A. [et vous adouciiaez
vostrc ame triste jusques à la mort\ etvostrc corps abattu par la mort pour mes propres péchez, sans me réjouïr de souffrir et dans mon corps et dans mon ame. Car qu'y a-t-il de plus honteux, et néanmoins de plus ordinaire dans les Chrestiens et dans moy-mesme, que tandis que vous suez* le sang pour l'expiation de nos offenses, nous vivons dans les delices ; et que des Chrestiens qui font profession d'estre à vous ; que ceux qui par le Baptesme ont renoncé au monde pour vous suivre ; que ceux qui ont juré solemnellement à la face de l'Eglise, de vivre et de mourir avec vous ; que ceux qui font profession de croire que le monde vous a persécuté et crucifié ; que ceux qui croyent que vous vous estes exposé à la colère de Dieu, et à la cruauté des hommes, pour les racheter de leurs crimes ; que ceux, dis-je, qui croyent toutes ces veritez, qui considèrent vostre Corps comme l'hostie qui s'est livrée pour leur salut ; qui considèrent ^leurs plaisirs, et les péchez du monde, comme l'unique sujet de vos souffrances, et le monde mesme comme *leur bourreau, recherchent à flatter leurs corps par ces mesmes plaisirs, parmy ce mesme monde ; et que ceux qui ne pourroient sans frémir d'horreur, voir un homme caresser et chérir le meurtrier de son père qui se seroit livré pour luy donner la vie, puissent vivre,
1. Marc. XIV, 34 : Et ait illis : Tristis est anima mea usque ad moriem.