, de (;ui il tenait sa fortune.

NOTFS

C'est ainsi que l'Espagne conserva l'inquisition;, et les abus ecclésiastiques que l'établissement d'une nouvelle race de souverains semblait devoir anéantir; et cette révolution , qui devait rendre ce royaume une des premières puissances de l'Europe , fut arrêtée par les intrigues de deux prêtres.

ÀLEMBERT (Jean le Rond d') (i).

C'est M. D'Alembert qui, le premier, a résolu, par une méthode certaine, le problème de la précession des équinoxes, c'est-à-dire qui a déterminé les mouvements que l'attraction du soleil et celle de la lune causent dans l'axe de la terre.

Mais, outre cette grande révolution qui cause la précession des équinoxes, l'axe de la terre a un autre mouvement qu'on nomme iiutation; ce mouvement, dont la révolution est la même, quanta la durée, que celle des nœuds de la lune, dépend principalement de l'attraction de cette planète. M. D'Alembert a employé ce phénomène observé par Bradley , et dont il a le piemier développé la cause, à déterminer avec plus de précision qu'on n'avait pu faire encore, la masse de la lune, c'est-à-dire, le rapport de sa force attractive avec celle du soleil. L'attraction du soleil et de la terre produit un mouvement dans l'axe de la lune, et ce mouvenient est la cause du phénomène appelé /ibnilion de la lune.

Ce phénomène se calcule par les mêmes principes,

(i) Voltaiic, loinc XXXI, |). ^a/,.

de manière que l'on doit à M. D'Alembert la découverte des lois des phénomènes célestes, causés par la figure des astres, comme on a dû à INewton celle des phénomènes causés par leurs forces attractives, supposées réunies à leur centre.

\MÉDEE (Victor) (i).

Victor-A.médée est le premier prince de l'Europe qui ait renoncé aux confesseurs jésuites, et ôté à ces pères les collèges de ses États. Voici à quelle occasion. Un jésuite qu'il avait pour confesseur étant tombé malade, Victor allait souvent le voir; peu de jours avant de mourir, le confesseur le pria de s'approcher de lui : Comblé de vos bontés, lui dit-il , />/ ne puis vous marquer ma recowiaissaiice queri vous donmint un dernier conseil, mais si important, que peut-être il suffit pour ni acquitter envers vous. N'ayez jamais de confesseur jésuite. Ne me denumdez point les motifs de ce conseil, il ne me serait pas permis de vous les dire. Victor le crut , et , depuis ce temps, il ne voulut plus confier aux jésuites ni sa conscience, ni l'éducation de ses sujets. Nous tenons ce fait d'un homme aussi véridique qu'éclairé, qui l'a entendu de la bouche même de Victor-Amédée.

(2) Victor-Amédée avait un fds aine qui, rempli de qualités aimables, en faisait espérer de brillantes.

(1) Voltaire, tome XXII, p. la.

(2) Voltaire, tome XXII, p. Sg.

334 NOTFS

Il mourut à dix-sept ans. Sa mort plongea son père dans un désespoir qui fil craindre pour sa vie. Cependant son courage triompha de sa douleur. 11 s'occupa de son second fils, que jusque-là il avait négligé et traité même avec dureté, parce que l'extérieur peu avantageux de ce prince l'humiliait, et que sa douceur et sa timidité naturelles, qualités trop opposées au caractère impétueux du roi Victor, lui paraissaient annoncer un défaut d'activité et de courage. Il donna cependant tous ses soins à l'instruction de ce fds , le seul qui lui restât; sans cesse il s'occupait à passer en revue ou à faire manœuvrer ses régiments, à lever le plan de toutes ses places; il lui fit apprendre tous les détails des manufactures établies dans ses États, lui développa tous ses projets de finance et de législation, les motifs de ce qu'il avait fait, le succès heureux ou malheureux de toutes ses tentatives pour lendre son pays florissant; et lorsqu'il le crut assez instruit, il le fit travailler avec lui dans toutes les affaires, n'en décidant aucune qu'après l'avoir discutée avec le prince Charles. Mais il continuait de le traiter avec la même dureté, ne lui laissant aucune liberté, pas même après son second mariage, celle de vivre à son gré avec sa femme. Vers la fin de 1729, Victor forma le projet d'abdiquer; il croyait son fils en état de gouverner: l'Europe était en paix. L'on pouvait espérer que cette paix durerait quelques années; et il ne voulait pas exposer son État à n'avoir pour chef, pendant la guerre qu'il prévoyait pour un temps plus éloigné, qu'un jeune prince encore sans expérience ou un vieillard

SUR VOLTAl(\E. 335

abattu par Page et parles infiiiuilés. 11 ne se trouvait plus ni la même activité pour le travail, ni la même netteté d'esprit; il sentait qu'il n'avait plus la force de dompter son humeur.

Il avait toujours mené une vie simple, se montiant supérieur à l'étiquette de la grandeur, comme au faste et à la mollesse. 11 imagina qu'il coulerait des jours tranquilles dans sa retraite avec la mar- (piise de Saint- Sébastien , dame d'honneur de la princesse de Piémont, qu'il prit la résolution d'épouser. Il n'avait jamais été son amant, et elle avait (|uaianle-cinq ans; mais, souvent trompé par des femmes, il avait des preuves de la vertu de madame de Saint-Sébastien , et avait pris insensiblement du goût pour elle dans de frécjuents tête-à-tête, où ils examinaient ensemble les plus secrets détails du ménage du prince , sur lesquels un violent désir d'avoir de la postérité donnait au loi Victor une curiosité singulière. Il ne mit point madame de Saint- Sébastien dans la confidence de son abdication, l'épousa en secret le 12 août 1730, et abdiqua le 3 seplembie, ne se réservant ([u'une pension de cin- (|uante mille écus.

Il recommanda à son fils le prince de Saint-Thomas, ancien ministre, sujet fidèle et bon citoven ; Kebender, général allemand, qu'il venait de faire maréchal; et le marquis d'Orméa, alors ambassadeur- à Kome. D'Orméa était un homme sans naissance, (pie Victor-Amédée, qui lui trouvait de l'adresse, avait tiré de la misère. Ce ministre lui avait rendu le service de terminer des différends avec la cour de

336 NOTF.S

Rome, qui avaient duré une grande partie de son règne, et d'obtenir d'elle un concordat plus favorable que Victor n'eût pu l'espérer. 11 ne savait pas que d'Orméa ayant prodigué l'argent au cardinal Coscia (Cuisse), qui gouvernait Benoît XIII, Coscia avait fait lire un concordat au pape, et lui en avait fait signer un autre. Le marquis d'Orméa rappelé de Rome, et placé dans le ministère, forma dès son arrivée le projet d'être le maître. Il craignait peu les autres ministres , qu'il parvint bientôt à rendre suspects ou inutiles; mais le roi Victor était un obslacle à son ambition ; on lui envoyait tous les jours un bulletin qui renfermait la note de tout ce que les différents bureaux avaient fait, et dans les affaires importantes, son fils paraissait ne décider que d'après lui.

L'hiver qui suivit son abdication , le roi Victor eut une attaque d'apoplexie dont il resta défiguré. Son fils n'alla point le voir, parce que lui-même s'y opposa; mais il lui écrivit pour l'engager à choisir sa retraite en Piémont, plus près de Turin et dans un climat plus doux. Le bulletin avait été interrompu pendant la maladie de Victor, et on ne lui en envoya plus après sa convalescence. D'Orméa prit sur lui de cesser cet usage, éluda les ordres du roi Charles f[ui voulait donner à son père cetle marque de respect, et finit par l'en dégoûter.

Le roi Victor fut irrité de ce procédé. Son fils se proposa de le voir à Chambéry, en allant aux eaux. Il lui envoya d'abord deux ministres lui rendre compte des affaires de leurs départements. Victor les

SUR VOLTAIRF. 33^

écouta, les remercia de leur attention pour lui, mais refusa de cioire qu'il dût leur confiance aux ordres de son fils; il le traita, lorsqu'il le vit, avec la même humeur et la même dureté qu'il lui avait prodiguées dans son enfance, et ne cacha au marquis d'Orméa et à Delborgo, autre ministre alors uni avec d'Orméa, ni son mépris, ni sa liaine, ni le désir qu'il avait de détromper son fils, et d'obtenir de lui leur disgrâce.

A son retour, le roi Charles revit son père; il en fut encore plus maltraité. Il devait rester quinze jours avec lui. D'Orméa sentit que tôt ou tard Victor se rendrait maître de son humeui-, et que sa perte serait le résultat d'une conférence paisible entre le père et le fils. Alors il cherche à effrayer le jeune roi, à lui persuader qu'il n'est pas en sûreté dans le château de son père; que sa liberté est en danger, sa vie exposée à un mouvement de violence; il le détermine à partir à cheval au milieu de la nuit. La reine le suit quelques jours après, et Victor lui-même part pour le Piémont avec sa femme; il s'arrête à Montcarlier, et mande à son fils que , d'après le conseil qu'il lui avait donné de se rapprocher de Turin et de ne plus s'exposer au climat rigoureux de la Savoie, il a quitté Chambéiy, et attend qu'il lui donne une nouvelle retraite. La première entrevue fut très-violente, et les menaces contre les ministres redoublèrent. D'Orméa vit qu'il n'avait plus à choisir qu'entre sa perte et celle du roi Victor; mais comment faire consentir un fils, jeune, accoutumé au respect et à la crainte, à faiie arrêter

Page 1