‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 5)Chapitre 48 sur 51 · DE HENRI DE GORNAT · texte numérisé non relu

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qui leur avoient été annoncées. Il falloit qu'il naquît des rois de Juda , pour conserver à David la perpétuité de son trône, que tant d'oracles divins lui avoient promise.

Louer dans un gentilhomme chrétien ce que Jésus-Christ même a voulu avoir, [ n'auroit rien , ce semble, que de conforme aux règles de la foi. Mais cette noblesse temporelle est en soi trop ] peu de chose pour qu'on doive s'y arrêter ; c'est un sujet trop profane [pour mériter les éloges des prédicateurs. ] Néanmoins nous louerons ici d'autant plus volontiers la noblesse de la famille du défunt qu'il y a quelque chose de saint à traiter. Je ne dirai point ni les grandes charges qu'elle a possédées , ni avec quelle gloire elle a étendu ses branches dans les nations étrangères , ni ses alliances illustres avec les maisons royales de France et d'Angleterre , ni son antiquité, qui est telle que nos chroniques n'en marquent point l'origine. Cette antiquité a donné lieu à plusieurs inventions fabuleuses, par lesquelles la simplicité de nos pères a cru donner du lustre à toutes les maisons anciennes ; à cause que leur antiquité, en remontant plus loin aux siècles passés dont la mémoire est toute effacée, a donné aux hommes une plus grande liberté de feindre. La hardiesse humaine n'aime pas à demeurer court; où elle ne trouve rien de certain, elle invente. Je laisse toutes ces considérations profanes , pour m'arrêter à des choses saintes.

Saint Livier, qui vivoit environ l'an 4oo , selon la supputation la plus exacte, est la gloire de la

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maison de Gornay (*). Le sang qu'a répandu ce généreux martyr, l'honneur delà ville de Metz, pour la cause de Jésus-Christ , vous donne plus de gloire que celle que vous avez reçue de tant d'illustres ancêtres. [Vous pouvez dire à juste titre avec Tobie : ] « Nous sommes la race des saints » : Filii sanctorum sumus (0. L'histoire remarque que saint Livier étoit issu de parens illustres : Claris parentihus ; ce qui est une conviction manifeste qu'il faut rejprendre la grandeur de cette maison d'une origine plus haute.

Mais tous ces titres glorieux n'ont jamais donné l'orgueil [au respectable défunt que nous regret- Ions : ] il a toujours méprisé les vanteries ridicules dont il arrive assez ordinairement que la noblesse étourdit le monde. 11 a cru que ces vanteries étoient plutôt dignes des races nouvelles , éblouies de l'éclat non accoutumé d'une noblesse de peu d'années; mais que la véritable marque des maisons illustres , auxquelles la grandeur et l'éclat étoient depuis plusieurs siècles passés en nature, ce devoit être la modération. Ce n'est pas qu'il ne jetât les yeux sur l'antiquité de sa race , dont il possédoit parfaitement l'histoire : mais comme il y avoit des saints dans sa race, il avoit raison de la contempler pour s'animer

(*) Bossuet n'examine point ici en généalogiste l'origine de la maison de Gornay : il s'en tient à l'opinion que cette maison, comme bien d'autres, pouvoit avoir de son antiquité j et s'il en eût discuté les preuves , on doit croire , après ce qu'il a dit quelques lignes plus haut, qu'il auroit bien rabattu des prétentions de cette maison. {Edit. de Dtfforis. )

W Tob.u. i8.

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par ces grands exemples. Il n'étoit pas de ceux qui semblent être persuades que leurs ancêtres n'ont travaillé que pour leur donner sujet de parler de leurs actions et de leurs emplois. Quand il regardoit les siens , il croyoit que tous ses aïeux illustres lui crioient continuellement jusque des siècles les plus reculés : Imite nos actions , ou ne te glorifie pas d'être notre fils. Il se jeta dans les exercices de sa profession à l'imitation de saint Livier : il commença à faire la guerre contre les hérétiques rebelles. Il devint premier capitaine et major dans Falzbourg , corps célèbre et renommé. Les belles actions qu'il y fit l'ayant fait connoître par le cardinal de Richelieu , auquel la vertu ne pouvoit pas être cachée , [ il s'en servit avantageusement dans les ] négociations d'Allemagne. [Mais partout il montra une vertu digne de sa naissance. ] Ordinairement ceux qui sont dans les emplois de la guerre croient que c'est une prééminence de l'épée de ne s'assujettir à aucunes lois. Pour lui, il a révéré celles de l'Kglise .jusque dans les points qui paroissoient les plus incompatibles avec son état. Jamais on ne l'a vu violer les abstinences prescrites , sans une raison capable de lui procurer une dispense légitime. Comment n'auroit-il pas respecté la loi qu'il recevoit de toute l'Eglise , puisqu'il observoit si soigneusement , et avec tant de religion, celles que sa dévotion particulière lui avoit imposées? Il jeûnoit régulièrement tous les samedis; gardoit, avec la plus scrupuleuse exactitude et le plus grand respect, toutes les pratiques que la religion" lui imposoit. Bien différent de ces militaires qui dés-

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honorent la profession des armes par cette honte trop commune de bien faire les exercices de la piété. On croit assez faire , pourvu qu'on observe les ordres du général. Sa vieillesse , quoique pesante , n'étoit pas sans action : son exemple et ses paroles animoient les autres. Il est mort trop tôt : non ; car la mort ne vient jamais trop soudainement quand on s'y prépare par la bonne vie.

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