OBSERVATIONS SUR LES LIMAÇONS
J'ai mis le 26 juin dernier sous une cloche de jardin sept limaçons auxquels j'avais coupé la tête un peu au-dessus des quatre cornes. J'avais numéroté chacun de ces limaçons, et j'avais mis dans de petites fioles séparées, également numérotées et pleines d'esprit-de- vin affaibli, chacune des têtes que j'avais coupées.
J'observerai ici que, quelque célérité qu'on apporte dans l'opération, la section ne se trouve jamais perpendiculaire à la direction de l'animal; sitôt en effet qu'il se sent atteint par l'instrument tranchant, il se retire avec beaucoup de rapidité; or il résulte de ce mouvement précisément le même effet que si, l'animal demeurant en repos, la section eût été faite dans un plan incliné par rapport à l'horizon. Il n'est pas facile de savoir s'il se fait un épanchement considérable d'humeur après cette opération, car le limaçon se retire sur-le-champ dans sa coquille, et il ne se montre pas de quelque temps.
Je me suis aperçu au bout de quelques jours que la plupart avaient changé de place, ce qui n'avait pu s'opérer sans qu'ils fussent sortis de la coquille. Cependant comme je les avais laissés à la campagne, et que je ne pouvais les observer tous les jours, je n'ai pu en surprendre aucun dans le moment du développement. Au bout de huit à dix jours il y en avait trois de morts. Les quatre autres étaient en très-bon étal; ils se contractaient sitôt qu'on les touchait, et se renfonçaient de plus
en plus dans la coquille. Il y en avait un des quatre qui s'était muré comme ils ont coutume de faire pendant l'hiver.
Le dix-neuvième jour, voyant que je n'avais pu les surprendre hors de la coquille, j'ai pris le parti de les en faire sortir de force. Je les ai mis pour cela dans une eau tiède, comme je l'avais vu pratiquer h M. . . .. mais il n'y en a que deux qui soient sortis complètement, les deux autres ont fait beaucoup de mouvements, mais ils ne se sont point développés en entier.
Le limaçon que j'ai fait sortir le premier est celui marqué n^ 2. Il est de l'espèce de ceux qu'on nomme vignerons. La surface de la partie coupée m'avait paru d'abord presque dans le même état que si l'opération n'eût été faite que quelques instants auparavant. Elle était cependant recouverte d'une peau fine non ridée, assez semblable à celle qui se trouve sous la partie de l'animal qu'on nomme le pied. On remarquait aussi un point noir de chaque côté, celui de la droite était plus sensible. Ces points ne sont autre chose que l'intersection du muscle qui opère le mouvement et le développement des cornes.
Je fis sortir de nouveau le lendemain le même Hmaçon ; il se tint longtemps hors de la coquille, et se promena, de sorte que j'eus la facilité de l'observer tout à mon aise. Je vis très-distinctement au milieu de la partie coupée l'ouverture ou extrémité du canal intestinal. Elle n'était pas tout à fait ronde, elle avait à peu près la figure d'un cœur dont la base aurait été en bas et la pointe en haut. Cette extrémité du canal intestinal paraissait être devenue la bouche , et cette figure de cœur est celle qu'elle a dans l'état naturel.
Le limaçon paraissait faire des efforts pour allonger l'extrémité de ce canal ou bouche, de sorte que, quand il était étendu, cette extrémité excédait beaucoup le plan de la section, ce qui formait une espèce de tête. Il faisait également effort pour allonger les muscles des cornes; cet effort ne paraissait produire aucun effet du côté gauche, sans doute à cause de la résistance de la peau, mais du côté droit il en résultait dans des instants une saillie ou allongement assez considérable de ce muscle; ce qui formait un commencement de corne bien marquée, d'en-