‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 97 sur 183 · CALAS · texte numérisé non relu

CALAS

Sur une servante de cet infortuné (2).

En 1767, la servante catholique de l'infortuné Calas s'étant cassé la jambe , les zélés imaginèrent de répandre le bruit qu'elle était morte des suites de sa chute , et qu'elle avait déclaré en mourant que son maître était coupable du meurtre de son fils. Ce

(i) Voltaire, tome XLIV, p. 16.

(2) Volt.iire, tome XXX , p. i^t.

NOTHS

bruit fut adopté avidement par les pénitents et le reste de la populace de Toulouse. Fréron , dont la plume était vendue à toutes les calomnies que l'esprit de fanatisme avait intérêt d'accréditer, inséra cette nouvelle dans ses feuilles périodiques. Il importait de la détruire, non-seulement pour l'honneur de la famille de Calas, mais pour sauver celle de Sirven , qui demandait alors justice contre un jugement également ridicule et inique, que le fanatisme avait inspiré à un juge imbécile.

Cette anecdote est une pieuve de ce que le faux zèle ose se permettre, de la bassesse avec laquelle les insectes de la littérature se prêtent à ces infâmes manœuvres, de ce qu'enfin on aurait à craindre, même dans notre siècle, si le zèle éclairé qui anime les amis de l'humanité, pouvait cesser un moment d'avoir les yeux ouverts sur les crimes du fanatisme et les manœuvres de l'hypocrisie.

Nous avons cru devoir joindre ici cette déclaration aux autres pièces relatives à l'affaire de Calas : elle est également nécessaire, et pour compléter cette funeste histoire, et pour montrer que c'est moins à l'erreur personnelle des juges, qu'à l'atrocité de l'esprit persécuteur, qu'il faut attribuer le meurtre de ce père infortuné.

CASSINl (Jacques) (i).

M. Jacques Cassini, mort en i']56, avait trouvé, (i) Voltaire, lomeLIll, p. So/».

en 1701 , par sa mesure des degrés du méridien de Paris à CoUioure , qu'ils décroissaient en approchant du pôle : il en conclut d'abord , mais faussement , que la terre était aplatie vers les pôles; et M. de Fontenelle, dans l'extrait qu'il donna du mémoire de M. Cassini, parut adopter la fausse conclusion de cet astronome. (Mémoires de l'Académie pour l'année 1 701.) Cette erreur a été corrigée dans la nouvelle édition qu'on a faite des premières années de ces Mémoires. Ce fut un mgénieur, nommé des Roubais, qui s'en aperçut le premier, et qui donna un mémoire à ce sujet dans les journaux de Hollande.

CENSURE (i).

La censure est très-bonne, en général, pour maintenir dans un peuple les préjugés utiles à ceux qui gouvernent; pour conserver dans un corps tous les vices qui naissent de l'esprit de corps : la censure fut établie à Rome par le sénat, pour contre-balancer le pouvoir des tribuns. Elle était un inslriniient de tyrannie. On prit les mœurs pour prétexte; on profita de la haine naturelle du peuple pour les riches. La crainte d'être dégradé par le censeur doit être d'autant plus terrible, qu'on est plus sensible à l'honneur, aux distinctions, aux prérogatives. Des hommes guidés par la vertu riraient des jugements des censeurs, et emploieraient leur éloquence à faire abolir cet établissement ridicule.

(i) Voltaire, tome XXIX, p. ^82.

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