CHAPITRE
Sans sortir de la Cour d'Auguste, il me souvient d'vn autre Mot que je ne veux pas oublier. Il est connu de peu de personnes, et je l'ay trouvé dans vn lieu escarté.
Il y avoit en Asie vn Temple, célèbre par la dévotion des Peuples et par les richesses des offrandes. Entre autres choses, on y voyoit vne Image d'or massif de la Déesse qui estoit adorée en ce Pays-là. Mais c'estoit vne Image de belh taille, et qui valoit beaucoup. Lors que Marc-Antoine fit sor voyage contre les Parthes, le Temple fut pillé par son Armée et l'Image d'or fut prise, comme le reste des autres offrande, précieuses. Dix ou douze ans après, l'Empereur August» passant à Bologne, y fut traité magnifiquement par vn vieu? Capitaine qui avoit esté avec Marc-Antoine dans cette Expe dition contre les Parthes. Auguste sçachant cela, luy de
manda s'il esloil vray que celuy qui avoit mis le premier la main sur Tlmage d'oreust perdu subitement la veuë, et fust devenu paralytique de toutes les parties de son corps. Ce Capitaine luy respondit: a Celuy de qui vous parlez, c'est
Mioy, qui me suis tousjours bien porté depuis ce temps-là. * LU Sacrilège que j'ay fait a fait ma fortune : sans luy je « n'aurois pas eu de quoy donner à manger à vostre Mali jestë, et je la supplie de ne trouver pas mauvais que je a luy die qu'elle a soupe aujourd'huy d'vn morceau de la « cuisse de la Déesse. »
Il se peut faire qu'Auguste avoit appris de ce Capitaine à ne pas croire aisément ces Miracles. Avant ce temps-là, Denys de Syracuse s'estoil joiié de ses Dieux de la mesme sorte ; Apres s'estre saisi du manteau d'or de lupiter, qui estoit, disoit-il, trop pesant en Esté, et trop froid en Hyver; Apres avoir arracbé à Esculape sa barbe d'or, qui n'en devoit pas avoir, puisque son Père Apollon n'en porta jamais; se retirant par mer en son Pays avec vn vent tres-favorable, il dit à ses compagnons : « Voyez, je vous prie, si les sacrilèges ne •( naviguent pas aussi heureusement que les dévots.' » Quels Dieux, bon Dieu, et quels Adorateurs en ce temps-là !