RAPPORT SUR LA ROUILLE
Du 8 mai 178/!.
Nous avons examiné, par ordre de l'Académie, M et moi,
un mémoire sur la combinaison saline qui résulte de l'air fixe avec le fer, par M. de Fourcroy. M. Lane, M. Rouelle le jeune et M. Rergman avaient déjà donné quelques observations sur cette combinaison; mais on va voir, par les détails dans lesquels nous allons entrer, qu'il s'en fallait beaucoup qu'ils eussent épuisé la matière, et qu'elle a fourni à M. de Fourcroy le sujet d'un travail très-intéressant.
Tout le monde connaît la rouille qui se forme sur le fer exposé à l'air et surtout à l'air humide. M. de Fourcroy en a ramassé une certaine quantité dans des magasins de fer, soit à la surface des barres, soit même dans leur intérieur, et c'est principalement sur cette matière qu'il a dirigé son analyse.
Poussée au feu dans une cornue de verre, la rouille lui a fourni environ 7 pouces cubiques d'air fixe par quintal, c'est-à-dire environ un quatorzième du poids du fer, et 2 pouces cubiques d'air inflammable. Le fer qui reste dans la cornue est dans l'état d'éthiops martial, c'està-dire de couleur noire et attirable à l'aimant. Quelquefois ce résidu est pyrophorique, c'est-à-dire qu'il s'allume spontanément à l'air, et il y brûle avec une flamme d'un bleu rougeâtre.
Après avoir examiné l'action du feu sur la rouille, M. de Fourcroy passe à l'action qu'exercent sur elle les différents menstrues. Les acides, en général, ne la dissolvent qu'avec peine; mais, ce qui est remarquable, l'air fixe reste dans la combinaison, de sorte que les dissolu-
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tions de rouille par les acides forment des sels triples, et peut-être quadruples. Celle surtout par l'acide vitriolique présente un phénomène particulier. Cette combinaison ne forme point de vitriol, elle ne fournit qu'une eau mère qui n'est point susceptible de cristalliser. Ce fait avait déjà été observé par M. Monet, mais sans en connaître la cause, et c'est à M. de Fourcroy qu'on doit de l'avoir déterminée. Dans toutes ces dissolutions de la rouille par les acides, il n'y a point de dégagement de gaz d'aucune espèce, et la combinaison se fait paisiblement.
Quoique la rouille de fer contienne environ un quatorzième de son poids d'air fixe, elle est susceptible de se charger d'une quantité beaucoup plus considérable, et cette propriété lui est commune avec les autres sels qui ont l'air fixe pour acide. Ils présentent tous différents degrés de saturation. Cette addition d'air fixe rend la rouille un peu plus soluble dans l'eau.
Des acides, M. de Fourcroy passe .aux substances alcalines. 11 fait voir que la chaux n'a nulle action sur la rouille, parce que l'air fixe a plus d'affinité avec le fer qu'avec la chaux; mais que l'effet contraire arrive avec les alcalis fixes et volatils, et que, dans ce cas, l'air fixe quitte le fer pour se combiner à l'alcali, qui devient alors effervescent.
Après avoir exposé la rouille à l'action des affinités simples, M. de Fourcroy a essayé de l'attaquer par des affinités doubles. Si on la combine avec le sel ammoniac, l'acide marin se porte sur le fer, tandis que l'air fixe se porte sur l'alcali volatil, et ce dernier se dégage dans l'état d'alcali volatil effervescent.
M. de Fourcroy n'a pas borné ses expériences à la rouille qui se forme spontanément sur le fer, lorsqu'il est exposé à l'air : il les a étendues à d'autres chaux de ce métal, telles que le safran de Mars, qui a beaucoup de rapport avec la rouille, mais qui contient moins d'air fixe qu'elle , et au fer précipité des acides par les alcalis effervescents. Dans cette précipitation, l'air fixe qui rendait l'alcali effervescent se combine au fer, et il en est alors complètement saturé.
Toutes les mines de fer limoneuses et ochracées ne sont autre chose,
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suivant M. de Fourcioy, que des combinaisons de fer avec l'air fixe, en dilïérentes proportions.
M. de Fourcroy termine son mémoire par un rapprochement trèsintéressant des propriétés qui résultent de l'union de l'air fixe avec la terre calcaire et avec le fer.
Ce mémoire contient une suite d'expériences très-nombreuses et très-intéressantes, et dirigées dans les meilleures vues. Elles font voir que les chaux de fer, loin d'être des substances plus simples que le fer lui-même, comme on l'a pensé longtemps, sont, au contraire, plus composées; que ce sont de véritables sels neutres qui ont le fer pouibase, et l'air fixe pour acide.
Nous croyons donc que ce mémoire mérite les éloges de l'Académie et d'être imprimé dans le Recueil des Savants étrangers.
RAPPORT SUR DES PROCEDES D'ARTIFICE. Ml
RAPPORT
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