EEINE DE LA GRANDE-BRETAGNE
Henriette-Marie étoit la sixième des enfans que Henri IV, roi de France, eut de son mariage avec Marie de Médicis. Elle naquit en 1609. En lôaS, elle épousa Charles I", roi d'Angleterre, si connu par ses revers et sa mort malheureuse. Louis XIII, frère aîné de la princesse, n'avoit consenti à ce mariage , qu'à condition que le Pape accorderoit une dispense à cause de la différence de religion. Cette dispense fut accordée, et la jeune Reine, qui, aux termes du contrat de mariage , devoit j ouir de la plus grande liberté relativement à l'exercice du culte catholique, partit pour l'Angleterre, suivie de son confesseur, le P, de BéruUe, depuis cardinal, et de douze autres prêtres de la Congrégation de l'Oratoire. Ces prêtres fur^Bt accusés de travailler secrètement à faire des prosélytes à la religion catholique, et la Reine fut obligée de les remplacer par des Capucins, qui déplurent comme leurs prédécesseurs.
Bientôt le feu des discordes civiles et religieuses s'alluma avec fureur ; il fit de la vie de la Reine d'Angleterre et de celle du Roi, un enchaînement de catastrophes plus tragiques les unes que les autres. En Ecosse et en Angleterre, on se révolta, on prit les armes, et le Roi eut à combattre ses propres sujets. Dans tout le cours de cette guerre malheureuse, il y eut quelques intervalles de calme et de soumission; mais les rebelles augmentant chaque jour d'audace et de puissance, le Roi fut obligé de quitter Londres et de se séparer de la Relue. Celle-ci
NOTICE SUn HENRIETTE DE FRANCE. 298
alla en HoUande, chercher à son e'poux des secours en hommes et en argent. Une furieuse tempête l'accueillit à son retour, lui fit perdre deux vaisseaux , et la rejeta sur les côtes de Hollande, d'où elle repartit encore et aborda en Angleterre. Cinq vaisseaux ennemis , avertis de sa descente, vinrent canonner le lieu où elle étoit retirée. Elley courut les plus grands dangers, et dans cette occasion, comme dans toutes celles qui suivirent, montra, avec le plus grand zèle pour la cause de son époux, un courage au-dessus de son sexe et de sa fortune. Forcée de quitter encore le Roi qu'elle avoit rejoint , et qu'elle accorapagnoit partout, elle se réfugia à Exeter, où elle accoucha d'une fille (Henriette-Anne) qui fut depuis duchesse d'Orléans.
La Reine eut à peine le temps de se rétablir de ses couches , et fut obligée de chercher en France un asile contre la fureur de ses ennemis. Sa tête étoit mise à prix. Il lui fallut abandonner son enfant à des mains étrangères ; puis, s'embarquant pour sa terre natale, se confier encore à la mer orageuse. Là, elle fut de nouveau surprise par la tempête, qui lui enleva un vaisseau ; et poursiiivie à coups de canon jusque sur les côtes de France , elle y aborda enfin, après s*être vue mille fois en danger de perdre la vie. Mais en France d'autres calamités l'attendoient encore. C'étoit le temps des guerres de la Fronde. Souvent insultée par les Frondeurs, jusque dans le Louvre où elle demeuroit , elle éprouva même le besoia dçs choses nécessaires à la vie, et se vit forcée de demandei* au Parlement, ce qu'elle appeloit elle-même une aumône pour subsister. C'est dans cette triste situation , qu'elle apprit la mort du Roi son mari, que Cromwel fit condamner à mort, et décapiter le g février i649- La Reine alors ne songea plus qu'à s'assurer une retraite, pour y cacher son infortune , et finir tranquillement ses jours. C'est dans cette vue qu'elle fonda à Chaillot le couvent de la Visitation : elle vint s'y établir avec le Roi son fils et ses autres
eiifans , qu'elle faisoit instruire dans la foi catholique. Enfi» le calme rétabli en France, le retour de la famille royale à Paris, et peu de temps après, le rétablissement inespéré de son fils Charles II au trône de ses ancêtres , lui permirent, après tant de malheurs, de goûter quelques jours sereins. Le désir de voir le Roi son fils tranquille possesseur de sa couronne, et surtout l'espoir d'être utile aux catholiques, la déterminèrent à faire jusqu'à deux fois le voyage d'Angleterre, où elle reçut sur son passage tous les témoignages de la joie et de l'affection du peuple. Son dessein, en revenant en France, étoit de finir ses jours dans cette même retraite de la Visitation de Chaillot, où elle avoit vécu d'abord. Elle avoit aussi une maison à Colombe, près Paris, où elle alloit passer la belle saison; ce fut là qu'elle mourut, le lo septembre 1669, âgée de soixante ans.
Louis XIV fit transporter son corps à Saint-Denis, et son cœur au couvent de la Visitation à Chaillot, où elle avoit choisi sa sépulture. Quarante jours après, le duc d'Orléans son gendre ( Monsieur) et la princesse Henriette sa fille (Madame) lui firent faire un service solennel, où Bossuet , pour lors évêque de Condom , prononça son oraison funèbre.
Voyez, sur ce chef-d'œuvre de l'éloquence française, Y Histoire de Bossuet, tom. ï^r^ liy. ni, n. i.
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