‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 4)Chapitre 14 sur 58 · DE N. S. JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

DE N. S. JÉSUS-CHRIST

Jésus , l'unique et véritable Pontife, figuré dans les cérémonies de Tancienne loij le seid qui remplit parfaitement les fonctions du sacerdoce. Besoin que nous avions d'un pareil Pontife : pourquoi devoit-il monter au ciel. Excellence de sa qualité de Médiateur . comment est-il le Médiateur universel. En quel sens donnons-nous ce nom aux saints. Avec quel succès il sollicite , comme notre avocat, la miséricorde divine en notre faveur : grâces et bénédictions qu'il répand sur nous du haut du ciel. Raisons qui doivent nous porter a être éternellement enflammés des désirs célestes.

Praecursor pro nobis introivit Jésus, secundiim ordinem Melchisedech Pontifex factus in œternum.

Jésus notre avanUcoureur est entré pour nous au dedans du voile , cest'h-dire^au ciel ^ fait Pontife éternellement selon Vordre de Melchisedech. Hebr. vi. 20.

iSi Ton voyoit une telle magnificence , lorsque les consuls et les dictateurs triomphoient des nation* étrangères; si les arcs triomphaux portoient jusqu'aux nues le nom et la gloire du victorieux; s'il montoit dans le Capitole au milieu de la foule de

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ses citoyens, qui faisoient retentir leurs acclamations jusque devant les autels de leurs dieux : aujourd'hui que notre invincible Libérateur fait son entre'e au plus haut des cieux , enrichi des de'pouilles de nos ennemis , quelle seroit notre ingratitude , si nous n'accompagnions son triomphe de pieux cantiques et de sincères actions de grâces? Certes, il est bien juste, ô Seigneur Jésus, que nous assistions avec une sainte allégresse à la célébrité de votre triomphe : car encore que, sortant de ce monde, vous emportiez avec vous toute notre joie; encore que cette solennité regarde plus apparemment les saints anges, qui seront dorénavant réjouis par l'honneur de votre bienheureuse présence ; toutefois il est assuré que nous avons la plus grande part en cette journée. Vos intérêts sont de telle sorte liés avec ceux de notre nature, qu'il ne s'accomplit rien en votre personne qui ne tourne à l'avantage du genre humain : vous ne montez au ciel , que pour nous en ouvrir le passage : « Je m'en vais, dites-vous, préparer vos 5) places (0 ». C'est pourquoi votre apôtre saint Paul ne craint pas de vous appeler notre avant-coureur, et de dire que vous entrez pour nous dans le ciel : tellement que si nous savons comprendre vos intentions, vous ne frustrez aujourd'hui notre vue, que pour accroître notre espérance.

Et en effet, considérons, mes très-chères Sœurs, quel est le sujet de ce magnifique triomphe qui se fait aujourd'hui dans le ciel. N'est-ce pas qu'on y reçoit Jésus -Christ comme un conquérant? Mais c'est nous qui sommes sa conquête; et c'est de no«

(0 Joan. XIV. 2.

ennemis qu'il triomphe. Toute la Cour céleste accourt au-devant de Jésus; on publie ses louanges et ses victoires; on chante qu'il a brisé les fers des captifs, et que son sang a délivré la race d'Adam éternellement condamnée. Que si on honore sa qualité de Sauveur; eh! quelle est donc notre gloire, mes Sœurs, puisque le salut et la délivrance des hommes fait non-seulement la fête des anges, mais encore le triomphe du Fils de Dieu même? Réjouissons-nous, mortels misérables, et ne respirons plus que les choses célestes. La divinité de Jésus, toujours immuable dans sa grandeur, n'a jamais été abaissée; et par conséquent ce n'est pas la divinité qui est aujourd'hui établie en gloire ; car elle n'a jamais rien perdu de sa dignité naturelle. Cette humanité qui a été méprisée, qui a été traitée si indignement, c'est elle qui est élevée aujourd'hui : et si Jésus est couronné en ee jour illustre , c'est notre nature qui est couronnée ; c'est elle qui est placée dans ce trône auguste devant lequel le ciel et la terre se courbent. « Celui qui est descendu, dit saint Paul (0, c'est lui- » même qui est monté » : celui qui étoit si petit sur la terre, est infiniment relevé dans le ciel ; et par la puissance de Dieu, sa grandeur est crue selon la mesure de sa bassesse.

Nous lisons au livre des Nombres (^), que lorsque l'on élevoit l'arche d'alliance, Moïse disoit: «Elevez- » vous , Seigneur , et que vos ennemis disparoissent ; » et que ceux qui vous haïssent, soient dissipés de- » vant votre face » : et lorsque les lévites la descendoient: «Venez, disoit- il, ô Seigneur, à la multi-

CO Ephes. IV. 10. — W Num. x. 35, 36.

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)> tilde de Tarnie'e d'Israël ». Que signifioit cette arclie , sinon le Sauveur ? C'ëtoit par Tarche que Dieu rendoit ses oracles ; par l'arche il se faisoit voir a son peuple : l'arche étoit ornée de deux chérubins sur lesquels il se reposoit en sa majesté. Et n'est-ce pas Jésus qui est l'interprète et l'oracle du Père > parce qu'il est sa parole et son Fils? N'est-ce pas en la personne du Médiateur « que la divinité habite » corporellement», comme ditl'apôtre saint PauKO; et que ce Dieu invisible en lui-même, en s'appropriant une chair humaine, s'est vraiment rendu visible aux mortels? et ainsi l'arche représentoit au vieux peuple le Fils de Dieu fait homme, qui est le prince du peuple nouveau : c'est lui en eftet qui est descendu , et c'est lui aussi qui est élevé. Ce Dieu -homme est descendu pour combattre : c'est pourquoi Moïse disoit: Descendez , Seigneur, à l'armée. Il monte pour triompher : c'est pourquoi le même Moïse dit : hAe~ vez-vous. Seigneur, et que vos ennemis fuient devant votre faee. Moïse prie le Dieu d'Israël de descendre à l'armée de son peuple ; cela sent le travail du combat : mais en ce qu'il assure qu'en s'élevant, sa présence dissipera tous ses ennemis; qui ne remarque la tranquillité du triomphe? C'est ce que nous voyons accompli en la personne de not^ Sauveur. Jésus-Christ , dans l'infirmité de sa chair, au jour de sa passion douloureuse, a livré bataille à Satan et à ses anges rebelles, qui étoient conjurés contre lui. Sans doute il est descendu pour combattre, puisqu'il a combattu par sa mort : c'est descendre infiniment à un Dieu , que de mourir cruellement sur un bois (0 Coloss. II. 9.

infâme. Mais aujourd'hui, ce même Jésus, après son combat, montant à la droite du Père, met tous ses ennemis à ses pieds ; et à la vue d'une si grande puissance, «tout genou se fléchit devant lui, comme dit 5) l'apôtre (0, dans le ciel, sur la terre, et dans les » enfers». Chantons donc avec le Psalmiste, et disons à notre Maître victorieux : «Elevez-vous, Sei- » gneur, au lieu de votre repos, vous et l'arche » que vous vous êtes sanctifiée (2) » j c'est-à-dire, vous et l'humanité que vous vous êtes unie : disons avec Moïse : « Elevez -vous. Seigneur, et que vos i> ennemis disparoissent ; et que ceux qui vous » haïssent , soient dissipés devant votre face » . Et certainement il est vrai que la magnificence de son triomphe dompte la fierté de ses adversaires , et rompt leurs entreprises audacieuses. Les démons n'auroient point senti leur déroute, s'ils n'avoient reconnu par expérience que l'autorité souveraine avoit été mise aux mains de celui dont ils avoient méprisé la foiblesse : c'est pourquoi il étoit conve* nable qu'après être descendu pour combattre, il allât au ciel recueillir la gloire que ses victoires lui avoient acquise. Gomme un prince, qui a sur les bras une grande guerre contre une nation éloignée, quitte J)our un temps son royaume, pour aller combattre ses ennemis en leur propre terre; puis, l'expédition étant achevée , il rentre avec un superbe appareil dans la ville capitale de son royaume, et orne toute sa suite et ses chariots des dépouilles des peuples vaincus : ainsi le Fils de Dieu, notre roi, voulant renverser le règne du diable , qui , par une

CO Philip. II. 10. — WP^. cxxxi. 8.

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insolente usurpation , s'e'toit hautement de'claré le prince du monde , est lui-même descendu en terre , pour vaincre cet irre'conciliable ennemi ; et l'ayant de'posse'dé de son trône par des armes qui n'auroient rien eu que de foible, si elles avoient été employées par d'autres mains que celles d'un Dieu , il ne restoit plus autre chose à faire, sinon qu'il retournât triomphant au ciel, qui est le lieu de son origine, et le siège principal de sa royauté. Vous voyez donc que Jésus-Christ, comme roi, devoit nécessairement remonter au ciel.

Mais le Seigneur Jésus n'est pas seulement un roi puissant et victorieux , il est le grand sacrificateur du peuple fidèle, et le pontife de la nouvelle alliance ; et de là vient qu'il nous est figuré dans les Ecritures en la personne de Melchisédech , qui étoit tout ensemble et roi et pontife. Or cette qualité de pontife, qui est le principal ornement de notre Sauveur, en qualité d'homme , Tobligeoit encore plus que sa royauté à se rendre auprès de son Père, pour y traiter les affaires des hommes , desquels il est établi le médiateur. Et d'autant que le texte du saint apôtre , que je me suis proposé de vous expliquer, joint l'ascension de Jésus-Christ dans los cieux avec la dignité de son sacerdoce; suivons diligemment sa pensée , et proposons la doctrine toute céleste qu'il étale avec une si divine éloquence dans l'incomparable épître aux Hébreux : mais pour y procéder dans un plus grand ordre , réduisons tout notre discours à trois chefs.

Le pontife, ainsi que nous le verrons dans la suite, est le député du peuple vers Dieu : en cette qualité,

il a trois fonctions principales. Et premièrement il faut qu'il s'approche de Dieu au nom du peuple qui lui est commis : secondement étant près de Dieu, il faut qu'il s'entremette , et qu'il ne'gocie pour son peuple : et enfin en troisième lieu, parce qu'étant si proche de Dieu , il devient une personne sacrée , il faut qu'il consacre les autres en les bénissant. J'espère, avec l'assistance divine, que la suite démon discours vous fera mieux comprendre ces trois fonctions : pour cette heure , je ne vous demande autre chose , sinon que vous reteniez ces trois mots : « Le pontife , dit » l'apôtre saint Paul (0 , est établi près de Dieu » pour les hommes «. Pour cela, il faut qu'il s'approche, il faut qu'il intercède, il faut qu'il bénisse : car , s'il ne s'approchoit , il ne seroit pas en état de traiter; et s'il n'intercédoit , il lui seroit inutile de s'approcher ; et s'il ne bénissoit , il ne servirôit rien au peuple de l'employer. Ainsi en s'approchant, il nous prépaie les grâces; en intercédant, il nous les obtient; en bénissant, il les épanche sur nous. Or ces fonctions sont si excellentes , qu'aucune créature vivante n'est capable de les exercer dans leur perfection. C'est Jésus , c'est Jésus qui est l'unique et le véritable -pontife : c'est lui seul qui approche de Dieu avec dignité; lui seul qui intercède avec fruit; lui seul qui bénit avec efficace. Ce sont de grandes choses en peu de mots : attendez-en l'explication de l'apôtre, dont je ne ferai que suivre les raisonnemens. Montrons par cette doctrine toute chrétienne, qu'il étoit nécessaire que notre Sauveur, pour faire sa charge de grand pontife, allât prendre sa place

i') Ilchr.y. I.

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auprès de son Père , à la droite de sa Majesté : faisons voir incidemment à nos adversaires , qui veulent tirer ces belles maximes à l'avantage de leur nouvelle doctrine , qu'ils les ont très-mal entendues , et que le ve'ritable sens en est dans l'Eglise. Seigneur Jésus , soyez avec nous.

PREMIER POINT

La doctrine de l'apôtre m'oblige à vous représenter la structure du tabernacle , qui étoit le temple portatif des Israélites, et tout ensemble celle du temple auguste de Jérusalem, que Salomon avoit fait bâtir sur la forme du tabernacle, que Dieu luimême avoit désigné à Moïse. Le temple donc et le tabernacle avoient deux parties : le devant du temple, où l'autel des sacrifices étoit au milieu, et dont l'entrée étoit libre à tous les enfans d'Israël ; là se faisoient les oblations , et toutes les autres cérémonies qui regardoient le service divin : le Lieu saint, oii étoient les tables , les pains de proposition , les pai:fums , le chandelier d'or , et oh entroient les enfans d'Aaron et les lévites. Mais il y avoit une autre partie plus secrète et plus retirée , où étoit l'arche , et le propitiatoire qui étoit la couverture de l'arche , et les chérubins d'or qui étendoient leurs ailes sur l'arche , comme pour couvrir la majesté du Dieu des armées , qui avoit en ce temps choisi l'arche pour sa demeure. Ce lieu auguste, si religieux et si vénérable, consacré par une dévotion plus particulière, s'appeloit l'Oracle ouïe Sanctuaire, ou autrement le Lieu très-saint et le Saint d(,^s saints, selon

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la façon de parler des Hébreux. De ce lieu , il etoit prononcé : Quiconque y entrera , il mourra de mort. C'étoit le lieu secret et inaccessible, oii on n'osoit pas même porter ses regards ; tant il étoit vénérable et terrible : et c'est pourquoi entre le Lieu saint et le Sanctuaire , un grand voile parsemé de chérubins étoit étendu, qui couvroit les mystères aux yeux du peuple , et leur apprenoit à les respecter dans une profonde humiliation. Telle étoit la forme du temple oui l'ancien peuple servoit le Seigneur son Dieu.

Que ce lieu avoit de majesté, chrétiens! et que c'est avec beaucoup de raison que les plus grands monarques de l'Orient l'ont honoré par leurs sacrifices, et ont donné tant de privilèges illustres à ce temple et à ses ministres ! Mais il vous paroîtra beaucoup plus auguste, si vous remarquez que cette sainte maison étoit la seule dans tout l'univers que Dieu avoit choisie pour son domicile , et qu'il n'y avoit que ce lieu sur la terre où l'on fît le service du vrai Dieu vivant, et dans lequel on lui consacrât des victimes. C'est ce qui a fait dire aux anciens Hébreux , et après à quelques auteurs ecclésiastiques (0, que ce temple unique du peuple de Dieu, étoit la figure du monde. Car de même qu'il n'y a qu'un Dieu créateur , et un monde qui est l'ouvrage de sa sagesse, et comme le temple de sa majesté, où il est loué et servi par l'obéissance de ses créatures ;

(0 Phil. lib. de Somn. ii, de MonarcJi. S. Hieronym. Epist. ad Fahiol. tvin» n, col. 5^8. Homil. inter oper. S. Chrysost. tom u , p. 793.

ainsi

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ainsi il n'y avoit qu'un seul temple, qui représentoit dans son unité' le monde unique, qui a été' fait par le Dieu unique.

Selon cela, j'apprends de l'apôtre, que cette partie du temple de Salomon dans laquelle se faisoit l'assemblée du peuple, nous figuioit la terre, qui est la demeure des hommes ; et que ce lieu si secret , si impe'nétrable, où étoit l'arche du témoignage, « ou » Dieu, comme dit le Psalmiste (0 , étoit assis sur les » chérubins », représentoit cette haute demeure, que l'Ecriture appelle « le ciel des cieux ('^) » , où l'Eternel se fait voir en sa gloire. C'est pourquoi et l'arche et le sanctuaire, qui étoient honorés en ce temps là , comme je l'ai dit , de la présence particulière de Dieu , étoient couverts d'un voile mystérieux ; pour nous faire entendre ce que dit l'apôtre, que « Dieu ha- » bite une lumière inaccessible (^) » , et que l'essence divine est cachée par le voile d'un impénétrable secret. Et d'autant que les hommes, par leurs péchés, s'étoient exclus éternellement de la vue de Dieu ; ce qui a fait dire si souvent au vieux peuple : « Si » nous voyons Dieu, nous mourrons (4) »; de là vient que l'entrée du sanctuaire étoit interdite, sous peine de mort, à tous les enfans d'Israël, par une espèce d'excommunication générale, qui représentoit à ceux qui étoient éclairés, que, sans la grâce de notre Sauveur, nonobstant les services, les victimes et les cérémonies de la loi, tous les hommes étoient excommuniés du vrai sanctuaire du Dieu vivant ; c'est-à-dire , de son royaume céleste. Et cette

(') Ps. xcviii. I. — . (■») Ps. cxiii. i6. — ^,3) /. Xim. vu. i6.— (-1) Jiidic. XllI. 23.

BoSSUET. XIV. n

gS SUR LE MYSTÈRE

interprétation, chrétiens, n'est pas une invention de l'esprit humain : l'apôtre nous l'enseigne en termes exprès , quand il dit aux Hébreux , que par cette rigoureuse défense d'entrer et de regarder dans le sanctuaire , « le Saint-Esprit nous vouloit montrer, M que le chemin des lieux saints n'étoit point ouvert, )) tant que le premier tabernacle étoit en état (0 ». L'apôtre veut nous apprendre que tant que ce tabernacle sera en état; c'est-à-dire, tandis que l'on n'aura point de meilleures hosties que les animaux égorgés , le chemin des lieux saints , c'est-à-dire , la porte du ciel, nous sera fermée.

Mais, mes Frères, réjouissons-nous; le sang de notre Seigneur Jésus a levé cette excommunication delà loi. Ecoutez l'apôtre saint Paul, qui vous dit « qu'il a pénétré au dedans du voile ('^) ». Vous entendez maintenant , ce me semble , ce que signifie le dedans du voile : il entend que Jésus est monté dans le ciel, qu'il est entré en ce divin sanctuaire, et que cette secrète et inaccessible demeure de Dieu, dont les hommes étoient exclus pour jamais, a été ouverte à Jésus-Christ-homme , qui y a porté les prémices de notre nature. Et voyez cette vérité figurée par une admirable cérémonie de la loi, que l'apôtre nous explique mot à mot dans le même chapitre. Je vous prie, rendez -vous attentifs, et écoutez la plus belle figure , la plus exacte, la plus littérale qui nous ait jamais été proposée.

Ce lieu si caché, si impénétrable, étoit ouvert une fois l'année ; mais il n'étoit ouvert qu'un moment, et à une seule personne, qui étoit le grand W//ei. IX.8. — (')i^iW.vi. II).

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sacrificateur. Car d'aïUant que la fonction du pontife, c'est de s'approcher de Dieu pour le peuple ; ^ il sembloit bien raisonnable, mes Sœurs, que le souverain prêtre de l'ancienne loi entrât (juelquefois dans le sanctuaire , où Dieu daignoit bien habiter pour lors : aussi lui est-il ordonne dans le Lcvitique (0, d'entrer dans le Saint des saints une fois Tannée. Mais d'autant que le pontife des Juifs étoit lui-même un homme pécheur; avant que de s'approcher de ce lieu que Dieu avoit rempli de sa gloire, il falloit qu'il se purifiât par des sacrifices. Représentez- vous toute cette cérémonie, qui est comme une histoire du sauveur Jésus : figurez- vous que cet uni(jue moment est venu , où le pontife doit entrer dans le Saint des saints, qu'il ne reverra plus de toute l'année, de peur qu'il ne meure ; car telle est la rigueur de la loi. Voyez-le dans le premier tabernacle, qui sacrifie deux victimes pour ses péchés , et pour les péchés du peuple qui l'environne : considérez-le faisant sa prière , et se préparant d'entrer en ce lieu terrible (2). Après ces sacrifices olî'erts, lui reste-t-il encore quelque chose à faire , et ne peut-il pas désormais s'approcher de l'arche? Non, fidèles; s'il s'en approche ainsi, il est mort: la majesté de Dieu le fera périr. Comment donc? Remarquez ceci, je vous prie : qu'il prenne le sang de la victime immolée , qu'il le porte avec lui devant Dieu dajis le sanctuaire , qu'il y trempe ses doigts , et Dieu le regardera d'un • bon œil ; ensuite il priera devant l'arche pour ses péchés et

(0 Le^it. XYi. 3.J. — (') IbiJ. 1 et seq.

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pour ceux des Israélites, et sa prière sera agréable. Qui ne voit ici, chre'tiens, que ce n'est point par son propre mérite que l'accès lui est donné dans le sanctuaire ? C'est le sang de la victime immolée qui l'introduit, et qui le fait agréer. Je vous prie, voyez le mystère : l'hostie est offerte hors du sanctuaire, mais son sang est porté dans le Saint des saints ; par ce sang le pontife pénètre au dedans du voile, piir ce sang il approche de Dieu, par ce sang ses prières sont exaucées. Dites -moi, fidèles, quel est ce sang? le sang des bêtes brutes est-il capable de réconcilier l'homme? notre Dieu se plaît -il si fort dans le sang des animaux égorgés, qu'il ne puisse souffrir son pontife devant sa face , s'il n'est , pour ainsi dire, teint de ce sang? A travers de ces ombres, ne découvrez-vous pas le Seigneur Jésus, qui , par son sang , ouvre le sanctuaire éternel ? Mais il faut vous le faire toucher au doigt. Je vous demande quel est ce pontife dont la dignité est si relevée , que lui seul pût entrer dans le sanctuaire, dont l'imperfection est si grande, qu'il n'y peut entrer qu'une fois l'année, qu'il n'y peut introduire son peuple, et qu'il'n'y est lui-même introduit que par le sang d'un bouc ou d'un veau? Quelle est la majesté de ce sanctuaire ovi on entre avec tant de cérémonie ? mais quelle est l'imperfection de ce sanctuaire, dont l'entrée, si -sévèrement interdite, est ouverte enfin par le sang d'une bête sacrifiée ? Enfin quelle est la vertu et tout ensemble l'imbécillité de ce sang , qui donne la liberté d'approcher de l'arche, mais qui ne la donne qu'au pontife seul,

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qui ne la lui donne que pour un moment , et laisse après cela Tentree défendue par une loi éternelle et inviolable ?

Dites-nous , ô Juifs aveugles , qui ne voulez pas croire au sauveur Jésus , d'où vient cet étrange assemblage d'une dignité si auguste et d'une iraperfection si visible ? tout cela ne vous préche-t-il pas que ce sont des figures ? Parce que vos cérémonies sont des ombres, elles ont de l'imperfection; et elles ont aussi de la dignité, à cause des mystères de Jésus quelles représentent. Ce sang, ce pontife, ce Saint des saints , ne vous crient-ils pas : Peuple , ce n'est pas ici ton pontife qui t'introduira au vrai sanctuaire : ce n'est pas ici le vrai sang qui doit purger tes iniquités : ce n'est pas ici ce grand sanctuaire où repose la majesté du Dieu d'Israël : Dieu t'enverra un jour un pontife plus excellent, qui, par un meilleur sang, t'ouvrira un sanctuaire bien plus auguste.

Admirez en effet , mes très-chères Sœurs , comme tant de choses en apparence si enveloppées , et qui semblent si contraires en elles-mêmes, cadrent et s'ajustent si proprement au sauveur Jésus. Le pontife offre son sacrifice hors du sanctuaire, au milieu de l'assemblée de son peuple ; le sacrifice de la mort de Jésus se fait sur la terre , au milieu des hommes ; le pontife entre au dedans du voile, c'est-à-dire, dans le Saint des saints ; Jésus , après son sanglant sacrifice , pénètre au vrai Saint des saints , c'est-àdire au ciel : le pontife n'offre qu'une fois Tannée ce sacrifice qui découvre le sanctuaire -, Jésus-Christ n'a offert qu'une fois ce sacrifice d'une vertu infi-

nie , par lequel les cieux sont ouverts : car, fidèles , qui ne sait que l'anne'e , dans sa perfection accomplie , repre'sente en abrégé l'étendue des siècles ; puisqu'il est si évident que les siècles ne sont que des années révolues? Le pontife ayant immolé sa victime sur Tautel du premier tabernacle, porte son sang devant la face de Dieu dans son sanctuaire , afin de l'appaiser sur son peuple; Jésus, ayant immolé sur la terre, n'accomplit-il pas ce mystère montant aujourd'hui dans les cieux ? Voyez comme il s'approche du trône du Père , lui montrant ces blessures toutes récentes, toutes teintes et toutes vermeilles de ce divin sang, de ce sang de la nouvelle alliance, versé pour la rémission de nos crimes : n'est-ce pas là , mes Frères , porter vraiment devant la face de Dieu le sang de la victime innocente qui a été immolée pour notre salut? Ouvrezvous donc, voile mystérieux, ouvrez -vous, sanctuaire éternel de la Trinité adorable ; laissez entrer Jésus-Christ mon pontife au plus intime secret du Père. Car si le sang des veaux et des boucs rendoit accessible le Saint des saints, bien qu'une loi si rigoureuse en fermât la porte ; le sang de l'homme- Dieu, Jésus-Christ, n'ouvrira-t-il pas le vrai sanctuaire? Et si le pontife du vieux Testament avoit de si beaux privilèges , bien qu'il ne s'approchât de ce très-saint lieu , que « par un sang étranger « , comme dit l'apôtre (0, c'est-à-dire, par le sang des victimes; quelle doit être la gloire de notre pontife , « qui se présente à Dieu en son propre sang » ; Per proprium sanguinem ^ dit le même apôtre (2).

(0 lleb. IX. a5. ^ [•^) Ihid. 1 2.

DE L^ASCEIVSION DE JÉSUS-CHRIST. Io3

Et si le pontife selon l'ordre d'Aaron ^ qui étoit un homme pe'clieur, pe'nètre dans la partie la plus sainte ; qu'y aura-t-il de si sacré dans les cieux où Je'sus ne doive être introduit ? Je'siis , dis-je, ce pontife si pur et si innocent, qui e'tant seul agréable au Père, a été seul établi sacrificateur selon l'ordre de Melchisédech (0.

Admirons donc maintenant, mes très -chères Sœurs, l'excellence de la religion chrétienne, par l'éminente dignité de son sacerdoce. Le pontife du vieux Testament, avant que d'entrer dans le Saint des saints, ofFroit des sacrifices pour ses péchés et pour les péchés de son peuple; après, étant au dedans du voile, il continuoit la même prière pour «es péchés et pour ceux des Israélites. Jésus -Christ notre Seigneur, notre vrai pontife, étant la justice et la sainteté même, n'a que faire de victime pour ses péchés ; mais au contraire étant innocent et sans tache, il est lui-même une très-digne hostie pour l'expiation des péchés du monde. Si donc il entre aujourd'hui dans le Saint des saints, c'est-à-dire, à la droite du Père; il n'y entre pas pour lui-même , ce n'est pas pour lui-même qu'il y va prier. C'est pourquoi l'apôtre dit dans mon texte : « Jésus notre » avant-coureur est entré pour nous» ; il veut dire , le pontife de la loi ancienne avoit besoin d'offrir pour lui-même , et d'entrer pour lui-même dans le sanctuaire; mais Jésus notre vrai pontife est entré pour nous. Et quoi donc, Jésus-Christ notre Seigneur n'est-il pas monté dans le ciel pour y recevoir la couronne? comment donc n'y est -il pas entré

(0 Heb. VII. 17, a6.

pour liii-mêrae ? Et toutefois l'apôtre nous dit : « Je- « sus notre avant-coureur est entré pour nous ». Entendons son raisonnement , chrétiens. Jésus n'avoit que faire de sang pour entrer au ciel : il étoit lui-même du ciel, et le ciel lui étoit dû de droit naturel : et toutefois il y est entré par son sang; il n'est monté au ciel qu'après qu'il est mort sur la croix : ce n'est donc pas pour lui-même qu'il y est entré de la sorte. G'étoit nous, ç'étoit nous qui avions besoin de sang pour entrer au ciel ; parce qu'étant pécheurs, nous étions coupables de mort : notre sang étoit dû à la rigueur de la vengeance divine, si Jésus n'eût fait cet aimable échange de son sang pour le nôtre , de sa vie pour la vie des hommes. De là tant de sang répandu dans les sacrifices des Israélites, pour nous signifier ce que dit l'apôtre : « que 5) sans l'effusion du sang il n'y a point de rémis- 5) sion (0 ». Et ainsi, quand il entre au ciel par son sang, ce n'est pas pour lui, c'est pour nous qu'il y entre; c'est pour nous qu'il approche du Père éternel : d'oii nous voyons une autre différence notable entre le sacrificateur du vieux peuple , et Jésus le pontife du peuple nouveau. A la vérité le pontife pouvoit entrer dans le sanctuaire; mais outre qu'il en sortoit aussitôt, il ne pouvoit en ouvrir l'entrée à aucun du peuple: c'est à cause qu'étant pécheur, lui-même il n'étoit souffert que par grâce dans le Saint des saints; et n'y étant souffert que par grâce, il ne pouvoit acquérir aucun droit au peuple. Mais Jésus , qui a droit naturel d'entrer dans le ciel, y reut encore entrer par son sang : [ ainsi il avoit deux CO Heb. IX. 22.

DE l'aSCEKSIOJV DE J ÉSU S - CHRIST. 105

droits, ] le droit naturel et le droit acquis. Le premier droit, il le re'serve pour lui; il entre, et il demeure e'ternellement. Le second droit, il nous le transfère : avec lui, et par lui, nous pouvons entrer; par son sang, l'accès nous est libre au dedans du voile. De là vient que l'apôtre l'appelle notre avant-coureur : « Je'sus, dit-il, notre avant-coureur, est entre' pour » nous ».

Les e'vange'listes remarquent, qu'au moment que J<isus-Christ expira, « ce voile, dont je vous ai parle' j) tant de fois , qui e'toit entre le lieu saint et le lieu » très-saint , fut de'chiré entièrement et de haut en » bas(0 ». O merveilleuse suite de nos mystères ! Je'sus-Christ e'tant mort, il n'y a plus de voile : le pontife le tiroit pour entrer; le sang de Je'sus-Clirist le déchire, il n'y en a plus de'sormais : le Saint des saints sera de'couvert; de haut en bas le voile est rompu. Et n'est-ce pas ce que dit l'apôtre dans sa deuxième épître aux Corinthiens : « 11 y avoit un » voile, dit-il, devant les yeux du peuple charnel : 5) pour nous qui sommes le peuple spirituel, nous con- » templons à face de'couverte la gloire de Dieu (2) ». Vous me direz peut-être que nous avons aussi le voile de la foi qui nous couvre ; mais il m'est aisé de répondre : il est vrai que nos yeux ne pénètrent pas encore au dedans du voile; mais notre espérance y pénètre, il n'y a aucune obscurité qui l'arrête; elle va jusqu'au plus intime secret de Dieu. Et pourquoi? C'est parce qu'elle va après Jésus - Christ , parce qu'elle le suit, qu'elle s'y attache. L'apôtre nous l'ex-

(0 Matt. xxvii. Su Marc. xy. 38.Luc.xxiu. 45. — W //. Cor. m. i5, 18.

plique dans notre texte: « Tenons fermes , dit-il (0 , » mes chers Frères, dans l'espérance que nous avons, » qui pénètre jusqu'au dedans du voile où Jésus no- » tre précurseur est entré pour nous ». Ah! nous n'avons point un pontife qui ne puisse pas nous introduire dans le sanctuaire : comme Jésus y est entré, nous y entrerons.

Et toutefois pour accomplir de point en point l'ancienne figure, nous y entrerons tous, et il n'y aura que le pontife qui y entrera. Dieu éternel! qui entendra ce mystère? Oui, fidèles, JQ le dis encore une fois, il n'y a que Jésus-Christ seul qui entre dans la gloire. Ecoutez le Sauveur lui-même : « Nul ne » monte au ciel, nous dit-il (^) , excepté celui qui « est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est » au ciel ». Nul ne monte au ciel que celui qui est descendu du ciel : fidèles , sommes-nous descendus du ciel? et comment donc y monterons -nous? Eh! sommes-nous encore excommuniés, comme si nous vivions sous la loi? Non certes, le grand Pontife nous a absous; il a voulu lui-même être rejeté, afin que par lui nous fassions reçus. Nous monterons au ciel en Jésus-Christ et par Jésus-Christ : il est notre chef, nous sommes ses membres ; « nous sommes sa plé- « nitude », comme dit saint Paul (5) : quand nous entrons au ciel , c'est Jésus-Christ qui entre , parce que ce sont ses membres qui entrent. « Celui qui » vaincra , dit Jésus-Christ lui-même (4) , je le ferai » asseoir dans mon trône ». Voyez que nous serons dans son trône ; nous n'occuperons avec lui qu'une

(0 Ileb. vu 19, 20. — (') Jocin. m. i3. — C^) Ephes. i. aS. — {^)^poc. m. Il,

DE l'ascension DE JÉSUS-CHRIST. IO7

même place : nous serons au ciel comme confondus avec Jesus-Christ \ et par un merveilleux effet de la grâce, notre disette est la cause de notre abondance ; parce qu'il nous est sans comparaison plus avantageux d'être considére's en Je'sus -Christ seul, que si nous l'e'tions en nous-mêmes. Par conse'quent, mes Sœurs , aujourd'hui que Jësus-Christ approche du Père , croyons que nous approchons en lui et par lui. C'est pour nous qu il ouvre le sanctuaire : c'est pour nous qu'il pénètre au dedans du voiler c'est pour nous qu'il paroît devant Dieu. Les pontijs de la loi ancienne étoient des hommes mortels; la charge auguste du sacerdoce ne se consei-voit dans la famille d'Aaron que par la succession du vivant au mort. « Jésus vivant éternellement, dit l'apôtre (0, a un » sacerdoce éternel » : c'est pourquoi , dit le même saint Paul, « il peut toujours sauver ceux qui s'ap- » piochent de Dieu par lui , il est toujours vivant )) pour intercédeP» : Serufisr vwens ad interpellanilum pro nobis (^) : c'est notre seconde partie.

SECOND POINT

J'appuends de l'apôtre saint Paul ( >), que « tout » pontife doit être tiré d'entre les hommes , et qu'il » est établi pour les hommes , en ce qui doit être « traité avec Dieu )> ; d'où il résulte que le Pontife est l'ambassadeur du peuple v^rs Dieu. Puis donc que notre Seigneur Jésus est notre pontife, il s'ensuit qu'il est notre ambassadeur^ Admirons ici le bonheur des hommes, en ce que notre Prince même daigne bien être notre ambassadeur. Or il est sans

(0 Heb, vu. 24. ^ W Ibid. 25. — C3) Ibid. V. I.

doute qu étant notre ambassadeur auprès de son Père, il falloit qu'il résidât près de sa personne, et ensuite qu'il y négociât nos affaires, qu'il lui portât toutes les paroles de notre part , qu'il nous conciliât la bienveillance de ce grand Dieu, et qu'il maintînt la bienheureuse alliance qu'il lui a plu de faire avec nous : telle est la fonction d'un ambassadeur. C'est pour cela que notre Pontife ne cesse de solliciter son Père poui^ nousj il est toujours vivant pour intercéder : et de là vient que l'Ecriture lui donne cette ex^ cellente qualité de médiateur, de laquelle il est nécessaire que je tâche de vous faire comprendre la force.

Et premièrement il est manifeste que Jésus-Christ prie , et que nous prions ; que Jésus-Christ s'entremet pour nous , et que nous nous entremettons les uns pour les autres à cause de la charité fraternelle. Et d'autant que les saints sont nos frères , cette charité sincère et indivisibl^i c["i ^^^ Me de communion avec nous , les oblige de prier et d'intercéder pour cette partie des fidèles qui combat en terre. Cette vérité n'est point contestée : nos adversaires mêmes ne désavouent point que les bienheureux ne prient Dieu pour nous. Cette doctrine donc étant si constante, qu'a de particulier le Seigneur Jésus pour lui donner singulièrement et par excellence cette belle qualité de médiateur? le mettrons-nous avec le reste du peuple dans le nombre des supplians? Chrétiens, entendons ce mystère. C'est autre chose de s'entremettre par charité, autre chose d'être le médiateur établi pour faire valoir les prières, et donner du poids à l'entremise des autres. Apportons un exem-

pie familier. C'est autre chose de s'entremettre près d'un monarque, et d'y rendre aux personnes que nous chérissons les ofiices d'un bon ami; autre chose d'être établi par le prince même pour lui rapporter toutes les requêtes, pour distribuer toutes les grâces, pour présenter tous ceux qui viennent demander audience. Jésus est le médiateur général ; nul n'est agréé s'il n'est présenté de sa main : si la prière n'est faite en son nom, elle ne sera pas seulement ouïe; nul bienfait n'est accordé que par lui. Et que pourrai-je vous dire de ce saint Pontife, par qui toutes les prières sont exaucées , par qui toutes les grâces sont entérinées , par qui toutes les offrandes sont bien reçues, par qui tous ceux qui veulent s'approcher de Dieu sont très-assurés d'être admis? quelle dignité, chrétiens! De toutes les parties de* la terre les vœux viennent à Dieu par Jésus : tous ceux qui invoquent Dieu comme il faut, l'invoquent au nom de ce grand Pontife , que Tcrtullien appelle fort bien Caiholicum Patris Sacerdotem (0, « Le Pontife universel établi de Dieu pour offrir les » vœux de toutes les créatures ». Non, ni les patriarches, ni les prophètes, ni les apôtres, ni les martyrs, ni les séraphins mêmes, tous brillans d'intelligence, tous brûlans d'amour, ni la reine de tous les esprits bienheureux , l'incomparable Marie , ne peuvent aborder du trône de Dieu , si Jésus ne les introduit : ils prient, nous n'en doutons pas, et ils prient pour nous ; mais ils prient comme nous au nom de Jésus , et ils ne sont exaucés qu'en ce nom.

CO advenus Marcion. lib. iv, n. g.

C'est pourquoi je ne craindrai pas d'assurer, qu'encore que l'Eglise de Dieu sur la terre et les esprits bienheureux dans le ciel ne cessent jamais de prier, il n'y a que Je'sus-Christ seul qui soit exaucé ; parce que tous les autres ne le sont qu'à cause de lui. C'est, mes Sœurs, pour cette raison que dans les prières eccle'siastiques nous prions Dieu, au nom de notre Seigneur Jésus -Christ, d'avoir pour agréables les oraisons que les saints lui présentent pour nous. Si elles étoient valables par elles-mêmes , quelle seroit notre hardiesse de demander qu'elles fussent reçues? est-ce peut-être que nous espérons que notre entremise les fera valoir? D'oii vient donc cette façon de prier ? Nous demandons les intercessions de nos frères qui régnent avec Jésus- Christ, et en même temps nous prions notre Dieu qu'il daigne écouter leurs prières: prétendons -nous que nos oraisons donnent prix à celles des saints? Qui le croiroit ainsi, entendroit mal l'intention de l'Eglise. Elle prétend par-là nous faire "connoître, que lorsque nous implorons l'assistance des saints qui nous attendent dans le paradis, c'est pour joindre nos prières aux leurs, c'est pour faire avec eux une même oraison et un même chœur de musique, un même concert, comme nous ne faisons qu'une même Eglise. Et encore que nous sachions que cette union soit trèsagréable à notre grand Dieu; toutefois nous confessons , priant de la sorte , qu'elle ne lui plaît qu'à cause de son cher Fils ; que c'est le nom de Jésus qui prie et qui donne accès, qui fléchit et qui persuade le Père.

Cela nous est exactement figure aux quatrième et cinquième chapitres de l'Apocalypse (0 : là nous est repre'sentë le trône de Dieu , où est assis celui qui vit aux siècles des siècles, et autour les vingt-quatre vieillards, qui, pour plusieurs raisons qu'il seroit trop long de de'duire ici , signifient tous les esprits bienheureux. « Chacun de ces vieillards porte en sa » main une fiole d'or pleine de parfums, qui sont » les oraisons des saints « , dit saint Jean ; c'est-àdire, des fidèles, selon la phrase de l'Ecriture. Vous voyez donc, mes Sœurs, que ce véne'rable sénat , qui environne le trône du Dieu vivant , a soin de lui présenter nos prières : ce n'est pas moi qui le dis ; c'est saint Jean. Mais n'est-ce point entreprendre , me dira-t-on, sur la dignité de notre Sauveur ? A Dieu ne plaise qu'il soit ainsi. Les vieillards environnent le trône ; mais devant le trône , au milieu des vieillards, l'apôtre nous y représente « un agneau « comme tué , devant lequel les vieillards se pros- » ternent(2) ». Qui ne voit que cet agneau c'est notre Sauveur ? 11 paroît comme tué , à cause des cicatrices de ses blessures , et parce que sa mort est toujours présente devant la face de Dieu : il est au miHeu de tous ceux qui prient , comme celui par lequel ils prient, et qu'ils regardent tous en priant : il est devant le trône, afin que nul n'approche que par lui seul : il paroît entre Dieu et ses fidèles adorateurs , comme le médiateur de Dieu et des hommes, comme celui qui doit recevoir les prières, qui les doit porter à Dieu dans son trône. Ainsi les saints présentent nos oraisons, ils y joignent les leurs, comme frères,

CO Apoc. IV. 2 et seq. y. 8. — C») Ibid, 6. *

comme membres du même corps ; mais le tout est offert au nom de Je'sus.

Que reprendront nos adversaires dans cette doctrine ? n'est-elle pas également pieuse et indubitable? Je sais qu'ils nous diront que nous appelons les saints nos médiateurs : et encore que je pusse répondre que le saint concile de Trente ne se sert point de. cette façon de parler, non plus que l'Eglise dans ses prières publiques ; je leur veux accorder que nous les nommons ainsi quelquefois. Mais que je leur demanderois volontiers , si la miséricorde divine en avoit amené ici quelques-uns , que je leur demanderois volontiers , si c'est le nom ou la chose qui leur déplaît. Pour ce qui est de la doctrine, il est clair qu'étant telle que je l'ai proposée, elle est au-dessus de toute censure. L'honneur demeure entier à notre Sauveur : il est le seul qui ait accès par lui-même ; tous les autres, si saints qu'ils soient, ne peuvent rien espérer que par lui : et par-là le titre de médiateur lui convient avec une prérogative si éminente, que qui voudroit l'attribuer en ce sens à d'autres qu'à lui, il ne le pourroit pas sans blasphème. C'est aussi ce qui a fait dire à l'apôtre : « Un » Dieu, un médiateur de Dieu et des hommes (ï) ». Que si nos adversaires se fâchent de ce que nous attribuons quelquefois aux; serviteurs de notre Seigneur Jésus-Christ un titre , qui , par notre propre confession , convient par excellence à notre Sauveur ; combien criminel seroit leur chagrin , si ayant approuvé la doctrine , qui ne peut être en effet combattue, des mots les séparoient de leurs frères, et

faisoient

DE L*ASCENSION DE JÉSUS-CHRIST. Il3

faisoient de l'Eglise de notre Sauveur le théâtre de tant de guerres ? Qu'ils nous disent si ce nom de médiateur est plus incommunicable que le nom de roi, que le nom de sacrificateur, que le nom de Dieu : et ne savent- ils pas que l'Ecriture nous prêche , « que nous sommes rois et pontifes (0 » ? Veulent-ils rompre avec toute l'antiquité chrétienne , parce qu elle a donné le nom de pontifes et de sacrificateurs aux évêques et aux ministres des choses-sacrées? veulent-ils point se prendre à Dieu même, qui appelle les homme^des dieux (2) ? Ne vous emportez donc pas contre nous avec le faste de votre nouvelle réforme , comme si nous avions oublié la médiation de Jésus, qui fait toute notre espérance. Nous disons , et il est très-certain , et vous-mêmes ne le pouvez nier, que les saints s'entremettent pour nous par la charité fraternelle : mais comme ils ne s'entremettent que par le nom de notre Seigneur, il est ridicule de dire qu'il en soit jaloux. C'est en ce sens que nous les appelons quelquefois de ce titre de médiateurs , à peu près de la même manière que les juges sont appelés dieux (5). Criez, déclamez tant qu'il vous plaira , abusez le peuple par de faux prétextes; notre doctrine demeurera ferme, et notre Eglise, fondée sur la pierre, ne sera jamais dissipée. Pardonnez cette digression, mes très - chères Sœurs. Certes, étant tombé sur cette matière, je n'ai pu m'empêcher de répondre à une calomnie si intolérable , par laquelle on veut faire croire que nous renonçons à Tunique consolation du fidèle. Oui,

(0 /. Petr. II. 9. — (») Ps. LJULXI. 6. — (3) Ps. XLVi. 10. BOSSUET. XIV. 8

Il4 SUR LE MYSTÈRE

notre unique consolation , c'est de savoir que le Fils de Dieu prend nos intérêts auprès de son Père. Nous ne craignons point d'être condamnés , ayant un si puissant dél'enseur et un si divin avocat. Nous lisons avec une joie incroyable ces pieuses paroles de l'apôtre saint Jean : « Nous avons un avocat auprès du 5) Père, Jésus-Christ le Juste (0 ». Nous entendons, par la grâce de Dieu, la force et l'énergie de ce mot : nous savons que si l'ambassadeur négocie , si le sacrificateur intercède ; l'avocat presse , sollicite et convainc : par où le disciple bieiè-aimé veut nous faire entendre que Jésus ne prie pas seulement qu'on nous fasse miséricorde , mais qu'il prouve qu'il nous faut faire miséricorde : et quelle raison emploie-t-il , ce grand , ce charitable avocat ? Ils vous dévoient , mon Père, mais j'ai satisfait; j'ai rendu toute la dette mienne , et je vous ai payé beaucoup plus que vous ne pouviez exiger : ils méritoient la mort ; mais je l'ai soufferte en leur place. Il montre ses plaies ; et le Père se ressouvenant de l'obéissance de ce cher Fils, s'attendrit sur lui, et pour l'amour de lui regarde le genre humain en pitié. C'est ainsi que plaide notre avocat. Car ne vous imaginez pas, chrétiens, qu'il soit nécessaire qu'il parle pour se faire entendre : c'est assez qu'il se présente devant son Père avec ces glorieux caractères; sitôt qu'il paroît seulement devant lui , sa colère est aussitôt désarmée. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul parle ainsi aux Hébreux : « Jésus-Christ est entré dans le Saint des » saints; afin, dit-il, de paroître pour nous devant » la face de Dieu (2) ». Il veut dire : Ne craignez point,

CO /. Joan. n. i. — W Hehr. ix. 34.

DE l'ascension DE JÉS US- C HRIST. n5

mortels misérables , Jésus-Christ étant dans le ciel , tout y sera décidé en votre faveur ; la seule présence de ce bien-aimé vous rend Dieu propice.

C'est ce que signifie cet agneau de l'Apocalypse , dont je vous parlois tout à l'heure , qui est devant le trône comme tué. De ce trône, il est écrit en ce même lieu , qu'il en sort des foudres et des éclairs , et uii effroyable tonnerre. Dieu éternel , oseronsnous bien approcher? « Approchons, allons au trône » de grâce avec confiance (0 » , comme dit l'apôtre. Ce trône dont la majesté nous effraie , voyez que l'apôtre l'appelle un trône de grâce : approchons, et ne craignons pas. Puisque l'Agneau est devant le trône , vivons en repos ; les foudres ne viendront pas jusqu'à nous : sa présence arrête le cours de la vengeance divine, et change une fureur implacable en une éternelle miséricorde.

Combien donc étoit-il nécessaire que Jésus retournât à son Père. O confiance ! ô consolation des fidèles ! qui me donnera une foi assez vive pour dire généreusement avec l'apôtre : « Qui accusera les élus )> de Dieu (^) » ? Jésus-Christ est leur avocat et leur défenseur : « Un Dieu les justifie , qui les osera con- » damner ? Jésus-Christ ,. qui est mort , voire même » qui est ressuscité , et de plus qui intercède pour j) nous , ne sufïit-il pas pour nous mettre à couvert ? » Qui donc nous pourra séparer de la charité de » notre Sauveur (3) » ? Que reste -t- il après cela, chrétiens , sinon que nous nous rendions dignes de si grands mystères , desquels nous sommes participans? Puisque nous avons au ciel un si grand trésor, CO Hebr. IV. i6. — W Rom. vm. 33 — (3) Ibid. 34 , 35.

Il6 SUR LE MYSTÈRE

elevons-y nos cœurs et nos espérances : c'est ma dernière partie , que je tranche en un mot , parce que ce n'est que la suite des deux précédentes.

TROISIÈME POINT

C'est de ce lieu , mes Sœurs, que les bénédictions descendent sur nous. Que je suis ravi d'aise , quand je considère Jésus -Christ notre grand sacrificateur, officiant devant cet autel éternel , où notre Dieu se fait adorer? Tantôt il se tourne à son Père, pour lui parler de nos misères et de nos besoins; tantôt il se retourne sur nous, et il nous comble de grâces par son seul regard. Notre pontife n'est pas seulement près de Dieu pour lui porter nos vœux et nos oraisons; il y est pour épancher sur nous les trésors célestes : il a toujours les mains pleines des offrandes que la terre envoie dans le ciel y et des dons que le ciel verse sur la terre. C'est pourquoi l'évangéliste saint Luc nous apprend , qu'il est monté en nous bénissant : « Elevant ses mains, dit-il (0, il les bé- » nissoit; et pendant qu'il les bénissoit, il étoit porté » dans les cieux ». Ne croyons donc pas, chrétiens, que l'absence de notre Seigneur Jésus nous enlève ses bénédictions et ses grâces : il se retire en nous bénissant; c'est-à-dire, que si nous le perdons de corps , il demeure avec nous en esprit , il ne laisse pas de veiller sur nous , et de nous enrichir par son abondance. De là vient qu'il disoit à ses saints apôtres : « Si je ne m'en retourne à mon Père, l'Es- » prit paraclet ne descendra pas (2) » ; je réserve à vous départir ce grand don, quand je serai au lieu

0) Luc. XXIV. 5o. — ('•) Joan. xvi. 7.

DE l'ascension DE JE S US-CH K I S T. 11^

de ma gloire. Et Te'vange'liste l'enseigne ainsi, quand il dit : te L'Esprit n'étoit pas encore donne , parce » que Jésus n'étoit point encore glorifié (0 ».

Donc, mes Sœurs, entendons quel est le lieu d'où nous viennent les grâces. Si la source de tous nos biens se trouve en la terre, à la bonne heure, attachons-nous à la terre : que si, au contraire, ce monde visible ne nous produit continuellement que des maux ; si l'origine de notre bien , si le fondement de notre espérance, si la cause unique de notre salut est au ciel, soyons éternellement enflammés de désii's célestes ; ne respirons désormais que le ciel, « où Jésus notre avant -coureur est entré )) pour nouSv(2) ». Certes il pouvoit aller à son Père, sans rendre ses apôtres témoins de son ascension triomphante : mais il lui plaît de les appeler ; afin de leur apprendre à le suivre. Non , mes Sœurs , les saints disciples de notre Sauveur ne sont point aujourd'hui assemblés pour être seulement spectateurs : Jésus monte devant leurs yeux pour les inviter à le suivre. « Comme l'aigle, dit Moïse, qui provoque 5> ses petits à voler , et vole sur eux » : ainsi notre Seigneur Jésus-Christ , cet aigle mystérieux dont le vol est si ferme et si haut , assemble ses disciples comme ses aiglons ; et fendant les airs devant eux , il les incite par son exemple à percer les nues : Sicut aqiiila provocans ad volandum pullos sûos ^ et super eos volitans (3).

Courage donc, mes Sœurs, suivons cet aigle divin qui nous précède. Jésus-Christ ne vole pas seulement

CO Joan. vu. 39. — W Heb. vi. 20. — C^; DeuU xxxii. 1 1.

Il8 SUR LE MYSTERE

devant nous; il nous prend, il nous e'iève et il nous soutient : « il étend ses ailes sur nous, et nous porte )) sur ses épaules « : Expandit alas suas ^ atque portaviteos in hume ris suis (0. Et partant, que la terre ne nous tienne plus; rompons les chaînes qui nous attachent; et jouissons, par un vol ge'néreux, de la hicnheureuse liberté à laquelle nos âmes soupirent. Pourquoi nous arrêtons-nous sur la terre? Notre chef est au ciel ; lui voulons-nous arracher ses membres? Notre autel est au ciel, notre pontife est à la droite de Dieu ; c'est là donc que nos sacrifices doivent être offerts, c'est là qu'il nous faut chercher le vrai exercice de la religion chrétienne. Les philosophes du monde ont bien reconnu que notre repos ne pouvoit pas être ici - bas. Maintenant que nous avons été élevés parmi des mystères si hauts ; quelle est notre brutalité , si nous servons dorénavant aux désirs terrestres, « après que nous sommes incorpo- 3) rés à ce saint pontife, qui a pénétré pour nous au » dedans du voile , jusqu'à la partie la plus secrète » du Saint des saints {?■) » ? J'avoue que Jésus excuse nos fautes, parce qu'il est notre pontife et notre avocat. Mais combien seroit détestable notre ingratitude, si la bonté inestimable de notre Sauveur lâchoit la bride à nos convoitises? Loin de nous une si honteuse pensée. Mais plutôt , renonçant aux désirs charnels, rendons-nous dignes de l'honneur que Jésus nous fait de traiter nos affaires auprès de son Père; et vivons comme il est convenable à ceux pour lesquels le Fils de Dieu intercède. Considérons que

(») Deut. xxxii. n. — W Heb. ix. 12.

DE l'ascension DE J ÉSUS-C H KIST. I I9

par le sang de notre pontife , nous sommes nousmêmes, comme dit saint Pierre, « les sacrificateurs » du Très-haut , offrant des victimes spirituelles , i> agréables par Je'sus-Christ (0 » : et puisqu'il a plu à notre Sauveur de nous faire participans de son sacerdoce, soyons saints, comme notre pontife est saint. Car si dans le vieux Testament celui qui violoit la dignité du pontife , par quelque espèce d'irrévérence, étoit si rigoureusement châtié; quel sera le supplice de ceux qui mépriseront l'autorité de ce grand pontife , auquel Dieu a dit : « Vous êtes mon 3) Fils, je vous ai engendré aujourd'hui (2) » ?

Par conséquent, mes Sœurs, obéissons fidèlement à notre pontife; et après tant de grâces reçues, comprenons ce que dit saint Paul ; « qu'il sera horrible » de tomber aux mains du Dieu vivant (3) », lorsque sa bonté méprisée se sera tournée en fureur. Songeons que Jésus -Christ est notre médiateur et notre avocat; mais n'oublions pas qu'il est notre juge. "C'est de quoi les anges nous avertissent quand ils parlent ainsi aux apôtres : « Hommes galiléens, que 5) regardez-vous ? ce Jésus que vous avez vu mon- » ter dans le ciel, reviendra un jour de la même M sorte (4) ». Joignons ensemble ces deux pensées : celui qui est monté pour intercéder, doit descendre à la fin pour juger ; et son jugement sera d'autant plus sévère , que sa miséricorde a été plus grande. Ne dédaignons donc pas la bonté de Dieu, qui nous attend à repenlance depuis long-temps : dépouillons les convoitises charnelles , et nourrissons nos âmes

(0 /. Petr. u. 5. - W Ps. 11. 7. — V») Heb. x. 3i . — ('0 Act. i. 1 1.

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