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II. G

Si pourtant l'on prend l'esprit d'intrigue pour celui des affaires, et l'art de tromper ou d'opprimer les hommes pour celui de les gouverner, on a raison de croire que les savants n'y sont pas propres, et qu'une âme qui s'est longtemps nourrie de l'amour de la vérité et de la gloire, ne peut guère ni sentir la nécessité, ni prendre l'habitude de ce mélange de fausseté et de bassesse qu'on décore du nom d'habileté.

Liste alphabctifjuc des membres de Caneienne Académie.

kvioViTi Adrien)^ astronome, reçu en 1666, et mort en 1691.

Il est connu surtout pour avoir perfectionné le micromètre, dont la première invention est due à Huyghens, et pour en avoir fait un instrurrient d'un usage général. Lorsqu'il en publia la description, les astronomes anglais en revendiquèrent l'invention pour Gascoigne, un de leurs compatriotes, à qui ils ont attribué également l'application des lunettes au quart de cercle {voyez l'Éloge de Picard), et ils prouvèrent assez bien, par les dessins informes qu'avait laissés Gascoigne, et par quelques-unes de ses observations, qu'il avait réellement fait usage d'une espèce de micromètre; mais cette discussion ne peut intéresser la gloire d'Auzout. Gascoigne avait été tué en

combattant pour Charles T', avant d'avoir eu lo temps de perfectionner ses travaux astronomiques. Ses essais sont demeurés dans l'oubli après sa mort, et n'en ont été tirés que lorsque le patriotisme des savants anglais en a eu besoin pour contester à Auzout et à Picard la gloire de la première idée du micromètre, et de l'application des lunettes au quart de cercle. Le zèle pour la gloire littéraire de sa patrie est de toutes les nations; mais il n'y a que la nation anglaise chez qui ce zèle ait toute l'ardeur et quelquefois toute l'injustice d'une passion.

Auzout était un excellent observateur, et possédait à un degré rare la connaissance des instruments astronomiques. C'est lui qui, en présentant au roi l'observation intéressante de la comète qui parut à la fin de 1664, fit naître à ce prince l'idée de donner un observatoire et des instruments à son académie.

On a aussi de notre astronome une évaluation précise du rapport des mesures usitées en Europe , avec la toise du Châtelet de Paris. Pénibles sans être difficiles , ces travaux n'ont d'autre récompense que le plaisir d'avoir fait un ouvrage utile, sans que rien de personnel puisse se mêler à un sentiment si noble , et en altérer la pureté.

Bessé ( Henri de ) , seigneur de la Chapelle-Milon , inspecteur des beaux-arts, reçu en i683, et mort en

Blon DEL (/^/'«/•zfo/j-), reçu en 1669, mort en 1686. Voyez son Eloge, page 39.

BoREL (P/er/Y^), médecin dvi loi, reçu en 1674? niort en 1689.

Il est auteur d'un abrégé de la Vie de Descartes (i), d'une bibliographie de livres hermétiques, et de plusieurs recueils d'observations microscopiques, médicinales, et d'histoire naturelle.

Sa dissertation sur l'inventeur du télescope est remplie de faits intéressants pour les philosophes. On aime à voir des hommes inconnus ou persécutés, découvrir le télescope, le microscope, l'imprimerie, et la direction de l'aiguille aimantée, dans des temps où la gloire était réservée à ceux qui réussissaient le mieux à raisonner sur des chimères dans un jargon inintelligible.

L'histoire de l'Académie est remplie des travaux chimiques de Borel; mais la plupart sont sans objet, et présentent des faits particuliers, qui ne peuvent servir à établir aucune théorie, ni même à constater aucun fait général.

Borel s'était appliqué à l'ait de tailler de grands verres; il prétendait même l'avoir poussé fort loin, et avoir trouvé luie nouvelle méthode dont il faisait un secret. Mais les verres qu'il avait construits et sa méthode sont également tombés dans l'oubli.

RuHOT [Jacques )^ ingénieur du roi, et professeur de mathématiques des pages de la grande écurie, reçu en 1666, et mort en 1676.

Il a publié des leçons de mathématiques, et il a eu une grande part aux travaux astronomiques que l'Académie faisait en commun, et dont l'abbé Picard avait la direction.

Carcavi ( Pierre rie), conseiller au parlement de

(i) Voyez l'ouvrage de Baillet.

Toulouse, puis au grand conseil, et garde de îa Bibliothèque du roi, reçu en 1666, et mort en 1684.

Les savants s'assemblèrent chez lui pendant quelque temps, avant l'établissement de l'Académie. Sa correspondance avec la plupart des philosophes de l'Europe, et sa facilité à répandre les lumières qu'elle lui procurait, furent très-utiles aux sciences dans un temps où il n'y avait ni journaux, ni académies. Au lieu que Marsenne se plaisait quelquefois à exciter des querelles pour avoir l'honneur d'y jouer le rôle de médiateur, Carcavi, qui ne croyait pas ces querelles propres à éclaircir les vérités contestées, mit tous ses soins à éviter de les faire naître.

Chambre {Marie Cureau de /a), reçu en 1666, mort en 1675.

Voyez son Éloge, page i .

CHARAs(Mo^;5"e), reçu en 1692, mort en 1698.

Vojez son Éloge, page 72.

CouDRAYE(<:/e /a), reçu en 1693.

CussET , astronome, reçu en i685.

T)\]CJ.<js {Samuel Cotreaii), reçu en 1666, mort en i685.

Voyez son Éloge, page 33.

FÈVRE (/e), astronome, reçu en 1680, mort en

On le chargea de faire la Connaissance des temps, après la mort de l'abbé Picard.

Lefevre (i) s'était trompé d'une demi-heure dans

(i) Lefèvre était un excellent calculateur; ses résultats avaient souvent plus de précision que ceux des astronomes de son temps. ■J^ Il avait été tisserand. Voyez Vigneàl Marville.

86 LISTE ALPHABÉTIQIJK.

le calcul de la durée d'une éclipse. Cette erreur n'était qu'une distraction ; en cherchant dans les tables les logarithmes dont il avait besoin , il avait écrit par mégarde le logarithme d'un nombre pour celui d'un autre. MM. de la Hire, qui faisaient aussi des éphémérides, relevèrent avec une sorte d'affectation cette faute, qu'il ne fallait imputer qu'au hasard. Lefèvre leur répondit, dans la préface de la Connaissance des temps de 1701, avec l'emportement le phis insultant. Le ministre alors chargé du département des Académies , regarda celte contravention aux règlements comme un cas d'exclusion. Cependant, à la prière du président de l'Académie, il se borna à ordonner que Lefèvre supprimât une préface que jamais il n'aurait dû publier, et qu'il fît aux deux offensés des excuses publiques, punition plus dure que l'exclusion. L'Académie, qui sentit combien cette réparation serait avilissante pour ellemême , demanda et obtint que Lefèvre en fût dispensé.

Depuis cet événement il ne parut plus à l'Académie, et, en 1702, il fut exclu en vertu de l'article 19 des règlements, pour avoir été absent sans congé pendant plus de deux mois : on donna sa place à Maraldi, qui était à Rome, o/i, comme nous rapprend M. de Fonte II elle dans l'Histoire de 1702, le pape lui avait fait F honneur de le retenir.

Nous ne demanderons point ici si la rigueur avec laquelle Lefèvre fut exclu n'était pas plus propre à dégoûter les savants de l'assiduité, qu'à la leur faire aimer; si c'est par la crainte qu'il faut exciter les

talents à suivre avec constance des travaux utiles, mais assujettissants , et si le devoir d'un académicien n'est pas surtout de faire de bons ouvrages. C'est sans doute par ces raisons qu'une administration plus douce et plus sage semble s'être relâchée de la igueur des règlements.

Frenicle [Nicolas Frenicle de Bessi), reçu en 1666, mort en 1675.

Voyez son Éloge, page 12.

Gayant [Louis), chirurgien, reçu en 1666, mort en 1673. Il travailla beaucoup avec Pecquet, et eut part à la gloire de quelques-unes de ses découvertes.

HuYGHENS [Christian), reçu en 1666, mort en

Voyez son Éloge , page 54-

Lannion (<:/^), géomètre, reçu en 1679, exclu en i685.

Marchand [Nicolas), docteur en médecine à Padoue, et directeur pour les plantes, du jardin royal.

Ce savant et laborieux botaniste contribua beaucoup à enrichir de plantes étrangères le jardin qui lui avait été confié, et à procurer à l'Académie des descriptions et des dessins de ces plantes. Il a observé et décrit plusieurs phénomènes curieux de botanique.

Mariotte [Edme),reçii en 1666, mort en 1684

Vojez son Éloge, page ^3.

Mignot [de la Voie), géomètre, reçu en 1666.

On a de lui des observations curieuses sur les vers luisants des huîtres, sur ceux qui vivent dans la

88 LISTE ALPHABlhlQUE.

pierre, et sur des insectes qu'il a vus dans le mortier.

Il a publié un traité de musique.

MoRiN [de Tuiilon)^ chimiste et naturaliste, reçu en iGqS; il s'était attaché à la minéralogie, sur laquelle il a donné quelques mémoires , et il promettait des travaux chimiques sur les métaux.

NiQUET, géomètre, reçu en 1666, a été employé sous Picard au nivellement de Versailles, et aux travaux comnums de l'Académie.

Pecquet [Jean), reçu en iGGG, mort en 1674» docteur de la faculté de Montpellier , fut un des plus célèbres anatomistes de son siècle.

Il fit dans sa jeunesse, étant à Montpellier, la découverte du canal thorachique et du réservoir du chyle. Ce fut dans des chiens qu'il découvrit ces deux organes, et comme ils servent dans l'économie animale à des fonctions communes aux chiens et aux hommes, il supposa qu'ils existaient tous deux dans l'honune : cependant, suivant l'opinion d'un grand nombre d'habiles observateurs, l'homme n'a point de réservoir du chyle, et les vaisseaux par lesquels il passe aboutissent immédiatement au canal thorachique. Du moins est-il sûr que le réservoir du chyle manquait dans plusieurs sujets que M. Portai a disséqués, sans que les fonctions de l'économie animale en eussent paru altérées pendant leur vie.

Pecquet fit encore plusieurs observations nouvelles sur la structure des parties qui servent à la préparation et à la sécrétion de nos différents fluides. 11 fut aidé dans ses travaux par Gayant et par d'autres anatomistes, et rendit à ses coopérateurs bien au

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delà de ce qu'il leur devait. Cette générosité est bien remarquable dans une occasion où la simple justice est si rare.

Pecquet contribua beaucoup par ses raisonnements, et surtout par ses découvertes, à prouver la doctrine de la circulation du sang, qui avait encore quelques adversaires. Un usage excessif de l'eau-devie avança ses jours. Il la regardait comme une espèce de remède universel, et ce remède, comme bien d'autres poisons lents , était devenu par l'habitude une boisson nécessaire à son bien-être.

Perkault ( Claude), reçu en 1666, mort en 1688.

Vojez sou Éloge, page Zi3.

Picard, reçu en 166G, mort 1684.

Ployez son Éloge, page i5.

Pivert, reçu en 1666.

PoTHENOT [Laurent), reçu en 1682, mort en 173-i : il succéda à Roberval dans la chaire de Ramus. J'ignore s'il abandonna cette chaire volontairement , ou s'il fut vaincu dans un concours. Il renonça à la place d'académicien , et quitta Paris.

RicHER, reçu en 1666, mort en 1696.

Il fut envoyé par l'Académie à Cayenne, et y arriva au mois d'avril 1672.

L'objet de ce voyage était de faire, dans un lieu où le soleil pourrait être vu près du zénith, des observations sur lesquelles la parallaxe du soleil et les réfractions ne pourraient plus influer. On se proposait encore de déterminer la parallaxe de la lune, et de parvenir à connaître, d'une manière un peu plus approchée, les distances de Mars et de Vénus a la

go LISTE ALPHABETIQUE.

terre , en observant ces planètes dans des lieux de notre globe très-éloignés les uns des autres.

Le voyage de Richer eut le succès qu'on en espérait; il en rapporta des mesures plus exactes de l'obliquité de l'écliptique, de la parallaxe du soleil, et des positions d'étoiles que nous ne voyons pas dans nos climats, ou que nous ne voyons que trop près de l'horizon. Mais l'observation du retard des pendules sous l'équateur a immortalisé le nom de Richer (ij. Il remarqua que le pendule qui battait les secondes à Paris ne les battait plus à Cayenne, à moins d'être raccourci. Étant ensuite rapporté en France, ce pendule se trouva plus court que celui qui battait les secondes à l'Observatoire.

Ce phénomène, qui avait échappé à Picard dans son voyage d'Uranibourg, fournit à Newton et à Huyghens une preuve de l'aplatissement de notre globe, et fut la première occasion des grands travaux qui depuis ont été entrepris sur la ligure de la terre.

RoBERVAL [Gilles Personne)^ reçu en 1666, mort en 1676.

Voyez son Eloge, page 5.

RoEMER {Olaas), reçu en 1672, mort en 1710.

Voyez son Eloge , page 76.

Sedileau, astronome, reçu en 1681, mort en

11 fut un observateur infatigable , soit pour l'as-

(i) On avait prescrit à Richer de faire des observations sur ce sujet, parce que cet effet avait été prévu dès 166g. Voyez la préface de l'Histoire céleste, et la mesure de la terre de Picard.

tronomie, soit pour l'histoire naturelle. On a encore de lui une grande quantité d'observations météorologiques, propres à constater que la quantité de l'eau de pluie est suffisante pour produire celle que les rivières rendent à la mer. Il eut une grande part à tous les travaux de la Hire; malheureusement le nom de Sedileau n'est lié à aucune découverte importante.

Thévenot [Melchisédec/i), reçu en i685, mort en 1692.

Il fut célèbre par ses connaissances dans la bibliographie, et par son zèle pour la Bibliothèque du roi, à l'augmentation de laquelle il sacrifia son temps et sa fortune. Il était fort savant dans les langues étrangères, et a été l'éditeur et le traducteur d'une collection de voyages.

Il avait lui-même voyagé dans une partie de l'Europe. On ne doit pas le confondre avec un autre Thévenot qui a parcouru la Turquie, la Barbarie, l'Egypte, et une partie de l'Asie. Ce dernier est mort dans ses voyages; il en a laissé une relation.

Notre académicien mourut à Paris , âgé de soixante et onze ans. Il avait été employé au conclave qui élut Innocent X, et auprès de la république de Gènes ( I ).

(1) Il observait les abeilles dans des ruches de verre, ne se fiant pas, dit la requête burlesque de Dernier, à ce qu'en avait dit Aristote.

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