LXXXIII
(«) Fortis acies mentis et végéta, cum multa vera et incommutabilia certà ralione conspexerit, dirigit se in ipsam veriiatem quâc cuncla monstrantur, eique inhaerens tanquam obliviscitur caetera , et
in illà simul omnibus fruitur (') De tolo mundo ad se conversis,
qui diligunt eam, omnibus proxima est, omnibus sempilerna : nullo loco est, nusquam decst : foris admonet, intùs docet^ cémentes se commutât omnes in meiius, à nullo in deterius commutatur : nullus
de illà judicat, nullus sine illà judicat bene >) Mentes nostrae
aliquando eam plus vident, aliquando minus, et ex hoc falentur se e&se muiabiles; cùm illa in se manens nec proficiat cùm plus à Dobis videtur, qec deficiat cùm minus, sed intégra et incorrupLi, et conversos laetiHcet lumine, et aversos puniat cœcitate \^).
(0 S. Aug. de lib. Arb. lib. II, n. 36, tom. i , col. 6oi. — (a) Jbid. n. S;. — (3) Ibid^ p, 34 t '^ol. 600.
DE TOUS LES SAINTS. g'J
«personne ne juge bien sans elle. Nos esprits la » voient tantôt plus , tantôt moins ; et de là même » s'avouent muables, puisque la ve'rité demeurant » en soi-même toujours immuable , ne gagne rien » quand nous la voyons davantage , et ne perd rien )) quand nous l'apercevons moins. Mais toujours » entière et inaltérable , elle réjouit par sa lumière » ceux qui se tournent vers elle , et punit par Ta- » veuglement ceux qui lui tournent le dos «.
Rien de plus harmonieux que la vérité : nulle mélodie plus douce : nul parfum plus agréable , non [ pour ] ceux qui voient la superficie....
Qui ne désire pas ? qui ne gémit pas ? qui ne soupire pas dans cette vie ? Toute la nature est dans l'indigence. Gloire , puissance , richesses , abondance , noms superbes et magnifiques , choses vaines et stériles. Les biens que le monde donne , accroissent certains désirs et en poussent d'autres : semblables à ces viandes creuses et légères , qui pour n'avoir que du vent et non du suc ni de la substance , enflent et ne nourrissent pas , et amusent la faim plutôt qu'elles ne la contentent. Les grandes fortunes ont des besoins que les médiocres ne connoissent pas. Cette avidité de nouveaux plaisirs , de nouvelles inventions, marque de la pauvreté intérieure de l'ame. L'ambition compte pour rien tout ce qu'elle tient. Ne vous laissez pas éblouir à ces apparences : ce qui est richement couvert par le dehors , n'est pas toujours rempli au dedans j et souvent ce qui semble regorger , est vide.
Voulez-vous entendre la plénitude de la joie des saints? Allelida, Amen, louange à Dieu. Ils ne
qG pour Li fête
prient plus, ils ne ge'niissent plus : Inpairiâ nullus orandi locus , sed tantum laudandi; quia nihil deest : quod hic creditur , ibi videtur : iifuod hîc petitur, ibi accipitur (0 : « Dans la patrie il n'y a plus lieu à » la prière , mais seulement à la louange , parce 3) qu'on n'y manque de rien. Ce qu'on croit ici , là » on le voit : ce qu'on demande ici, là on le reçoit ». La créature ne soupire plus et n'est plus dans les douleurs de l'enfantement. Elle ne dit plus : « Malheu- » reux homme que je suis ! qui me délivrera de ce « corps de mort ('2} » ? Elle loue, elle triomphe, elle rend grâces. Amen, est verum : tota actio nostra. Amen et Alléluia erit (3). « Amen , cela est vrai : » toute notre action sera un Amen , un Alléluia.
» (") Mais n'allez pas vous attrister en considérant » ces choses d'une manière toute charnelle, et ne
(0 S. Aug. Serm. clix. n. i. — C*) Rom. vu. 24. — (') •$". Aug. Serm. cgglxii, n. 29, tom. y, col. lf^^5et i/{Z6.
C") Sed nolite iterum carnali cogitatione contristari , quia si forte aliquis vesirûm steterit et dixerit quotidie, Amen et Alléluia, laedio
marcescet et in ipsis vocibus dormitabit Non sonis transeuntibu*
dicemus , Amen, AUeluia , sed afiectu animi. Quid est enim Amen?
Quid AUelnia? Amen, est verum : Ailelnia, laudaie Deum Deus
Veritas est, incommutabilis , sine defectu, sine provectu, sine dctrimento, sine augmento, sine alicujus falsitatis inclinatione, perpétua etslabilis, et scmper incorruptibilis manens Amen utique
dicemus, sed insatiabili satietate. Quia enim non deerit aliquid, ideo satielas : quia vero illud quod non deerit semper delectabit, ideo quœdam, si dici potest, insaiiabilis satietas erit. Quàm ergo insatiabiliter satiaberis verilate, tara insatiabili veritate dices ,
Amen (0 Vacate et videte Sabbatum perpetuum (') Et
haec erit vita Sanciorum, haec actio quietonim {^) Stabilitas ibi
magna erit, et ipsa immortalitas corporis nostri jam suspendetur
(i) S, Aug. Serm. ccci.xii, «, ag, iibi suprà. — (a) Ibid. n. «8. — ' (3) IbiJ. n. 3e, col. 1437.
» dites
DE TOUS LES SAINTS. g'j
» dites pas ici que si quelqu'un entreprenoit , e'tant » debout, de répéter toujours, Amen, Alléluia, M il seroit bientôt consumé d'ennui, et s'endormi- » roit enfin tout en répétant ces paroles. Cet Amen, »*cet Alléluia ne seront point exprimés par des « sons qui passent , mais par les sentimens de l'âme » embrasée d'amour. Car que signifie cet Amen ? 3) que veut dire cet Alléluia ? Amen , il est vrai ; 3) Alléluia, louez Dieu. Dieu est la vérité, im- 3> muable, qui ne connoît ni défaut, ni progrès, ni » déchet, ni accroissement, ni le moindre attrait » pour la fausseté : éternelle et stable , elle demeure » toujours incorruptible. Ainsi nous dirons elFecti- 3> vement Amen y mais avec une satiété insatiable : » avec satiété, parce que nous serons dans unepar- » faite abondance; mais avec une satiété toujours )) insatiable, si l'on peut parler ainsi, parce que ce M bien, toujours satisfaisant, produira en nous un » plaisir toujours nouveau. Autant donc que vous » serez insatiablement rassasié de la vérité, autant » direz-vous par cette insatiable vérité , Amen , il » est vrai. Reposez-vous et voyez : ce sera un sabbat » continuel. Et telle sera la vie des saints, telle » l'action de leur paisible inaction. Là il y aura une » grande stabilité, et l'immortalité même de notre » corps sera attachée à la contemplation de notre M Dieu. Ne craignez donc pas de ne pouvoir tou- » jours louer , celui que vous pourrez toujours >> aimer.
in contemplatione Dei Noli timere ne non posais semper lau-
dare , quem semper potcris amare (').
(i) In Pt. txxxiii , n. 8 , tom. iv, col. 884-
BOSSUET. XI. n
<)8 POtJR LA FÊTE
» (**) Quand on dit que tout le reste nous sera M désormais soustrait , et que Dieu fera le sujet con- » tinuel de notre délectation , Famé accoutumée à » se délecter dans la multiplicité des objets, se trouve 3> comme angoissée. Cette ame charnelle , attachée » à la chair, dont les ailes engluées par ses mau- » vaises cupidités , l'empêchent de voler vers Dieu , « se dit : De quoi jouirai-je quand je ne mangerai , » ne boirai , ni ne vivrai plus avec ma femme ? M Quel plaisir me restera-t-il alors ? C'est la maladie » et non la santé qui vous fait goûter ce plaisir » imaginaire. Les malades sont sujets à certaines » envies. Ils brûlent d'ardeur pour une telle eau
(«) Quando dicitur quod caetera suhtrahuntur et sol us Deus erit quo delectemur, quusî anguslaïur anima quae consuevit muliis delectari, et dicit sibi anima camalis, carui addicta, visco malarum cupiditalum involutas pennas habens ne volet ad Deum, dicit sibi j Quid mihi erit ubi non manducabo, ubi non bibam, ubi cum uxore non dormiam ? quale gaudium mihi tune erit ? Hoc gaudium
tuum de aegritudine est, non de sanitate Sunt quxdam aegro-
tautium desideria : ardent desiderio aut alicujus fontis, aut alicujus
pomi- et sic ardent ut existiment quia frui debeant desideriis
suis. Yenit sanitas, et périt cupiditas : quod desidcrabat, faâtiditj
quia hoc in illo febris quaerebat Ciim mulla sint aegrotantium
desideria qux ista sanitas tollit : sic omnia tollit immortalitas ,
quia sanitas nostra immortaHtas est (*).
Spes lactat nos, nutrit nos, confirmât nos.
Bossuet avoit placé dans son manuscrit ces textes latins , dans Tordre où nous les rangeons ici. C'ëtoient autant de matériaux qui dévoient servir à compléter son discours : ib nous ont paru mériter d'être ici donnés de suite, pour mieux faire sentir le dessein de Fauteur , qui en avoit lui-même mis en français quelques jphrases , que nous avons eu soin de conserver dans noUe. traduc^ tion. Edit. de Ddforis.
(i) S, Aug. Serm, cci.t, n. 7, cfl. io53 cf to54>
DE TOUS LES SAINTS. gC)
» OU pour un fruit de telle espèce , et les souhaitent » si passionnément qu'ils s'imaginent devoir jouir de » Tobjet de leur désir. La santé revient et ces appé- » tits s'évanouissent. Le malade commence d'avoir » du dégoût pour les chpses qui lui causoient un » appétit si immodéré; parce que ce n'étoit pas » lui, mais la lièvre, mais la maladie qui cherchoit » ces choses. Or comme il y a beaucoup de désirs » de malades que la santé dissipe ; ainsi l'immorta- » lité enlève toutes les cupidités , parce que notre » santé consiste dans l'immortalité. L'espérance nous » allaite, nous nourrit, nous fortifie ».
Les esprits inquiets n'entendent pas cette joie : (c Ce peuple inquiet qui veut toujours être en mou- » vement , et ne sait point se reposer, ne plaît point » au Seigneur » : Hœc dicil Dominus populo qui dilexit movere pedes suos , et non quievit ^ et Domino non placuit (0. « Goûtez et voyez. Restez en » repos et voyez » : Gustate et videte, Vacate et videte (2). Ils ne connoissent . point d'action sans agitation , et ne croient pas s'exercer s'ils nç se tourmentent : Vacate et videte : « Restez en repos » et voyez «. Action paisible et tranquille. Voulezvous , mes Frères , que je vous en donne quelque idée? Souffrez que je vous fasse réfléchir encore une fois sur l'action qui vous occupe dans cette église.
Vous m' écoutez , ou plutôt vous écoutez Dieu qui vous parle par ma bouche. Car je ne puis parler qu'aux oreilles , et c'est dans le cœur que vous êtes attentifs, où ma parole n'est pas capable de péné-
(0 Jerem. xiv. 10. — W Ps. xxxm. 8. xlv. 10.
trer. Je ne sais si cette parole a eu la grâce de réveiller au dedans de vous cette attention secrète à la vérité qui vous parle au cœur : je l'espère , je le conjecture. J'ai vu, ce me semble, vos yeux et vos regards attentifs : je vous ai vu arrêtés et suspendus, avides de la vérité et de la parole de vie. Vous a-t-elle délectés? vous a-t-elle fait oublier pour un temps les embarras des alTaires, les soins empressés de votre maison, la recherche trop ardente des vains divertissemens? Il me le semble , mes Frères, vous étiez doucement occupés de la suavité de la parole. Qu'avezvousvu? qu'avez-vous goûté? quel plaisir secret a touché vos cœurs ? Ce n'est point le son de ma voix qui a été capable de vous délecter. Foible instrument de l'esprit de Dieu : discours fade et insipide ; éloquence sans force et sans agrément ; c'est ce qu'on peut par soi-même. Ce qui vous a nourris, ce qui vous a plu, ce qui vous a délectés, c'est la vue de la vérité.
Ainsi Marie, sœur de Marthe, étoit attentive aux pieds de Jésus et écoutoit sa parole. Ne vous étonnez pas de cette comparaison. Car encore que nous ne soyons que des hommes mortels et pécheurs , c'est cette même parole que nous vous prêchons. Ainsi elle s'occupoit du seul nécessaire, et prenoit pour soi la meilleure part qui ne pouvoit lui être ôtée. Qu'est-ce à dire qui ne peut lui être ôtée ? Les troubles passent, les affaires passent, les plaisirs passent , la vérité demeure toujours , et n'est jamais ôtée à l'ame qui s'y attache : elle la croit en cette vie, elle la voit en l'autre : en cette vie et en l'autre elle la goûte , elle en fait son plaisir et sa vie. Mais
DE TOUS LES SAINTS. lOI
si cette vérité' nous de'lecte quand elle nous est exprimée par des sons qui passent, combien nous ravira-t-elle quand elle nous parlera de sa propre voix éternellement permanente ? Ombres , énigmes , imperfection [ ici bas ] . Quelle sera notre vie lorsque nous la verrons à découvert ! Ici nous proférons plusieurs paroles , et nous ne pouvons égaler même la simplicité de nos idées : nous parlons beaucoup , et disons peu. Combien donc sommes-nous éloignés de la grandeur de l'objet que nos idées représentent d'une manière si basse et si ravalée? Et toutefois cette expression telle quelle de la vérité [ nous plaît]. Là une seule parole découvrira tout : SemeT locidus est Deus (0 : « Dieu a parlé une fois » , et il a tout dit: 11 a parlé une fois, et eii parlant il a engendré son Veirbe, sa parole , son Fils eii un mot. C'est en ce Verbe que nous verrons tout : c'est en cette parole que toute vérité sera ramassée. Et nous ne concevons pas une telle joie? Vdcate eti^idete : « Restez » en repos et voyez » : s6He« Ûé l'empressement et du trouble, quittez les soins turbulens. Ecoutez la vérité et la parole : Gusiate et 'videte : Goûtez et voyez' combien le Seigneur est doux ; et vous concevrez ce ravissement, ce triomphe, cette joie infinie, intime, de là Jérusalem céleste.
Mais, mes Frères, pour parvenir à ce repos, il ne nods faut' dbhhci^ aucun repos. Nul travail quand ntftts^èWti's au lieu dé repos: nul repos tant que nous sçrons au lieu de travail. Pour être chrétien, il faut sentir quon est voyageur; et celui-là ne le connoît
i')Ps.LXU II.
lOa rOUTt LA PÊTE
pas, qui ne court point sans relâche h sa bienheureuse patrie. Ecoutez un beau mot de saint Augustin : Qui non gémit peregrinuSj nongaudebit civisi^): « Celui qui ne gémit pas comme voyageur, ne se » réjouira pas comme citoyen ». Il ne sera jamais habitant du ciel, parce qu'il séjourne trop volontiers sur la terre; et s'arrêtant où il faut marcher, il n'arrivera pas où il faut parvenir.
Mes frères, nous ne sommes pas encore parvenus, comme dit le saint apôtre (2} ; notre consolation c'est que nous sommes sur la voie. Jésus-Christ est « la 5) voie , la vérité et la vie (5) ». C'est à lui qu'il faut tendre, et c'est par lui qu'il faut avancer. Mais, mes Frères , dit saint Augustin , « cette voie veut des » hommes qui marchent » : F^ia ista ambulantes quœrit: c'est-à-dire des hommes qui ne se reposent jamais, qui ne cessent jamais d'avancer ; en un mot deshommes généreux et infatigables : Via ista ambulantes quœrit. Tria sunt gênera hominum quœ odit ; remanentem , rétro redeuntem , aberrantem (4) : Ecoutez : « Elle ne peut souffrir trois sortes d'hommes ; ceux » qui s'égarent, ceux qui retournent, ceux qui s'ar- » rêtent » : ceux qui se détournent , ceux qui s'égarent, ceux qui sortent entièrement de la voie : ceux qui suivent leurs passions insensées , et qui se précipitent aux péchés damnables.
Je n'entreprends pas de vous dire tous les égaremens et tous les détours; mais je vous veux donner
(') In Ps. cxLvni. n. 4, tom. iv, col. 1675. — (') Philip, ni. 12. — C3) Joan. XIV. 6. — (4j Serm. de. Cantic. nowot n. 4» tom. vi,. eol. 593.
DE TOUS LES SAINTS. loj
une marque pour recoimoître la voie, la marque de l'Evangile , celle que le Sauveur nous a enseignée. Marchez-vous dans une voie large : dans une voie spacieuse: Y marche -t- on à son aise? y marchet-on avec la troupe et la multitude , avec le grand monde? etc. Ce n'est pas la voie de votre patrie. Vous n'êtes pas sur la voie; c'est la voie, ^e perdition -, le chemin de votre patrie est un sentier étroit et serré. Le train et l'équipage embarrasse dans cette voie ; je veux dire l'abondance , la commodité. Les vastes désirs du monde ne trouvent pas de quoi s'y étendre. Les épines qui l'environnent se prennent à nos habits et nous arrêtent. Tous les jours il nous en coûte quelque chose , tantôt un désir et tantôt un autre ; comme dans un chemin difficile le train diminue toujours; et tous les jours dans un sentier si serré, il faut laisser quelque partie de notre suite, c'est-à-dire quelqu'un de nos vices, quelqu'une de nos passions ; tant qu'enfin nous demeurions seuls, nus et dépouillés, non -seulement de nos biens , mais de nous - mêmes. C'est Jésus- Christ, clest l'Evangile [ qui nous le disent ]. Qui de nous [ refqsera de le cj'oire?].Tous les j.ours plus k l'étroit*:.*.. :,>)( f, ; i ;
Ceux qui retournent en arrière , ils sont sur la voie, mais ils reculent plutôt que d'avancer. Entendons et pénétrons : vous avez embrassé la perfection, vous ayez choisi la retraite, vous vous êtes consacré à Dieu d'une façon particulière, vous avez banni les pompes du monde, vous avez appréhendé de plaire trop. Vous avez recherché les véritables
orneniens d'iine femme chrétienne, ccst^à-dire la retenue et la modestie , retranchant les vanités et le superflu. La prière, la prédication, les saintes lectures ont fait votre exercice le plus ordinaire. Vous vous lassez dans cette vie ; Vous ne sortez pas (}e la voie, vous ne vous précipitez pas aux péchés damnables ; mais vous faites néanmoins un pas en arrière. Vous prêtez de nouveau Foreille aux dangereuses flatteries du monde ; . vous rentrez dans ses joies, dans ses jeux et dans son commerce; vous prodiguez le temps que vous ménagiez ; vous ôtez à la piété ses meilleures heures. 5i vous ne quittez pas votre modestie , touà voulez du moins qu'elle plaise , et vous ajoutezquelqué chose à cette simplicité qui vous paroît trop sauvage- Ah ! cette voix intérieure du Saint-Esprit qui vous poussoit dans le désert avec Jésus-Christ-, ic' est-à-dire à la solitude et à la vie retirée^ vous la laissez étourdir par le bruit du mondé , par son tumulte , par ses embarras : voUs n'êtes pas propre au royaume de Dieu. « Celtii-làn'yNîstpâs^ propre, dit le Fils de Dieu, » qui ayant mis la mâm à, la cliarrue* rc'g.irLde der- 3> rière (0». Une dit, pas qui i*etoum«, aimais qui regarde en arrière. Ce ne sont pas seulement les pas , ihais les regaixls mêmes ^'il veut retenir : tant il demande d'attentioti , d'exactitude, de persévérance. Songez à la femme de- Lot et au châtiment terrible que Dieu exerça sur elle (2), pour avoir seulement retourné leô yeux du côté de la corruption' qu'elle àvoit quittée. Vous faites injure au SiaintrEsiprit et
(•) Luc. IX. 6a. — (») Gen. xix. aC. - . .
DE TOUS LES SAINTS. Io5
à la vocation divine, à cet espiit gënéreiix qui né sait point se relâcher ni se ralentir : vous ramollissez sa forcé , vous rétardez sa divine et impe'tueuse ardeur; et par une juste punition il vous abandonnera à votre foiblesse. Vous aviez si bien commence !' Vous vous repentez d'avoir bien fait : vdtis faites* pénitence de vos bonnes œuvres, pénitence qui i^ejouit non l'Eglise , mais le monde ; non lès àngès y mais les démons. • '
''^kis'ily en-àeticbre'd''autres celle ne souffre pas même ceux qm s*îfn'ê\:eiill , ceux qtii disent: J'en ai assez fait, je n'ai qu'à m'entretenir dahs ma manière de vie : je ne veux pas aspirer à une plus haute perfection , je la laisse aux religieux ; pour moi je riiè' contente de ce qui eSt absolument nécessaire pour le salut e'tefnel. Ts^oùvelle espèce dé fu'ile et de retraite : car pôui^^amver à cette montagne, à cette ssiihte Sion , dont le chemin' est si roide et si droit, si Toh né s'efforce pour monter toujours, la pente nous emporte et notre propre poids nous précipite. Tellement que, dans la voie du salut, si l'on ne é6uï\. , dti retombe ; ^i on làhguit , trti tneiirt bieiitôt; si oii tîë fait-^ tdiit^ on né fait riéh : éiillii marciiei- lentement , c'est reridi-e la' ch^te^inFailîible.^ ' ]N'e'ttijerie2i bas Iniè" vie ^ Moitié sainte "et moitié
r *■ < • il'' '
profane, moitié' •cht'étîcnhë' et ^itié ihondfeiiïjé 'y où' pl'utôt toute m'oridaine ' et toute pi^bfane ; parce qu'elle n'est qu'à derrii chrétienne et à demi ^aîiitè. Que vois- je dans ç« monde de ces, vies, mêlées i On fait profession de pi<$té , et on aime erÎGo^e les pompes du monde. On est des œuvres de charité, et
Io6 POUR LA râTK
on abandonne son cœur à l'ambition. « La loi est » déchirée , et le jugement ne vient pas à sa per- » fection « : Lacerata est lex j et non pervenit adfinem judicium (0. La loi est déchirée , l'Evangile , le christianisme n'est en nos mœurs qu'à demi -, et nous cousons à cette pourpre royale un vieux lambeau de mondanité. Nous réformons quelque chose dans notre vie ; nous condamnons le monde dans une partie de sa cause, et il devoit la perdre en tout point, parce qu'il n'y en a jamais eu de plus déplorée. Ce peu que nous lui laissons marque la pente du cœur*
Ecoutez donc FEvangile : Contendite (2). <c Effor-» 5)cez-vous ». En quelque état [que vous soyez], « faites effort » , contendite. Si pour avancer à la perfection, combien plus pour sortir du crime? Marchez par la voie des saints : ils ne sont pas tous au m^me degré, mais tous [ ont pratiqué] le même Evangile. « Il y a plusieurs demeures dans la mai- » son de mon. Père (3) « , mais il n'y a qu'une même voie pour y parvenir, qui est la ypie d^ la croix , c'est-à-dire la voie de la pénitence. Si cependant Dieu vous frappe, etc., ne vous laissez pas abattre. «N|Ç «craignez pas, petit troupeau » : Nolite timere, pusillus grex (4). Il vous corrige, il vous châtie; ce n'est pas là ce qu'il faut craindre : Ne tihieas flagellari, sed exhœredari (5) : « JN^e craignez pas » que votre Père vous châtie : craignez qu'il ne vous
'*^W Hab. 1. 4. -- («) Luc. XIII. i4;i^(a0.>oteit. ^iV. A -'^O luè^ XII. 3a. — " (5) »y. Aug. in Ps. lxxxvui. Serm. 11, n. a, tvnti IT^,
î> déshérite ». En perdant votre he'ritage, vous perdrez tout; car vous le perdrez lui-même. Et ne vous plaignez pas qu'il vous refuse tant de biens qu'il accorde aux autres. Si vous voulez qu'il vous exauce toujours , ne lui demandez rien de médiocre , rien moins que lui-même , « rien de petit au grand » : A magno pars>a (0 : son trône, sa gloire, sa vérité, etc.
'(•) S, Greg. JYaz. Ep, cvi, tom. ï, p. 849, ^^^^' '^9^
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