Oeuvres. Publiées
Dans tous les siècles on a vu des princes aimer les sciences, les cultiver même, attirer les savants dans leurs palais, et récompenser par leurs bienfaits, par leur amitié, des hommes qui leur offraient une ressource sûre et constante contre l'ennui, espèce de malheur qui semble particulièrement attaché au pouvoir suprême.
Mais ce n'est que dans le dernier siècle qu'on a senti qu'il était de l'intérêt du gouvernement d'accorder aux sciences mêmes une protection constante, parce que la gloire attachée à leurs travaux rejaillit sur l'empire où elles sont honorées, et lui donne une grandeur d'opinion plus flatteuse, et souvent aussi utile que la puissance réelle.
L'Europe a reçu de la France le premier exemple de cette protection éclairée. Excité par l'amour du bien public, et plus encore peut-être
II AVEKTISSEMENT.
par son zèle pour Louis XlV,Colbert cherchait à porter les arts à un degré de perfection qui , en assurant à son pays une nouvelle supériorité sur tous les autres , pût procurer à son maître de nouveaux plaisirs. Ce grand ministre savait combien le progrès des arts mécaniques et chimiques est lié à celui des sciences, sans lesquelles les arts, toujours livrés aux préjugés d'une routine aveugle, languissent dans un cercle étroit, et n'osent essayer de produire des choses nouvelles. Colbert étendit donc sa protection sur les sciences , et crut que rien ne contribuerait plus à leurs progrès que l'établissement d'une Académie.
Un corps composé de savants dans tous les genres, réunit des connaissances qui ne peuvent appartenir à unseul homme, etrépand sur chaque branche des sciences, les lumières qu'elle peut recevoir de toutes les autres. On présente sans cesse au gouvernement des projets, toujours annoncés avec confiance, comme devant singulièrement étendre ou perfectionner les arts les plus utiles. Il serait également dangereux d'ado[)ter ces projets sans examen , ou de renoncer légèrement aux avantages qu'ils promettent. On ^ donc be-
WERTISSEMENÏ. III
soin d'une société d'hommes instruits, qui, jugeant sans prévention et loin de tout intérêt particulier, éclaire le gouvernement sur les moyens qu'on lui propose, et lui montre quel est précisément le degré d'utilité de ceux qu'il faut adopter, et jusqu'à quel point on en peut espérer le succès. Enfin, il n'y a qu'une compagnie savante qui puisse exécuter ces grands travaux, dont les détails et les dépenses sont au-dessus des forces d'un homme et de la fortune des particuliers.
C'est pour remplir tous ces objets d'utilité publique, qu'en 1666, Colbert rassembla Carcavi, Huyghens, Roberval, Frénicle, Auzout, Picard et Buhot, mathématiciens; Cureau de la Chambre, de l'Académie française, et Perrault, physiciens; Duclos et Bourdelin, chimistes; Pecquet et Gayant, anatomistes ; et Marchand, botaniste. Il marqua les jours de leurs assemblées, sans les soumettre à aucun autre règlement. Duhamel , qui faisait les fonctions de secrétaire, fut chargé de tenir registre de tout ce qui s'y passerait, et d'écrire l'histoire des travaux des académiciens. Il l'écrivit d'abord en latin, et elle fui alors publiée à part : Fontenelle l'a refondue et