RAPPORT SUR LE PRÉCIPITÉ PER SE
M. Cadet avait opéré la réduction du mercure précipité per se par la distillation sans intermède ; cette opération seule devenait l'objet qui devait occuper les commissaires, et l'expérience faite avec le mercure précipité per se de M. Baume et avec celui de M. Cadet, à un degré de feu égal, était le seul moyen de comparaison pour obtenir le résultat qu'attendait l'Académie.
Nous avons pris pour la distillation deux petites cornues neuves, très-propres, dont la partie inférieure était lutée. M. Macquer proposa de les faire chauffer jusqu'à l'incandescence, pour les priver de l'humidité qu'elles pouvaient contenir, et détacher la poussière, s'il y en avait. Lorsque les cornues furent refroidies au point de pouvoir les manier, on les secoua; et, après s'être assuré qu'elles ne contenaient aucun corps étranger, on introduisit dans l'une i gros de mercure précipité per se, que M. Baume avait bien voulu céder à M. Cadet; dans l'autre, k gros de mercure précipité per se de M. Cadet. On plaça ces deux cornues dans un même fourneau à réverbère; on ne luta pas les échancrures du fourneau par lesquelles passaient les cols des cornues, de sorte qu'on pouvait voir dans l'intérieur. On avait adapté aux cornues des récipients avec de l'eau distillée; on procéda à la distillation du mercure précipité per se par un feu gradué; un quart d'heure après, on remarqua vers le milieu du col des cornues un enduit de mercure; au bout de vingt minutes, le col des cornues parut comme étamé; il y avait un très-petit cercle rouge au col de la cornue, à la partie où le mercure commençait; ensuite les globules de mercure se rassemblèrent et une partie passa dans les récipients.
Il ne resta rien au fond de la cornue où l'on avait distillé le gros de mercure précipité per se de M. Baume; on détacha avec soin le mercure qui adhérait aux parois du col de la cornue, et l'on trouva 66 grains de mercure coulant, ce qui fait un douzième de moins que la quantité de mercure précipité per se qu'on avait soumise à la distillation.
On trouva 8 grains de sable au fond de la cornue où avaient été distillés les U gros de mercure précipité per se de M. Cadet; on n'a donc
employé réellement que 3 gros 66 grains de précipité per se, qui ont fourni 3 gros U2 j grains de mercure coulant, ce qui fait un treizième de moins que la quantité de mercure précipité per se qu'on avait employée.
Les expériences comparées dont nous venons de rendre compte démontrent l'identité qu'il y a entre le mercure précipité per se de M. Baume et celui M. Cadet, et que l'un et l'autre sont réductibles sans addition.
MM. Sage, Brisson et Lavoisier.