XIII
vitablement punis , quel traitement recevront ceux qui auront outragé le Fils de Dieu, méprisé sa parole et foulé Sun sang aux pieds (0? Où irons -nous donc , race de vipères , qui ne produisons que des fruits empoisonnés? Qui nous apprendra à éviter la colère du Tout-puissant qui nous poursuit? Où nous cacherons - nous devant sa face ? Collines , couvreznous j montagnes y tombez sur nos têtes i"^).
La consolation suit les terreurs.
Pour moi, je vous donne un baptême â!eau, afin que "VOUS fassiez pénitence : mais celui qui vient après moi, est plus puissant que moi; et je ne suis pas digne de lui porter ses souliers : c'est lui qui vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu (5). Si saint Jean nous inspire tant de terreur ; s'il nous brûle par la frayeur du feu éternel, et de l'implacable colère de Dieu, un baptême lui est donné pour nous rafraîchir. Allons donc avec tout Jérusalem et avec toute la Judée , et avec tout le pays que le Jourdain arrose; allons écouter le prédicateur de la pénitence, et recevons son baptême pour nous y consacrer. Car ce n'est pas ici un de ces foibles prédicateurs qui prêchent la pénitence dans la mollesse : celui-ci la prêche dans le cilice, dans le jeûne , dans la retraite , dans la prière. Mais allons , en confessant nos péchés, non en général, ce que les plus su-
{^)Heb.x. 28^ 29. — W l^uc. xxiii. 3o. — {^) Mauft. 111.11.
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perbes ne refusent pas; mais confessons chacun en particulier nos fautes cachées , et commençons par celles qui nous humilient davantage. Prenons un confesseur comme Jean-Baptiste, sévère, mais sans être outré. Car que dit -il aux pécheurs en général : Que celui quia deux habits ^ en donne a celui qui n'en a pas : et que celui qui a de quoi manger en use de même (0. La colère de Dieu est pressante et redoutable : mais consolez- vous, puisque vous avez dans Taumône un moyen de Téviter. Partagez vos biens avec les pauvres : il ne vous dit pas de tout quitter ; c'est bien là un conseil pour quelques-uns , mais non pas un commandement pour tous. Il ne nous accable donc pas par d'excessives rigueurs. Et que dit-il aux publicains , ces gens de tout temps si odieux , les oblige-t-il à tout quitter ? Non , pourvu quils ne fassent rien au-delà des ordres qu'ils ont reçus (^). Car la puissance publique peut imposer des péages pour le soutien de l'Etat : il lui faut laisser arbitrer ce que demandent les besoins publics , et s'en tenir à l'exécution sans vexer le peuple. Il ne dit non plus aux gens de guerre : Quittez l'épée : renoncez à vos emplois, mais : Ne faites point de concussion : contentez - vous de votre soldée). Le prince rendra compte à Dieu, et des tributs qu'il impose , et des guerres qu'il entreprend : mais ses ministres qui sans inspirer de mauvais conseils, ne font qu'exécuter les ordres publics, sont à couvert aux yeux de Dieu par l'autorité de Jean. Jésus viendra donner les conseils de perfection : Jean s'attachç aux préceptes : et sans prêcher aucun excès , il con-
CO Luc, m. 1 1 . — (») Ibid. 1 2 , 1 3. —(3) ïhid. i4.
sole tout le monde en ouvrant la porte du ciel aux emplois non - seulement les plus dangereux , mais encore les plus odieux, s'ils sont nécessaires, pourvu qu'on s'y renferme dans les règles.
Le baptême de Jean, et celui de Jésus-Christ,
Je vous baptise dans Veau; mais celui qui vient après moi j vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu (0. Ce que Je'sus- Christ explique luimême à ses disciples , lorsqu'il leur dit en montant au ciel : Jean vous a donné un baptême d'eau j, mais dans peu de jours vous serez baptisés dans le Saint-Esprit (2). Saint Paul explique le baptême de Jean par ces paroles : Jean - Baptiste a baptisé le peuple du baptême de la pénitence ^ en T avertissant de croire en celui gui devoit venir après lui; c'est-à-dire en Jésus (5). Voilà donc deux différences des deux baptêmes : celui de Jean préparoit la voie à J ésus- Christ , en montrant que c'étoit en lui, et non pas en Jean qu'il falloit croire pour avoir la rémission des péchés j et outre cela le baptême de Jean ne donnoit ni le Saint-Esprit , ni la grâce , ni par elle le feu céleste de la charité qui consume tous les péchés ; et cet effet étoit réservé au baptême de Jésus-Christ.
Quand saint Jean oppose l'eau de son baptême au feu de celui de Jésus-Christ j et quand Jésus-
C«) Luc, m. 16. Malt. m. 1 1 . — W Açl. i. 5. — (3) Ibid. xix. 4.
Christ
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fchrist explique lui-même que ce baptême de feu et du Saint-Esprit, est celui dont les disciples furent inonde's au jour de la Pentecôte ; on entend bien qu'il ne faut pas croire que le baptême de Je'sus-Glirist^^ ne soit pas comme celui de Jean un baptême; mais c'est que celui de Jean ne contenoit qu'une eau simple , au lieu que l'eau que donnoit Jésus étoit pleine du Saint-Esprit et d'un feu céleste; c'est-àdire, de ce même feu du Saint-Esprit dont le déluge s'épancha sur toute l'Eglise dans le cénacle. C'est ce feu qui anime encore aujourd'hui l'eau du baptême, et qui fait dire au Sauveur , qu on na point de part h son royaume , si Von ne renaît de Veau et du Saint-- Esprit i^)-^ c'est-à-dire, dans le langage mystique, si l'on ne renaît de l'eau et dû feu.
Voici donc la consolation des chrétiens. L'eau du baptême de Jésus-Christ n'est pas une eau vide et stérile : le Saint-Esprit l'anime et la rend féconde ; en lavant le corps elle enflamme le cœur : si vous ne sortez du baptême plein du feu céleste de Tamour de Dieu, ce n'est pas le baptême de Jésus-Christ que vous avez reçu. La pénitence chrétienne qui n'est autre chose qu'un second baptême , doit être ani-^ mée du même feu. Celui à qui on remet davantage , doit aussi, dit le Sauveur ("^j, aimer davantage. Quand vous n'avez que les larmes , que la terreur fait répandre , ce n'est encore que l'eau et le baptême de Jean. Quand vous commencez à aimer Dieu comme V auteur et la source de toute justice (^) , Jésus
(0 Joan. m. 5. — W Luc. vu. 4?- — ^^ Conc. Trident. Sess. vi , de Justif. cap. 6.
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commence à vous baptiser intérieurement de son feu ; et son sacrement achèvera l'ouvrage.
Quelle est la perfection de ta pénitence.
Les cheipins torlus seront redressés , et les raboteux seront aplanis (0 : ce sont les paroles d'Isaïe rapportées par saint Luc. C'est-à-dire, qu'il faut que le cœur soujfTre la violence, si sa pénitence est sincère ; car on n'est pas sans violence sous la bêche et sous le hoyau : il faut que le bois qu'on veut aplanir , gémisse long - temps sous le rabot : on ne réduit pas sans travail les passions qu'on veut abattre, les habitudes qu'on veut corriger : il vous faut , pour vous redresser , non - seulement une main ferme , mais encore rude d'abord : à mesure qu'elle avancera son ouvrage , son effort deviendra plus douxj et à la fm tout étant aplani, le rabot coulera comme de lui-même, et n'aura plus qu'à ôter de légères inégalités, que vous-même vous serez ravi de voir disparoître , afin de demeurer tout uni sous la main de Dieu, et occuper la place qu'il vous donne dans son édifice. Les grands combats sont au commencement; la douce inspiration de la charité vous aplanira toutes choses, et c'est alors, comme dit saint Luc (2) , que vous verrez le salut donné de Dieu.
Avant que ce salut parût au monde , Isaïe avoit
(O/j. XL. [^.Luc. m. 5. — ['^) Luc. lu. 6.
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prédit que la pénitence devoit paroître dans toute sa vérité, dans toute sa régularité, dans toute sa force. Avoit-elle jamais mieux paru que dans la prédication de saint Jean-Baptiste ? et la sévérité de la vie s'étoit-elle jamais mieux unie avec celle de la doctrine ? Paroissez donc , il est temps , divin Sauveur : la voie vous est préparée par la prédication de la pénitence.
Seconde préparation des voies du Seigneur^ en montrant au monde Jésus-Christ.
SouvENONs-NOus quc la préparation des voies du Seigneur a été mise en deux choses : dans la prédication de la pénitence , et dans la désignation de la personne de Jésus-Christ. Nous avons vu la première : passons à la seconde.
Saint Jean annonce aux Juifs plusieurs choses de Je'sus-Christ , la première, qu'il alloit venir; la seconde qu'il étoit déjà au milieu d'eux sans être connu; la troisième, qui il étoit ^ et quelle étoit sa puissance.
Pour expliquer ce troisième point , il falloit que Jean commençât à se dépriser lui-même : Je ne suis pas , disoit-il (0 , celui que vous crojez : il en vient un après moi j qui est plus puissant que moi^ et dont je ne suis pas digne de porter^ ni de délier les souliers.
(») Act. xiii. 25. Mauh. III. II. Marc, i, 7. Luc. m. 16. Joan^. 27.
Ce n'etoit pas assez de parler ainsi en gênerai; il explique en quoi consistoit cette prééminence de Jésus-Christ. 11 la fait consister premièrement dans son éternelle préexistence : Celui ^ dit-il (0 , qui est venu après moi, a été mis devant moi, a été fait mon supérieur : parce qu'il éloit devant moi de toute éternité. Il étoit , et ce qu il étoit avant Jean de toute éternité, a été cause de l'avantage qu'il devoit avoir sur lui dans le temps , et de ce qu'il a été fait son supérieur. La prééminence de Jésus- Christ consiste en second lieu dans sa plénitude : // est plein de grâce et de vérité ('2) : car tout est en lui, et il est la source de la grâce : ainsi elle regorge de sa plénitude : la grâce se multiplie en nous sans mesure : Nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce {^) : une grâce en attire une autre : la grâce de la prière attire Celle de l'action : la grâce de la patience attire celle de la consolation : la grâce qui nous rend fidèles dans les momens , attire celle de la persévérance : la grâce de cette vie attire celle de l'autre. Moïse a donné la toi (4), qui étoit stérile, et ne consistoit qu'en ligures; propre à nous déclarer pécheurs, et non pas à nous justifier; propre à nous montrer le chemin, niais non pas à nous y conduire, ni à nous y faire entrer : par Jésus- Christ est venue la grâce qui nous fait agir; et la mérité, au lieu des ombres. Enfin le dernier trait de prééminence en Jésus-Christ , c'est qu'il est le Fils et le Fils unique , et le Fils toujours dans le sein de son père (5). Ce qui fait, que la connoissance de Dieu
(0 Joan. 1. i5. 24. — C>) Uid. 1 4. — 0 Uid. 16. — (4) Ibid. 17. —
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se va au^enter, puisque cest celui qui est dans son sein , qui nous en révélera le secret : Jamais personne na vu Dieu : mais son Fils unique va nous découvrir le secret du sein paternel : en sorte q\ïen le voyant, nous verrons son Perç (0. Faut- il donc s'étonner, si Jean ne se reconnoît pas digne de lui délier ses souliers? Si Jésus-Christ n'étoit qu'une créature, Jean en auroit-il parlé ainsi? Qui jamais a ainsi parlé , ou d'Elie un si grand prophète , ou de Salomon , ou de David, de si grands rois, ou de Moïse lui-même? Aussi n'étoient-ils tous que des serviteurs : mais Jésus-Christ est le Fils unique (2). S'il est éternellement dans le sein du Père, il ne peut pas être d'une nature inférieure ou dégénérante ; autrement il aviliroit , pour ainsi parler , le sein où il demeure. Abaissons-nous donc à ses pieds: c'est le seul moyen de nous éleverl Jean s'abaisse jusqu'à se juger indigne de déchausser son souverain : et Jésus pour le relever viendra bientôt recevoir de lui le baptême : et cette main qui se juge indigne de toucher les pieds de Jésus, est élevée , dit saint Chrysostôme (5), au haut de sa tête j pour *verser dessus Veau baptismale,
(0 Joan. XIV. 9.— (») Hth. iii. ^^^.'^^ Chrfsost.Hom.\x.aliàs Hom. m , in Matu n. 5.
5o2 ÉLÉVATIONS
Première rnaniere de manifester Jésus-Christ j auant que de l'avoir vu.
Dieu avoit déterminé à saint Jean-Baptiste deux temps où il devoit faire connoître le Sauveur, dont le premier étoit avant que de l'avoir vu. Quelle merveille! Un artisan encore danslaboutique, et gagnant sa vie, est le sujet des prédications d'un prophète, plus que prophète, et si révéré, qu'on le prenoit pour le Christ. C'étoit de cet homme dans la boutique,, que saint Jean disoit : Il j a un homme au milieu de vous que vous ne connoissez pas ^ et dont je ne suis pas digne de toucher les pieds (0^ Il est plus grand que Moïse : il donne la grâce quand Moïse ne donne que la loi : il est devant tous les siècles „ le Fils unique de Dieu , et dans le sein de son Père : nous n'avons de grâce que par lui : cependant vous ne le connoissez pas, quoiqu'il soit au milieu de vous. Dans quelle attente de si hauts discours devoient-ils tenir le monde , et quelle préparation des voies du Seigneur I On s'accouturaoit à entendre nommer le Fils unique de Dieu qui venoit en annoncer les secrets : mais quoi , c'étoit de ce charpentier qu'on parloit ainsi. Qu'est-ce après cela que la gloire humaine? Qu'est-ce devant Dieu que la différence des conditions ? Jean ne l' avoit jamais vu, et ne le connoît peut-être que par l'impression qu'il
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en avoit ressentie au sein de sa mère; elle se continuoit , et il e'prouvoit que le Fils de Dieu étoit au monde par les effets qu il faisoit sur lui. Aussi confessoit-il , que nous recevons tous de sa plénitude (0 : et il sentoit que c'ëtoit de là que lui venoit à luimême cette abondance de grâce. Mais il se prépare de plus grands mystères : Jésus va paroître au monde ; et le premier qu'il va visiter , c'est Jean- Baptiste : et si ce saint précurseur l'a si bien fait connoître, avant que de l'avoir vu, quelles merveilles nous paroîtront quand ils seront en présence?
i})Joan. I. iG.
5o4 ÉLI^VATIOIVS