‹ Œuvres. Publiées sur les anciennes éditionsChapitre 22 sur 58 · II · texte numérisé non relu

II

■iVtS (KUVUKS I)t: IkVl.ZAC.

lie cl la (iiece. la sage Italk', la sravante Groce aussi ])î('ii i\\\r les Provinces Barbares, ont esk^ fertiles en extra vagans et en ridicules.

Nous pourrions mettre en ce rang-là des Sectes entier(>de Philosojdies; Kt en premier lieu (jue voulez-vous dire de i-e ('lie!" d'ordre (|iii lut pris par les Pirates, et à (|ui la servitude et les fers ne donnèrent point de modestie? Ayant este inisen vente avec les autres Esclaves, (juand on luydemand;i ce (pril seavoil faire, il respondil (|u'il seavoit commander ;iii\ hommes, et cria en suite, a haute voix, alin d'estre oii\ de tout le marché : « Qui veut achepter son Maistre? » Mais je suis las de maltraiter Diogene et de faire la guerre à Zenon, .accordons vne trêve aux Cyniques et aux Stoïciens que nous avons battus en tant de rencontres, Sans mesme rechercher trop curieusement les autres vices des autres Grecs, je suis d ad vis de ne considérer aujourd'huy que leur vanité.

Il faut commencer par ce galant homme de Psaphon, qui faisoit instruire des )^*rroquels et d'autres oyseaux capable.^ de discipline; et après qu'ils avoient appris à dire : « Psaphon est vn Dieu, » il les mettoit en liberté, afin qu'ils allassent publier par le Monde sa divinité, et que les hommes l'adorassent sur le tesmoignage des oyseaux.

Le Médecin Menecrates pretendoit en divinité aussi bien <)ue Psaphon : Il se faisoit appel 1er Menecrates lupiter. Il >ignoit ainsi toutes ses ordonnances, toutes ses attestationet toutes ses lettres. Ouelquefois il escrivoit à Philippe Père d'Alexandre, et vn jour qu'il estoit en plus belle humeur que les autres, il luy escrivit en ces beaux termes: <i Philippe règne en Macédoine et Menecrates en Médecine, »

Vous avez leû. Monseigneur, les Dialogues de Platon, el par conséquent vous connoissez ce Sophiste qui parloit sui le champ de toutes les matières proposées. Il s'enrichit, comme vous sçavez, du revenu de sa langue. Mais sçavexvous qu'ayant acquis beaucoup de bien en Texercice de It

Ulieturiqur, il en eniphtya la [dus ^raiulu pai tic à la loiUc fl'vne Statue tror massif, qu'il se consacra luy-uiesnie dans le Temple de Delphes pour marque éternelle de sa vanité?

Vn autre Grec de la mesme profession lit mettre sur la porte de scm logis vn escriteau où il y avoit en grosses lettres : « Céans il y a des remèdes pour toutes sortes d'af- '( flictions : On y guérit de toutes les maladies de Famé. )>

le lisois dernièrement dans la Bibliothèque de Photius, Patriarche de Constantinople, qu'vn autre Grec, après avoir l'omposé neuf Lettres et trois Oraisons, crût estre accouché de douze Déesses, et nomma ses neuf Lettres les neuf Muses et ses trois Oraisons les trois Grâces. Dans la mesme Bibliothèque, encore vn autre Grec, dont les Livres se sont perdus par le degast de la Barbarie en Grèce et par le naufrage des l)elles Lettres, escrivant la vie d'Alexandre le Grand, promet l'égaler la grandeur de ses actions par celle de ses paroles. I H d'estre Alexandre sur le papier.

j Idomenée estoit vn des principaux Ministres du Ptoy son Naistre, et des plus employez aux grandes affaires. Voicy ' leantmoins comme Epicure le traite dans vne lettre ([u'il luy •scrit : « Si vous cherchez de la gloire, toute la grandeur de Perse, tout ce que vous suivez et tout ce qui vous fait suivre ne vous en donnera point tant que les lettres que je vous escris. » Seneque rapporte ces paroles d'Epicure el adjousle celles-cy : <( Ce quepromettoit Epicure à son amy, je vous le promets. Lucile. Pay du crédit avec la Postérité; l'ay de quoy faire vivre ceux qu'il me plaira. ») La Grèce ods fourniroil vne infinité d'exemples de cette nature; Mais D€ faut pas tout prendre en vn mesme lieu, et Seneque DUS a desja ramenez en Italie.

Fy trouve d'abord l'Epitaphe du Pointe Nœvius, qui cerinement est vn Chef-d'œuvre de vanité. Il le composa en eine santé et de sens rassis, et personne ne s'en offensa à ame, bien qu'il fust injurieux à tous ceux qui estoient à

rM) Œl.VllKS DE HAI.ZAC.

Home en c»î UMiips-|y. « S'il estoit bienséant au\ l)iru\ de (( pleurer In mort des Hommes, les Muses prendroiiMit le (( deiiil do celle du Poi'te iNa'vius, depuis laquelle on a ou- « hlié à Uome à parler Latin. »

le laisse vne infinité de Fanfarons et de Capitans en Prose et en Vers pour venir à Ciceron. Tout le Monde seait que de quatre paroles qu'il disoit il y en avoit trois à son avantage. Il rompoit la teste au Peuple Romain de la conjuration de Catilina et du reste de l'Histoire de son Consulat. Mais pour respondre à ceu\ qui asseurent qu'il ne s'est jamais vanté de son Eloquence, parce que cette gloire est puérile et au dessous de l'ambition d'vn homme grave et d'vn vray Romain, je n'allegueray qu'vne ligne d'vne lettre qu'il escrit i son Amy Pomponius Âtticus. Dans cette lettre, après lu} avoir rendu compte de ce qui s'estoit passé au Sénat quel ques jours auparavant, il conclut qu'il s'estoit fait admire à toute la Compagnie, et «{u'il avoit traité divinement Y matière dont il s'agissoit.

Virgile n'est pas plus modeste que Ciceron quand il di qu'il a|q»urtera à Mantoué les Palmes de la Palestine, < quand il appelle les vers qu'il veut faire à la loUange d'Ai gusledesThrosnesd'or et d'ivoire. Nostre Paul love ne m toit pas l'or à si bon marché, et n'en avoit pas assez, àmu advis, pour faire des Throsnes et des Statues. Il se conter toit de dire qu'il avoit vne plume dor pour ceux qu'il a moit et vne de fer pour ses ennemis.

De tout temps ces sortes de vanitez ont este permises. n'y a point d'Historien, il n'y a point de Poëte qui ne pr mette la gloire et l'éternité à qui en veut. La présomption t aussi ancienne que le mérite, et ce n'est pas moins le vi de nos Pères que le nostre. C'est vne des proprietez de Science d'entier ceux qu'elle remplit. Et ne vous souvent vous point d'avoir leû cette définition du Philosophe dans Livres des Saincts Pères? « Le Philosophe est vn animal

« gloire, le Philosophe est le plus lier et le |)liissiiperhe des ¥ animnux. >»

Pour ne point parler des autres l'Iiilosoplies que nous ;ivons veùs, de nostre mémoire Iules Ce.<îar Senliger a esté extrêmement Philosophe de ce eosté-là. Quelle largesse, quelle profusion de loiianges, ne se fait-il point en plusieurs endroits de ses Ouvrages? Que ne dit-il de la grandeur de sa naissanee. (jui estoit vue chose assez douteuse; du nombre de ses combats que i)ersonne n'avoit veûs, et dont il faloit le croire sur son simple tesmoignage; de linfinité des livres qu'il nvoit composez, et qui [)nr malheur s'esioient perdus; des merveilles de son corps et de son esprit, des autres avantages (pi'il avoit sur les autres hommes? « Qu'on mette, dit- « il, Xenophon et Masinisse ensemble, et que des deux on " n'en lasso (ju'vn, ce (|ui se formera d'vn composé si excellent n'approchera point encore de moy. \ù' mei i idieam exprimet. »

Or vous sçavez, Monseigneur, que ce Xenophon possedoit

)û vn degré eminent trois qualitez également grandes, et

pi'on ne scavoit s'il estoit ou plus éloquent Orateur ou plus

iihlil Philosophe, ou plus sage Capitaine. Il n'est point de

.on(|ueste dans la mémoire des Temps plus estimée que la

tt'traite qu'il fit, ayant toujours eu à dos vne armée de plus

i cent mille combattans qui ne pût pas seulement luy en-

■r vn quartier. Son langage, au reste, avoit tant de

irmes et tant de douceurs, qu'on l'appelloit la Serene de

itique. Et pour ce qui est de la connoissance de la vérité

^ choses, il avoit esté nourry dans le sein de Socrate; il

il esté instruit de sa propre bouche avec Platon. G'es-

•nt les deux hls de son esprit, et on ne scail pas bien en-

re lequel des deux a esté l'aisné.

Ma.ssinissa est assez connu pour avoii esle le grand Amy Peuple Romain, et pour avoir dressé à l'ArnK'e Romaine planche sur laquelle elle passa en Afrique. Nous avons

pnrié en vn .lutrc lieu de l'adresse et de la force de son eorps. Tant y a (|ue ces deux hommes extraordinaires ne font pas la moitié de Scaliger, au jugement de Scaliger.

Ce sont des vanitez, celles-là. qui ne se peuvent mesriic défendre par vn amy. Elles ont pourtant esté admin^es par luste Lipse, qui a fait l'Eloge de ces Eloges. Elles sont souffertes de tout le monde, et il ne s'est point eslevé contre elles «leCenseur publie, point de Phyllarque, point de Docteur de I.ouvain ny de Bezancon; Il ne s'est point imprimé de l*reiniere ny de Seconde partie du Procez ipron a fait à leur Autlieur.

Ce .seroit encore Maistre Charles Du Moulin, car ainsi Tallegue-t'on au Barreau, qu'il faudroit accuser de vanité. Et certes ce Maistre Charles fait bien le Maislre lors qu'il se nomme luy-mesme le Docteur de la France et de l'Allemagne, et qu'il met en teste de plusieurs Consultations imprimées : u Moi qui ne cède à personne et à qui personne ne « peut rien apprendre. Ego qui unnini ccdo, et qui a ncmm' »( doceri possum . »

N'est-il pas vray qu'il n'est rien de plus modeste que l'Homme que vous connois.sez. si on le compare à ces insolens? Son orgueil est humble si on le considère auprès du leur. Vous scavez. Monseigneur, qu'à son avènement dan.^ le monde, il fut loiié par la voix publique, et qu'il rceeut de.^ applaudissemens dedans et dehors le Royaume. Il a esti aimé, il a esté caressé par d'aussi grands Seigneurs que I' pouvoitestre Idomenée. Il a eu commerce avec des Prince et des Officiers de la Couronne. Il a eu plus d'vn Lucile e plus d'vn Attiquc à qui il a escrit des Lettres : Mais qu« n'eust-on dit s'il eust estimé ses Lettres comme Epicure e Seneque estimoient les leurs, s'il eust escrit aux Ducs e Pairs que ses Lettres leur faisoient plus d'honneur que leur Couronnes Ducales et leurs Cordons bleus; qu'elles valoien plus que les Brevets du Roy et que les Rescriptions de lE;-

KNTRETIKNS. .-0.-

I>argne? Et iieMiitmoins s'il a\oil ainsi parlé de ses Lettres, il en auroit parlé moins avantageusement qn'Epicure et Seneqiie n'ont fait des leurs.

Est-ce vn si grand crime (car voicy la ligne fatale qui a donné lieu à tant de Libelles et a mis en rumeur tant de beaux Esprits), est-ce vn si grand crime d'avoir escrit « quil u avoit trouvé ce quequelques-vns chercboient, » c est-à-dire (ju'il scavoit vn certain petit Art d'arranger des mots ensemble et de les mettre en leur juste place-, qu'il scavoit l'vsage des particules dont parle si souvent le cber Monsieur de Vaugelas; qu'il n'vsoit pas du prétérit quand il faloit se servir du participe, et ainsi du reste? T.e sont des bagatelles et des jeux que tout cela. Et vn homme ne peut-il pas dire sans orgueil : le scay jouer au Piquet, au Trictrac; le donne de l'avantage aux Escbecs à celuy-là; Lay gaigné celui-cy à la Paume. Il me semble que de parler de la sorte n'est pas vue grande vanité.

Bien davantage; Il ny a point de Médecin, point de Droguiste, point d'Apotbicaire. qui ne se vante de quelque secret; Il n'y a point de Maistre d'escrime (jui ne pense scavoii' quelque coup inconnu aux autres Maistres; point de Mallieinaticienqui ne die qu'il a trouvé quelque nouvelle figure. Neantmoins personne n'accuse ces gens-là : Au contraire ils sont recbercbez de tout le Monde, et la bardiesse avec laquelle ils disent qu'ils sçavent, leur donne plus de réputation et plus de crédit que leur science. Depuis tnnt de siedes (ju'on en vse ainsi et qu'on parle ce langage, vn seul homme sera-t'il criminel parce qu'vne semblabl^ parole luy est escbappée? N'y aura-l'il que luy (jui n'ait pu hasarder vn petit mol de confiance et de belle humeur, qui n'ait pu esire jeune impunément?

Lors qu'il ne parloit pas desavaiitageusement de sa personne, il n'avoit pas encore vingt-deux ans, et ce que Iules César Scaliger et Maistre Charles Du Moulin ont fait de sens

."^4 (KUVHKS DE BALZAC.

IVokl cinquante ans Hiirant, il ne Ta lait (|ue cinq ou six mois dans la liberté d'vne conversation enjouée, et badinant avec ses Amis. Il avoit l'esprit gay. les passions vives et le sang chaud. Et je vous prie, qui est-ce qui ne s'est pas trouvé honneste homme en cet age-là? Qui est-ce qui n'a eu delà complaisance pour son mérite véritable ou faux? Qui est-ce qui n'a point esté malade de l'amour-propre? Que si on ne peut pas nier que l'Homme que vous connoissez ne se soit aimé en cet àge-là, on ne peut pas asseurer aussi que son amour ait esté injuste et qu'il se soit aimé sans rival. S'il a eu bonne opinion de ses Ouvrages, il n*a p.i esté tout seul de son opinion. Vous en avez esté, Monseigneur, et poui' combien de gens pensez-vous que je vous compte?

Toutefois il y a longtemps qu'il n'est plus en ces termeslà; Il a apaisé le trouble par son repos : Il a fait cesser les murmures par son silence : Il a donné satisfaction à l'envie, et s'il ne l'a vaincue, il s'est accommodé avec elle. Mais présupposons qu'elle ne soit pas encore contente, il est tout prost à achever de la satisfaire. S'il fasche encore à quelques-vns qu'il ait dit « qu'il a trouvé ce que quelques-vns « cberchoient, » il consent de bon cœur que ce malheureux mot soit effacé de son premier Livre, et qu'on mette en sa place « qu'il cherche ce qu'ils ont trouvé, n

KNTRKTIENS. 305

l^:NTnETIEN IV

hïSSKRTATION CRITÏOVE,

A MÛNSIRVR

CHAPITHH PRE)11KK.

\a' mois (l'Avril est passé, et Totila n'est point encore guery. le suis donc d'advis de vous envoyer vostre papier blanc et de remettre mes Escritùres à vne autre fois, le parle de mes deux Apologies, qui sont aussi longues que les deux Anticatons de César, et que personne no peut déchiffrer que Totila. Pour les autres choses promises, vous les trouverez dans le paquet que vous porte Monsieur de La Thibaudiere, et vous ne les trouverez pas, je m'asseure. indignas de vostre estime ny de nostre bonne Antiquité.

Les Roses pourtant sont ou de ce mesme Florus ou d'vn rcrlain Luxurius qui est venu encore depuis, et qui tleuris-

1 en Afrique sous Tlirasimonde, Roy des Vandales. Vous

i\ez, Monsieur, (jm' la Barbarie avoit commencé long-

300 ŒUVRES DE BxVLZAC

temps auparavant, non seulement à Carthage mais à Rcmu mesme, et que sous les Antonins et sous les Sévères, les Poi'tes ne faisoient point scrupule dVn Solécisme. Us allongeoienl les brèves, et accourcis.soienl les longues comme il leur pl.'iisoii, tesnKnn

Torror .Kpyptiaci Nieci' aslat militis inp:oiis.

Hune Reires. Iiunc Gentos amaiil. Iiuiic aiirca Homa.

Vous avi'z pu remarquer plusieurs autres semldablcs ;iitentats dans l'Histoire Auguste, où ces Barbares vsurpeui \ ii*^ ;iutborité tyrannique .sur les .S\|labes. et violent à la facn me.sme de l'Empereur, qui estoil au.ssi souverain Pontife, les plus .sainctes Loixde la Grammaire. Ainsi parle nostre Amy de ***. comme s'il parloit des Commandemens de Dieu (»u de cen\ de TEîïlise.

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