LE TROISIÈME DIMANCHE
APRÈS UÉPIPHANIE.
Evangile du Lépreux et du Centenier. Matth. viii. i. Marc. I. 4o» Luc. y. 11.
Deux sacremens : dans la guérison du Lépreux , Texpiation du pe'ché par la pénitence ; dans le Centenier^ la pre'paration à Teucharistie.
Jésus en descendant de la montagne , oii il vient de publier tous les préceptes de la loi évangélique , nous apprend la rémission des péchés. Après le précepte, la prévarication ; et par grâce, la rémission. Il ne souvient [guère] de songer aux bonnes œuvres qui sont à faire , aux péchés qui sont à expier. « Nous i) devons cependant travailler cliaque jour à la réî) mission des péchés que nous commettons sans » cesse » : Suif quotidiand peccatorum remissione vivamus (0. Dénombrement des péchés. Toute notre vie, inutilité : non-seulement paroles oiseuses; mais tout oiseux : nous sommes l'oisiveté même. Je confesse vos péchés et les miens , ceux que la plupart du
(') S. Aug. Serm. lviii. n. 6, tom. y, col. SSg.
ET LES MOYENS DE L .\ GUÉniR. Goi
monde ne confesse pas. Venez donc à Je'sus; [diteslui ] : « Si vous voulez , vous pouvez me guérir )> : Si vis j potes me miindare. [Il vous répondra] : « Je » le veux, soyez guéris « : Polo j, mujidarei^). Quand le prêtre parle, Jésus parle : c'est lui qui dit : « Je » le veux , soyez guéris » : V^olo ^ mundare.
Il lui défend de parler , il l'envoie aux prêtres « pour leur servir de témoignage » : In testimonium illis (2). Ce n'est pas qu'il veuille que le peuple ignore ses merveilles et sa mission ; il veut qu'il les apprenne par la voie ordinaire établie de Dieu.
La cure du lépreux. La lèpre est une impureté: elle signifie le péché. « [ Le pécheur ainsi que le lé- )) preux ] doit être condamné comme impur » : Immimditiœ condemnabitur (5). On ne traite pas de même tous les lépreux. La lèpre nouvelle et la lèpre invétérée. Les pécheurs ne doivent pas s'étonner si [ on les traite ] diversement. Médecins qui ne discernent pas. Il faut savoir discerner entre la lèpre et la lèpre. Les clefs pour fermer et pour ouvrir. La communion avec discrétion : Et dixit Alersatlia cis ut non coinederent de sancto sanctorum , donec surgerei sacerdos doctus atque perfectus (4) : « Le » gouverneur leur dit de ne point manger de 5) viandes sacrées, jusqu'à ce qu'il s'élevât un pon- )) tife docte et parfait ». « Un malade , dit saint » Augustin, reçoit d'autres préceptes pour traiter » sa maladie , que ceux qu'on lui donne en santé » : Secunda prœccpta œger accepil (^).
(0 nialth. vin. 2. — (ï) IbiJ. 4. — (l^ Le\'it. xiii. 8. — CO /. llulr. 11. 63. — 5) Serm. Lxx.wiii. n. 7, tom. v, coL 473. Scnn. cclx.wii. n. a. cnl. Mx\.
6oa SUR LA LÈPRE DU PÉCHÉ
« Tout homme infecté de la lèpre, qui avoit été » séparé des autres par le jugement du prêtre , de- » voit avoir ses vétemens décousus, la tête nue, le 5> visage couvert de ton vêtement , et devoit crier » qu'il étoit impur et souillé. Il étoit obligé de de- » meurer seul hors du camp , pendant tout le temps » qu'il étoit lépreux et impur » : Quicumque maculatus fuerit leprâ , et separatus est ad arhiirium sacerdotis , habehitvestimenta dissuta^ capiit nudum , os veste contectum , contaminatum ac sordidum se clamabit : solus habitabit extra castra (0. Le pécheur doit être séparé de peur delà contagion: c'est pourquoi la victime pour le péché [ s'immoloit ] « hors » du camp » : Extra castra (2) ; et notre Seigneur [ a été crucifié] «hors des portes de Jérusalem » : Extra portant P) : excommunication que Jésus - Christ a soufferte.
Offeres munus quod prœcepit Moyses (4) : « Vous » offrirez le don que Moïse a prescrit » , deux passe* reaux. On en immole Tun ; on délivre l'autre , on le lâche en liberté après avoir été trempé au sang de l'autre (5). Jésus- Christ immolé ; toute la nature vî* vante : elle est délivrée, mais il faut qu'elle soit trempée au sang de Jésus -Christ par la mortification. La vie délicieuse ne souffre pas qu'on soit trempé dans ce sang. « Celle qui vit dans les délices » est morte , quoiqu'elle paroisse vivante a : Vivens mortua est (6J,
Le lépreux étoit obligé de couper tous les poils, ses cheveux, sa barbe, ses sourcils. La lèpre s'atta-
(0 lievit, xiii. 44» 4^» 46- — ^'^ ^^''<^- IV. ai. -^ (3) Heb. xm. la. — (4) Matt. vin. 4. — K^) Levit. xiv. 4, 5, 6, 7. — (6) /. Tim. v. 6.
ET LES MOYENS DE LA GUÉRIR. * 6o3
choit principalement aux cheveux et aux poils. « L'homme de la tête de qui les cheveux tombent , » est chauve et pur » : Vir de ciijus capite capilli fluunt, calvLis et mundus est (0 : c'etoit une marque. [ Les poils sont ] un superflu : le superflu retranche j c'est là que les péchés s'attachent. Ne demandez pas ce qu'il faut retrancher : retranchez quelque chose, la lumière vous viendra pour retrancher toujours davantage. Retranchez par l'aumône; retranchez tous les jours quelque chose à la vanité. On objecte toujours la bienséance : il faut couper même les sourcils et la barbe : il n'importe pas quand le visage sera un peu défiguré. Personne plus obligé aux aumônes que les lépreux purifiés , les pécheurs guéris.
Deux raisons pourquoi l'aumône ôte les péchés : i.o Le péché naturellement demande d'être puni par la privation de tout bien. Qui est ingrat et rebelle envers Dieu, mérite la soustraction de tous ses dons, et ne doit rien avoir dans son empire : il a abusé de tout. Si l'on n'est pas effectivement privé, il faut compatir à ceux qui le sont, souffrir avec eux : <( Exercer la patience à l'égard des uns, et )) la miséricorde envers les autres » : AUos pcr paiienliam^ alios per misericordlam (2).
2." Par l'aumône on empêche les péchés des autres, une infinité de péchés où la pauvreté engage; péchés inconnus, incestes pour n'avoir point de lits, et autres abominations. Rien de meilleur pour expier nos péch(;s commis, que d'empêcher que les autres n'en commettent. « La charité couvre la mul-
('; Tx\'il. XIII. \fi. — (^' S. Léo.
6o4 8UR LA LÈPRE DU PÉCHÉ, CtC.
» titude des péchés » : Charitas operit multitudinem peccatorum (0 : nous avons besoin d'un remède qui en remette et en couvre plusieurs, car nous péchons sans cesse.
Aumône, excellente préparation pour la communion. Le don de l'aumône, préparation au don sacré. Donner à Jésus-Christ, préparation à Faction par laquelle il se donne à nous.
(0 1. Petr. IV. 8.
SUR LE MÉLANGE DES BONS AVEC LES MÉCHANS. 6o5
SERMON
POUR