‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 4)Chapitre 30 sur 58 · SUR LA VERTU DE LA CROIX DE J. C · texte numérisé non relu

SUR LA VERTU DE LA CROIX DE J. C

Combien grande Tentreprise de rendre la croix vénérable. Puissance absolue et miséricorde infinie , deux choses dans lesquelles consiste la gloire de Dieu : comment éclatent- elles mi^ux dans la croix du Sauveur. Cbangemens admirables qu elle a produits dans le monde : raisons que nous avons de mettre en elle toute notre gloire. Sentimens et actions qui prouvent que la croix est pour nous un sujet de scandale.

Mihi autem absil gloriari, nisi in cruce Domini nostri Jesu-Christi.

Pour moi a Dieu ne plaise que jamais je me glorifie, si ce nest en la croix de notre Seigneur Jésus - Christ' Gala t. VI. 14.

Ije n'a pas été une petite entreprise de rendre la croix vene'rable : jamais chose aucune ne fut çittaque'e avec des' moqueries plus plausibles. Les Juifs et les gentils en faisoient une pièce de raillerie ; et il faut bien que les premiers chrétiens aient eu une hardiesse et une fermeté plus qu'humaine , pour pré cher à la face du monde, avec une telle assurance,

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une chose si extravagante. C'est pourquoi le grave TertuUien se vante que la croix de Je'sus , en lui faisant mépriser la honte, l'a rendu impudent de la bonne sorte, et heureusement insensé. « Laissez- » moi , disoit ce grand homme quand on lui repro- » choit les opprobres de l'Evangile, laissez-moi jouir » de l'ignominie de mon Maître, et du déshonneur )) nécessaire de notre foi. Le Fils de Dieu a été pendu » à la croix ; je n'en ai point de honte , à cause que » la chose est honteuse. Le Fils de Dieu est mort ; » il est croyable, pai ce qu'il est ridicule. Le Fils de » Dieu est ressuscité j je le crois d'autant plus cer- » tain, que, selon la raison humaine, il paroît en- » tièrement impossible (0 ». Ainsi la simplicité de nos pères se plaisoit d'étourdir les sages du siècle par des propositions étranges et inouies, dans lesquelles ils ne pouvoient rien comprendre; afin que la gloire du monde s'évanouissant en fumée, il ne restât plus dautre gloire que celle de la croix de Jésus.

Bienheureuse Mère de mon Sauveur, que la Providence divine, voulant éprouver votre patience, amena aux pieds de la cj oix , où l'on déchiroit vos entrailles ; puisque vous êtes de toutes les créatures celle qui en a le mieux vu l'infamie, et celle qui en a le mieux connu la grandeur, aidez- nous, par vos pieuses intercessions , a. célébrer la gloire de votre Fils crucifié pour l'amour de nous. Je vous le demande par cette douleur maternelle qui perça votre amc sur le Calvaire , et par la joie infinie que vous ressentîtes, quand le Saint-Esprit descendit sur

(') De Carne ChrisU, n. 5.

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VOUS pour former le corps de Je'sus , après que l'ange vous eut salue'e par ces divines paroles : ^j^e^etc.

Le grand Dieu tout-puissant , qui de rien a fait le ciel et la terre , qui a tiré les astres et la lumière du sein d'un abîme infini de ténèbres; ce Dieu, pour faire éclater sa puissance d'une façon extraordinaire en la personne de son clier Fils, a voulu que la plus grande infamie fût une source de gloire incompréhensible. C'est pourquoi le sauveur Jésus, encore qu'il eût vécu comme un innocent, a fini sa vie comme un criminel ; et comme si le gibet et la mort n'eussent point eu pour lui assez de bassesse, il a choisi volontairement de tous les supplices le plus honteux, et de toutes les morts la plus inhumaine. En effet, le tourment de la croix qu'estce autre chose qu'une longue mort, par laquelle la vie est arrachée peu à peu avec une violence incroyable, pendant qu'une nudité ignominieuse expose le pauvre supplicié à la risée des spectateurs inhumains? si bien que le misérable patient semble en quelque sorte n'être élevé au-dessus de ce bois infâme, qu'afui de découvrir de plus loin une multitude de peuple, qui repaît ses yeux du spectacle de sa njisère.

Non , l'imagination humaine ne se peut rien représenter de plus effroyable ; et jamais on n'a rien inventé ni de plus rigoureux pour les scélérats, ni de plus infâme pour les esclaves. Aussi le maître de l'éloquence accusant un gouverneur de province d'avoir fait crucifier un Romain , représente cette action comme la plus noire et la plus furieuse qui

puisse tomber dans Fesprit d'un homme , et proteste que, par un tel attentat , la liberté publique et la majesté' de l'Empire e'toient viole'es (0. Ce'toit assez d'être né libre, fidèles, pour être exempt de cet horrible supplice. Il ne falloit pas seulement que ceux que l'on attaclioit à la croix fussent les plus détestables de tous les mortels , mais encore les derniers et les plus abjects. Ainsi ce que les Romains trouvoient insupportable pour leurs citoyens, les Juifs parricides l'ont fait souffrir à leur Roi.

Mais ce qui surpasse tous les malheurs, c'est que, selon la remarque du saint apôtre, « le crucifié est )) maudit de Dieu (2) » , comme il est écrit au Deutéronome : «Maudit de Dieu le pendu au bois (3)». Et qu'y a-t-il donc de plus honteux que la croix , puisque nous y voyons jointes ensemble l'exécration des hommes , et la malédiction du Dieu tout-puissant ? Après cela , dites-moi , je vous prie , quelle est notre audace de ne rougir pas d'adorer un Maître pendu ? Et ou est le front de fapôtre, qui ayant dit aux Corinthiens , « qu'il ne souffrira pas que sa » gloire lui soit ravie (4) » , ne craint pas de dire aux Galates : « A Dieu ne plaise que je me glorifie en » autre chose qu'en la croix de Jésus m ? Quel honneur, quelle gloire à un homme qui témoigne en être jaloux! Ah! pénétrons sa pensée, chrétiens, et apprenons à nous glorifier avec lui dans les opprobres de notre Sauveur. Pour cela, suivez, s'il vous plaît, ce raisonnement.

La gloire du chrétien ne peut être que la gloire

CO Cicer.m Verrcm, lib. vu. — (') Gai. m. i3. — l^) Dent, xxr ,

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