RAPPORT SUR LE ROUISSAGE. A
constances de force majeure, ou au moins qui ne sont pas de leur fait. Ils se plaignent surtout de la rigueur que les préposés des eaux et forêts mettent dans l'exécution de la sentence, et ils annoncent que plutôt que de s'exposer à des condamnations injustes, auxquelles ils ne peuvent échapper, même en employant tous les moyens que la prudence humaine peut suggérer, ils se trouveront forcés de renoncer à la culture du lin, ce qui entraînera la ruine d'un grand nombre de propriétaires et de cultivateurs de la paroisse.
Il est aisé de voir que l'objet sur lequel l'Académie est consultée peut donner lieu à une multitude de questions qu'il serait très-important de résoudre.
Premièrement, est-il indifférent, pour la qualité du chanvre, de le rouir dans une eau courante ou dans une eau stagnante?
Secondement, des filets d'eau courante qui traversent des fosses où l'on fait rouir le chanvre peuvent-ils infecter l'eau de la rivière au point de faire périr le poisson et d'en rendre l'usage malfaisant pour ceux qui pourraient en boire?
Troisièmement, jusqu'à quel point la culture et le rouissage du chanvre doivent-ils être préférés à la conservation des poissons?
Quatrièmement, le rouissage dans des eaux stagnantes, la putréfaction, l'infection, le dégagement de gaz inflammable ou hydrogène, qui en résulte, ne peuvent-ils pas nuire à la salubrité des habitations voisines ou même occasionner des maladies à ceux qui travaillent au chanvre ?
Ces questions, et beaucoup d'autres qui sont implicitement renfermées dans l'objet sur lequel l'Académie est consultée, ne sont rien moins que faciles à résoudre et nous ne croyons pas que l'Académie ait encore assez de données pour pouvoir se prononcer, peut-être, sur aucune. Il ne nous paraît pas cependant impossible d'en acquérir avec le temps : il a déjà été publié, depuis quelques années, de bons mémoires sur cet objet. On indique des méthodes de rouir le chanvre qui peutêtre sont préférables à celles qui sont employées actuellement. La société royale de médecine en a fait le sujet d'un prix qui a donné lieu
à des dissertations intéressantes et dont l'un de nous a déjà eu communication.
En rassemblant ces matériaux et en y joignant le résultat de nos propres expériences et de nos observations, nous espérons pouvoir mettre dans la suite l'Académie en état de donner, avec connaissance de cause, son avis sur l'objet sur lequel elle est consultée.
En attendant, nous ne craignons pas de dire que les changements apportés aux anciens usages de la province nous paraissent avoir été ordonnés prématurément, que les inconvénients du nouveau règlement qui a été fait n'ont pas été suffisamment prévus, ni pesés; que les habitants de la paroisse Saint-Martin se trouvent exposés à des condamnations injustes, auxquelles, malgré toutes les précautions possibles, ils ne peuvent échapper; que le nouvel ordre de choses qu'on a cherché à introduire entraînerait infailliblement l'abandon de la culture du chanvre. Enfin, nous pensons qu'il est à souhaiter, qu'il est juste, qu'il est nécessaire même de ramener provisoirement les choses à l'état où elles étaient avant le ili avril 178^.